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Maison Centrale d’Arrêt (MCA) de Bamako, Maison d’Arrêt et de Correction (MACA) d’Abidjan, Maison d’Arrêt et de Correction de Ouagadougou (MACO), Prisons Centrales de Gros Bouquet (au Gabon), de Kondengui (Yaoundé) et de Douala, au Cameroun…, pour ne citer qu’elles… La quasi totalité des grands établissements pénitentiaires d’Afrique subsaharienne et d’ailleurs sont régulièrement le théâtre de tentatives d’évasion massives et de mutineries violemment réprimées.


Pourquoi?

C’est que la misère de ces pénitenciers est telle que les détenus n’hésitent plus à risquer leur vie (enfin, ce qui en reste), rien que pour échapper à leur sort. Construits, pour la plupart, avant les indépendances par l’administration coloniale, bien des prisons africaines ont assumé leur fonction dite “civilisatrice“. Et comment? En imitant, à quelques nuances près, certains procédés appliqués au temps précolonial : entre autres, le châtiment par la lapidation, le bannissement, la captivité ou la vente aux négriers.


Des affres et des carences

C’est dire que les institutions carcérales africaines n’ont pas toutes suivi les évolutions de la société. Car en dépit de l’explosion démographique, très peu de nouveaux établissements pénitentiaires ont été construits par les Etats africains. Et pour faire fonctionner ceux qui existent, les budgets nationaux n’y consacrent que de maigres ressources financières.

Dans toutes ces prisons en général, la promiscuité est telle que les violences sexuelles et les agressions entre détenus et contre leurs gardiens sont aussi fréquentes que nombreuses. A tel point qu’au Nigéria par exemple, plusieurs condamnés à mort ont récemment attaqué en justice l’Etat fédéral et celui de Lagos, pour être enfin …exécutés : c’est que ces condamnés préféraient tout simplement une mort rapide plutôt que cette “mort lente” des affres de la prison.

Depuis la dernière mutinerie des prisonniers de la MACA d’Abidjan, les 13 et 14 Décembre 2008, la révolte continue de couver au sein de la prison. Prévue pour accueillir 1 500 personnes, cette maison d’arrêt compte aujoud’hui près de… 5 200 pensionnaires, dont des femmes et des enfants mineurs ! Ainsi, petits délinquants et grands criminels se mélangent, compromettant ainsi gravement la mission de réinsertion de l’administration pénitentiaire.

La MACO de Ouagadougou n’est pas plus respectueuse des standards internationaux en la matière. Conçue pour 4 00 détenus, elle en accueille aujourd’hui …plus de 1 400 ! Témoins de cette “descente aux enfers” des détenus, les gardiens de prison ont, eux aussi, du vague à l’âme, bien que, de par leur profession, ils soient “habitués” (pourrait-on dire) à cette vie… d’enfer.

Aussi, le 28 Décembre 2008, à la prison centrale de Kondengui (à Yaoundé) les matons (gardiens) étaient allés en grève pour réclamer de meilleures conditions de travail et une plus juste rémunération. Mais dès le 2 Janvier 2009, la Gendarmerie a sauvagement réprimé ce mouvement de grève qui menaçait de “contaminer” les autres établissements pénitentiaires du pays. Et quelques jours plus tard, 16 directeurs de prison ont été limogés, et plusieurs dizaines de matons ont été suspendus de leur fonction.

Le ras le bol des prisons

Le 19 Janvier 2009, un groupe de détenus de la Prison centrale de Gros-Bouquet (un quartier situé au Nord de Libreville (Gabon) attaque leurs geôliers. Trois gardiens, dont… une gardienne, sont pris en otages. Les mutins tentent alors de mettre le feu aux bâtiments. Mais l’incendie sera rapidement circonscrit par les forces de l’ordre qui donnent alors l’assaut et parviennent à libérer les orages. Le coup de force se soldera par la mort de deux détenus et une dizaine de blessés.

Au bout du compte, les mutins n’obtiendront rien de ce qu’ils revendiquaient, c’est-à-dire un dialogue direct avec… le Président de la République, dans le but d’obtenir une amélioration de leurs cruelles conditions de détention. En effet, dans ces bâtiments vétustes construits en …1956, plus de 1 500 détenus dorment les uns sur les autres. Et sur ce plan, la prison de Gros-Bouquet n’est pas une exception à la règle : la grande majorité des prisons d’Afrique est aussi surpeuplée que dangereusement insalubre.

