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une-17.jpgSi Maoudé n’avait pas été un cadre de projet, bien friqué et bien véhiculé, sans doute qu’il n’allait pas gagner Saadatou. Même si cette dernière n’a pas eu la chance d’être née avec une cuillère en or dans la bouche, le temps et la chance ont fait de sa famille, une de celles qui ont réussi à accumuler une fortune avec laquelle il faut compter. Quoi de plus logique que Saadatou qui a vécu dans le beurre, de chercher une bonne partie pour son avenir.

Quand donc le bon samaritain de Maoudé tombe dans l’escarcelle de la gracieuse et pulpeuse Saada, leur relation amoureuse a très vite fait de déboucher sur le mariage. Les préparatifs du mariage, les cérémonies religieuses et traditionnelles et la lune de miel vont se dérouler avec faste.

Mais la fête est loin de se limiter à ces instants. Pour Saadatou, la vie est une fête éternelle. L’art de se pavaner dans une voiture climatisée, de faire du shoping, de siroter différentes catégories de jus, de savourer les plats délicieux, de danser fut le seul enseignement de son enfance.

Le gombo et autres soumbala, elle n’en a vu que dans des documentaires sur les écrans de télévision.

Bref, pour Saadatou, la pauvreté est un concept imaginaire. Quelqu’un dira que celle-la est tombée du ciel. Pourtant il s’agit bel et bien d’une Nigérienne, née d’un père et d’une mère qui eux-mêmes sont nés sur cette terre. Si sa génitrice est de Niamey, le père bien que riche a ses origines dans une bourgade du fond fin du Niger. Saada est donc une «peau noire, masque blanc».

Difficile pour cette espèce d’arriviste d’avoir la tête sur les épaules. C’est ainsi que 5 jours sur 7, Saada exigeait de son mari qu’il aille présenter ses respects à sa mère à elle. Et tenez vous bien, la précieuse et prestigieuse belle-mère ne se trouve pas à Niamey. Il s’agissait pour Maoudé d’effectuer un voyage en aller et retour sur une distance de plus d’une soixantaine de kilomètres. Cette torture aura duré une année et demie et se poursuit actuellement.

Pour le moment, seule la mère de Saada peut soustraire son beau-fils de ce calvaire. Les parents du mari, eux, ont tout fait, conseils, marabouts et charlatans pour libérer leur progéniture du joug de la méchante épouse, mais en vain!

Car pour eux, il ne fait pas l’ombre d’un doute, leur Maoudé est tombé sous le coup d’un envoûtement !!! ;-))

Omar Kané

Paru dans Le Canard déchaîné N°325 du 19 mai 2008