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L’accès à l’eau potable hante aujourd’hui le sommeil de milliers de nos compatriotes pour qui elle est devenue un luxe. Rare pour certains, la denrée est désormais source de calvaire et cause de toutes les acrobaties et querelles inutiles dans de nombreuses localités. Une situation qui contraste avec les déclarations politiques, qui affirment que des « efforts colossaux » ont été fournis dans le secteur. Info ou intox ?

« L’eau, source de vie » , « l’eau, berceau de la vie » sont, entre autres, citations courantes pour mettre en relief la primauté de cette denrée dans la vie de l’homme. En aucun cas, elle ne doit manquer à l’homme, sinon c’est sa vie même qui se trouve en danger.

Hélas ! Le risque d’une pénurie pend sur la tête de milliers de Maliens, de l’intérieur et surtout de la capitale, le cas duquel devient de plus en plus intenable. Selon des enquêtes, « sur une population de plus de 12 millions d’habitants, près de 5,5 millions de Maliens sont encore privés d’eau ». Des statistiques qui riment bien avec la réalité, du moins aujourd’hui.

Les logements sociaux ont suscité une vive polémique sur leur utilité à cause de cette pénurie, dans la mesure où leurs résidents se demandent comment l’on peut habiter un bâtiment neuf, mais qui manque paradoxalement d’eau.

« Si le président de la République affirme qu’il nous a fait sortir du spectre de la location, qu’il mette d’accord de l’eau à notre disposition pour faire un travail complet » , nous disait, il y a quelques jours un bénéficiaire des logements sociaux de Samé.

« Cela fait 48 h que mon employé de maison veille en guettant l’eau au robinet. Rien à faire ! Nous sommes obligés de nous approvisionner avec des bidons transportés à moto à partir de Faladié ou Sogoniko », se plaignait aussi un locataire des 1008-Logements sociaux de Yirimadio. La situation avait même entraîné un moment l’ire de certains bénéficiaires, peu motivés à emménager.

Mais nombre de nos compatriotes pensaient que l’accès à l’eau potable allait être plus facile, car espérant sur un sursaut d’orgueil des autorités en la matière. Surtout que le 31 mars 2007, lors de la présentation du bilan du gouvernement du 8 juin 2002 au 31 mars 2007, le Premier ministre d’alors avait « fièrement » informé la presse sur « des efforts importants effectués afin d’améliorer la distribution d’eau à Bamako ». Des résultats qui ne se sont guère répercutés sur les difficultés d’accès à l’eau de certaines populations.

Daoudabougou ne boit plus

La journée des milliers d’habitants de Daoudabougou est désormais régulée aux caprices du robinet. Et les populations ne savent plus à quel saint se vouer dans la mesure où elles se sentent privées d’un « droit inaliénable ».

« J’ai veillé hier soir à attendre le robinet qui ne s’est signalé qu’à 2 h du matin » , nous a indiqué une habitante, les yeux rouges. Elle n’était pas au bout de ses peines avec le signal du robinet, car elle n’a pu avoir qu’un sceau d’eau. « J’ai seulement pu remplir un sceau, dont j’ai déversé l’eau dans la jarre pour qu’on ait au moins à boire », a-t-elle dit sur un ton pitoyable.

La conséquence est que les alentours des puits ne désemplissent plus même souvent à des heures tardives de la nuit. En effet, il n’est pas rare de voir les femmes faire la queue devant des puits pour une eau dont la qualité laisse parfois à désirer.

« Nous sommes obligés de nous contenter de ça si l’EDM ne joue pas son rôle » , dixit une femme. Désabusées, des familles se ravitaillent chez leurs connaissances dans d’autres quartiers avec des bidons transportés à voiture ou à moto. « Ah égalité des Maliens, quand tu nous tiens ! », ont ironisé d’autres. La situation profite surtout aux charretiers d’eau, massivement convoités et qui cèdent le bidon de 20 litres à un prix exorbitant.

Ce ne sont pourtant pas les sources d’eau qui manquent au Mali pour sevrer des populations d’eau potable. N’avons-nous pas le fleuve Niger, qui, grâce à ses capacités, peut correctement approvisionner tout le Mali, à travers des réseaux d’adduction d’eau viables ? Il est incompréhensible que la corvée d’eau prive encore des Bamakois de sommeil.

A Ouagadougou (Burkina Faso), qui n’est traversé par aucun cours d’eau, l’engagement a permis de réaliser un lac artificiel pour mettre fin au calvaire des citoyens. C’est ce qu’on appelle la concrétisation de la volonté politique.

Le ministre des Mines, de l’Energie et de L’Eau, Ahmed Sow, qui dit avoir quitté le Centre pour le développement de l’entreprise (CDE) pour se mettre au service de son pays, devra agir promptement.

Ogopémo Ouologuem

08 février 2008.