Les pensionnaires de New Bell

Dans ce quartier pauvre de New Bell (à Douala) abandonné aux gangsters, on est toujours coupable de queque chose, pour peu que l’on y réside ou qu’on soit détenu à la prison centrale de Douala qui a d’ailleurs assis la mauvaise réputation du lieu. Ce n’est donc pas un hasard si de nombreux jeunes “Bellois“ (de New Bell) déscolarisés et victimes du chômage ont fini par être écroués dans ladite prison.

Edifié dans les années…1930 et situé à quelques pas du marché central de Douala, ce pénitencier accueille toutes sortes de délinquants : femmes, enfants mineurs, petites frappes, grands criminels… Ainsi, plus de 3 500 détenus sont logés, sinon “oubliés” dans cette prison pourtant censée contenir seulement… 7 00 places.

Depuis que l’Etat camerounais a lancé la fameuse opération “Epervier”, censée poursuivre et juger des coupables de détournement de déniers pubics, le quartier de New Bell n’est plus le repère exclusif des rebus de la ville. A l’instar de la prison de Kondengui (Yaoundé), des personnalités de premier plan ont rejoint le quartier dit VIP (Very Important Personalities) du pénitencier, appelé aussi “Quartier 18“.


Les “VIP” du Quartier 18

C’est dans cette prison qu’est détenu, depuis le 13 Décembre 2007, un ancien Délégué du gouvernement, ancien Maire de Douala et ancien Président du Conseil d’Administration du Port Autonome de Douala (PAD) : un Colonel de… 71 ans, Edouard Etonde Ekotto. Dans ce pénitencier, il est connu sous le nom de “Loup blanc“. Aussi, les autres “peoples“ (les détenus moins “importants“) lui laissent le privilège de prendre ses repas sur la glacière qui leur sert de table à manger.

Des voisins de cellule du Colonel font aussi partie de l’annuaire mondain de la capitale économique du Cameroun (Douala) : entre autres, Simon Pierre Ewodo Noah, ancien Directeur Général Adjoint du PAD ; Zaccharus Forjindam, ex-DG des Chantiers Navals et Industriels du Cameroun (CNIC), limogé et écroué à New Bell en Mai 2008 ; et Siewes Nitcheu, ancien Directeur des Infrastructures du PAD. En tout, 35 hauts détenus sont entassés dans un espace prévu pour… moins de 10 personnes.

Les cellules de New Bell font 1, 70 mètre de large. Pas assez pour un homme aussi grand que Forjindam (NDLR : il mesure plus de 1,90 m !) qui ne peut pas étendre ses jambes pour s’allonger“, explique un détenu. Mais là n’est pas l’unique tourment de ces détenus, car le “Quartier 18” partage un mur lézardé avec les cuisines. Si bien qu’en plus des odeurs émanant des toilettes, les détenus sont contraints d’inhaler les relents nauséabonds de la tambouille.

Pour échapper à cet environnement infect, les détenus se réfugiaient dans les bureaux de l’administration pénitentiaire. Mais alors, ils doivent traverser toute la grande cour, notamment le périlleux “carrefour Ndokoti”, un couloir où ces anciens hauts fonctionnaires sont obligés de croiser les détenus les plus dangereux. VIP ou non, chacun risque, ici, d’y recevoir un coup de couteau “malencontreux“. C’est qu’ici, les armes circulent encore sous le manteau, en dépit de la fouille générale effectuée le 23 Décembre 2008, en prélude à l’office religieux célébré pour Noel, dans la prison, par l’Archevêque de la ville, Mgr Christian Tumi.


Payer pour être protégé… ou tué

Aussi, les “VIP“, prévoyants, ont “casqué” au prix fort, pour leur protection et leur sécurité assurées par quelques gros bras. Solidaires devant les menaces, les codétenus du “Quartier 18” ont fait ériger une barrière électrifiée pour se protéger des agressions. C’est que chacun se souvient qu’en 2005, au cours d’une mutinerie, ces locataires du “18” ont tous été dépouillé par des détenus en furie.

C’est dire que le moindre incident peut mettre la vie de ces “hôtes de marque“ en danger. Aussi, la nuit, on écoute les bruits provenant des quartiers voisins. On redoute que survienne l’une de ces journées de braise qui endeuillent régulièrement le pénitencier. Surtout qu’en cas de tentative d’évasion, les matons ont la réputation d’avoir la gâchette facile, sinon très légère.

La plus récente tentative d’évasion, survenue le 29 Juin 2008, fait encore frémir d’horreur. En effet, 17 détenus avaient été tués par balles. Un carnage qui avait poussé les autorités pénitentiaires à regrouper les détenus jugés dangereux au sein du quartier dit “Régime“ où 6 dortoirs hébergent… 200 personnes chacun !

