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tam.jpgPendant que les pèlerins de la filière gouvernementale se trouvent en Arabie saoudite, la plupart de ceux de la filière privée sont encore bloqués à Bamako et ne savent plus à quel saint se vouer. Le manque d’avion en est la cause.

En effet, les agences de voyage chargées de les transporter ne sont pas en mesure de le faire, faute d’avions. Conséquences : plusieurs candidats ont déjà abandonné leur projet de pèlerinage pour cette année.

A l’agence « Tam Voyage » pourtant expérimentée en matière de pèlerinage, le constat est amer. Le départ du premier convoi était prévu pour le 28 novembre dernier. Mais jusqu’à ce jour, les 315 pèlerins au compte de cette agence sont tous bloqués.

Hier nous avons rencontré un groupe de pèlerins en colère devant « Tam Voyage« . « On a fixé des rendez-vous successifs pour le départ, mais aujourd’hui, mardi 4 décembre, tous les candidats au pèlerinage sont encore à Bamako. Même hier (ndlr : lundi), ils nous ont dit qu’un avion devait venir d’Arabie saoudite. Jusque là nous n’avons rien vu. Au moment où je vous parle, rien n’est encore sûr. Comme vous pouvez le constater, tout le monde ici présent est révolté par la situation« , commente un pèlerin venu de Sikasso.

Une vieille femme qui ne pouvait plus supporter la déception a fondu en larmes quand elle rentrait chez elle.

« Chaque jour c’est comme ça. Beaucoup d’entre nous versent des larmes. L’impuissance et la déception ont traumatisé un grand lot d’entre nous. Plusieurs sont tombés malades. Ils refusent même de s’alimenter. Moi même ça fait un bout de temps que j’ai perdu le sommeil la nuit. Il faut que l’État vienne au secours pour qu’on puisse effectuer le pèlerinage. Sinon le dégât psychologique va être énorme », a expliqué un autre pèlerin.

« Nous sommes fatigués des va-et-vient inutiles. Nous ne pouvons plus supporter cette situation », a lancé une femme visiblement à bout de nerfs.

D’autres candidats gardent cependant l’espoir. Comme cet homme à qui nous avons demandé si ce grand retard n’allait pas affecter le pèlerinage ? « Si on arrive à quitter maintenant Bamako, on peut attraper les 40 prières obligatoires de Médine. Je pense que l’espoir est encore permis », a-t-il jugé avant d’ajouter que tout autre retard serait préjudiciable.

Nous avons appris que des candidats de « Tam Voyage » ont jeté l’éponge. Pire c’est un climat de méfiance qui prévaut actuellement entre l’agence et ses clients. « Les numéros de téléphone que l’agence a mis à notre disposition ne fonctionnent plus. Ses responsables refusent même de nous rencontrer parce qu’ils savent qu’ils n’ont plus rien à nous dire », indique un pèlerin très remonté.

Difficile d’avoir la confirmation du côté de la direction de « Tam Voyage » où on n’était visiblement pas les bienvenus hier.
Un responsable de l’agence que nous avons abordé nous a simplement éconduits. Notre tort était d’avoir recueilli les propos des pèlerins qui se trouvaient devant l’agence. « On n’a rien à vous dire », a lâché ce responsable, quand nous lui avons posé une question sur le départ des pèlerins.

Situation presque identique à l’Agence « Delta voyage » où 230 pèlerins attendent encore leur départ pour la Mecque. Un départ qui était initialement prévu pour le 25 novembre. C’est hier mardi seulement, dans la matinée, que 25 pèlerins de cette agence ont pu quitter Bamako à bord d’un vol négocié.
Ces 25 pèlerins sont ceux qui se sont inscrits sur la « liste VIP » de « Delta Voyage« .

Après leur départ, le directeur de Delta Voyage, Massa Traoré, est venu rassurer les autres pèlerins qui ont pris quartier devant son agence. « On a pu négocier avec un avionneur et tous les autres pèlerins partiront ce soir (ndlr: mardi soir) », a-t-il assuré sans préciser l’heure à laquelle aura lieu le vol, ni communiquer le nom de la compagnie qui fera le transport.

Les propos du directeur de « Delta Voyage » ne rassurent guère les pèlerins qui se méfient désormais des promesses non tenues.

« Chaque jour on nous dit que le départ aura lieu la nuit et rien n’en a été jusqu’à présent. On est vraiment consterné par la situation », a expliqué un candidat au pèlerinage venu du Mandé.

Un autre candidat visiblement éprouvé par les va-et-vient a perdu tout espoir et ne montrait même plus de force d’effectuer le déplacement. « On est fatigué, vraiment éprouvé », s’est-il contenté de dire.

Et pourtant « Delta Voyage » tout comme « Tam Voyage » sont dans le créneau depuis une dizaine d’années et ont plutôt bonne réputation.

Qu’est ce qui peut expliquer ce manque d’avion ? La question a été posée au directeur de « Delta Voyage ».

« Il est clair qu’aucune agence de la place ne peut louer un avion pour transporter les pèlerins. Il faut se mettre ensemble pour louer un avion. Ce qu’on a essayé de faire, mais la compagnie avec laquelle on a fait le contrat a fait faux bond à la dernière minute. C’est ça qui nous a mis dans ce pépin. Et c’est devenu un sauve qui peut« , a expliqué Massa Traoré.

La satisfaction est venue du côté de l’Agence malienne des services aériens (AMSA) qui a commencé à transporter ses pèlerins depuis le 22 novembre dernier.
Un responsable de cette agence nous a confirmé que les pèlerins sont arrivés dans de bonnes conditions en Arabie Saoudite.

Il reste à espérer que ceux qui sont encore bloqués à Bamako, pourront partir à temps.

M. KEÏTA-L’Essor

05 Décembre 2007.