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Les consommateurs qui multiplient les va-et-vient entre les stations et les autres points de vente, rentrent le plus souvent bredouilles chez eux. Aminata Sangaré, une ménagère de Magnambougou, réagit avec réalisme. « Ça commence à devenir sérieux. Moi je vais comme ça payer du charbon« , lance-t-elle, une bouteille de gaz vide en main.

Cette pénurie tombe au mauvais moment en cette période de froid, et surtout à la veille de la fête de Tabaski durant laquelle le gaz est très sollicité pour les multiples plats à cuisiner.

ImagePour expliquer la crise, les opérateurs du secteur invoquent des difficultés de ravitaillement depuis l’étranger. « Nos camions sont bloqués à Tema au Ghana et à Dakar depuis des jours. Nos fournisseurs ne semblent plus en mesure de nous livrer du gaz« , explique Oudiary Diawara, le directeur général de Sodigaz et président du regroupement des opérateurs gaziers du Mali.

La société « Energie limited » du Ghana, le principal fournisseur de notre pays, a brutalement arrêté de livrer du gaz à nos opérateurs, constate-t-il. Pourquoi ? Cette société publique ghanéenne aurait reçu des instructions de son gouvernement lui enjoignant de ne plus vendre du gaz à des clients étrangers et de ravitailler en priorité le marché local où la demande est très forte. « Alors, les Ghanéens ont temporairement arrêté le chargement de nos camions« , indique Diawara.

Nos opérateurs se sont alors tournés vers le Sénégal mais là également, le contexte ne s’est pas révélé favorable. En effet, les opérateurs gaziers sénégalais ont déclenché un mouvement de grève pour manifester contre le retard pris par le gouvernement sénégalais dans le paiement des subventions, explique le patron de Sodigaz.

Cap alors sur Cotonou. « Malheureusement, on s’est heurté là-bas à des opérateurs … ghanéens. Ils ont investi ce marché pour se ravitailler et se présentent avec de grosses commandes qui nous laissent peu de chances car les nôtres sont relativement faibles« , explique Oudiary Diawara. Ne pouvant tenir face aux poids lourds ghanéens, nos opérateurs ont été contraints de lâcher prise.

Ils sont revenus dans le voisinage immédiat pour prospecter la Mauritanie. Mauvaise pioche. Ce pays consacrant beaucoup d’argent à subventionner le gaz, le principal opérateur mauritanien, la société Somagaz, ne pouvait, évidemment, vendre ce gaz subventionné à d’autres pays.

Alors que faire ? Attendre, juste un peu. Le temps qu’une nouvelle société privée mauritanienne dénommée « BSA-Gaz » démarre ses activités. Ce sera, en principe, en janvier prochain.

En attendant, toutes les solutions possibles sont explorées pour surmonter la pénurie, notamment avec une nouvelle tournée des pays de la sous-région. « Nous préférons cependant traiter avec nos anciens fournisseurs pour des raisons budgétaires. Les nouveaux partenaires nous demanderont de payer cash parce qu’on ne se connaît pas bien. Par contre, les anciens nous accordent des échéances et des modes de paiement plus souple », explique Oudiary Diawara.

Celui-ci insiste sur les menaces que fait peser cette crise sur l’environnement : « Si le gaz venait à manquer pour une longue durée, les ménages utiliseront beaucoup plus de charbon et de bois« .

Le département de tutelle, le ministère de l’Énergie, des Mines et de l’Eau, en a parfaitement conscience. Le ministre Hamed Diane Séméga a ainsi fait débloquer 500 millions de Fcfa pour aider les opérateurs de gaz à diversifier et sécuriser leurs sources d’approvisionnement et à conquérir de nouveaux marchés, témoigne le président du Regroupement des opérateurs gaziers. Cette somme a été directement versée aux sociétés opérant dans le gaz, au titre des subventions. Oudiary Diawara et ses collègues ont apprécié ce geste et aussi l’attention que l’Office national des produits pétroliers (Onap) porte au sous-secteur. L’Office, constate Diawara, suit quotidiennement l’évolution de la situation.

Précisons qu’actuellement, « Fasogaz » est la seule société où le gaz est encore disponible. Mais son directeur général, Lamine N’Diaye, craint que dans moins d’une semaine, ses cuves ne se retrouvent vides comme celles de Totalgaz et de Sodigaz.

A. M. CISSÉ pour les Echos

29 DEC 2006