Aussi, ce regroupement s’est soldé (comme il fallait s’y attendre) par une catastrophe : dans la nuit du 19 au 20 Août 2008, un grave incendie a ravagé le bâtiment surpeuplé, provoquant l’effondrement du toit et des murs sur les détenus. Dix hommes avaient ainsi péri sur place, tandis que des dizaines de brûlés avaient dû être évacués vers les hôpitaux de la ville.


Le comble du désespoir

Aussi, dès qu’ils entendent le crépitement des flammes ou des armes automatiques, les “VIP“ passent par tous les stades de la peur et de l’abattement. “L’autre jour, un monsieur a fait un malaise”, raconte le Colonel Etonde, qui semble avoir trouvé ses repères dans cet univers qui ne lui est pourtant plus familier. Pour lui, il faut “rester digne : ça force le respect des autres prisonniers”.

Depuis qu’une mystérieuse maladie infectieuse a failli l’emporter, cet ancien de Saint-Cyr (école militaire française) se déplace avec une béquille. Et il ne se fait plus d’illusion sur son cas : “Je ne me pose plus de questions sur le pourquoi de mon affaire. Je me demande seulement pour combien de temps encore ceux que je considère toujours comme étant mes amis vont me maintenir dans cette prison épouvantable“.

En attendant ce jour,le Colonel Etonde trompe l’ennui en lisant des livres religieux, une biographie de Bernard Tapie et des livres sur Barack Obama. Il s’amuse beaucoup de l’humour d’un de ses codétenus, le chanteur populaire camerounais, Lapiro De Mbanga, condamné à trois ans de prison à la suite des émeutes de Février 2008.

Les gardiens fichent une paix royale à ces célébrités, d’autant plus que généralement, ils ne posent pas de problèmes. Entre eux, c’est en quelque sorte un “partenariat gagant-gagnant”, car les prisonniers de marque du “Quartier 18” ont encore le bras long et des amis haut placés : la qualité même de leurs visiteurs en est une preuve suffisante. Pourtant, même pour ces “privilégiés“, les choses ne sont pas toujours faciles.

En effet, un jour, pendant que le Colonel Etonde soignait son infection à l’hôpital général de Douala, une escouade de gendarmes a dû faire “le pied de grue“ dans cet établissement sanitaire pour assurer la garde du haut gradé malade. Les désagréments causés par la présence de ces “grosses chaussures“ au sein dudit hôpital avaient poussé ses médecins à refuser désormais d’accorder des rendez-vous à ces “VIP” du “Quartier 18”.


Oubliés de tous

“Toutes ces affaires sont scandaleuses !”, s’insurgeait Caroline Wassermann, l’avocate française de l’ancien Directeur Général du Crédit Foncier du Cameroun (CFC), Joseph Odou, incarcéré depuis le 21 Février 2006 et condamné à …40 ans de prison pour détournement de deniers publics. “J’ai essayé de rencontrer des magistrats, qui n’ont pas voulu me recevoir. Il n’y a pas de séparation de pouvoirs dans ce pays, ni de respect des droits de défense !“, ajoutait-elle, acide.

La prison n’offrant qu’un repas par jour (et quel repas !), les familles des détenus leur apportent elles-mêmes leurs repas. C’est dire qu’à New Bell, la privation de la liberté n’a d’égale que la qualité infecte de l’alimentation. Pour les 35 pensionnaires du “Quartier 18” censés pourtant être des “privilégiés“, l’Etat n’octroie que… 6 000 F CFA (soit 9 euros) de ration alimentaire… par mois !

Oubliés par l’Etat, ces pensionnaires de l’enfer carcéral le sont aussi de leurs concitoyens qui semblent n’avoir aucune confiance dans les vertus prétendues “rédemptrices“ des prisons camerounaises. C’est dire que séjourner à New Belle laisse toujours des séquelles, que l’on soit innocent ou coupable.

Ces mêmes privations et autres misères régissent partout la vie carcérale en Afrique. Et les cas des pénitenciers d’Abidjan (la MACA), de Ouagadougou (la MACO), de Kondengui, de gros-Bouquet et de New Bell n’ont été cités qu pour expliquer tout l’enfer que subissent ces détenus : un véritable enfer sur terre ! Mais

qu’en est-il sous nos yeux? Ne suivez pas le regard…

Rassemblées par Oumar DIAWARA

16 Février 2009