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La plate-forme de l’Alliance pour la Démocratie et le Progrès (ADP) à laquelle le Communiqué fait allusion a été initiée et signée par 14 partis politiques pour sou­tenir la candidature du Président Amadou Toumani Touré (ATT) à la présidentielle de 2007 pour succéder à lui-même.

S’il est possible pour un parti politique d’être en dehors de cette plate-forme et de soutenir quand même la candidature de ATT, la lecture des faits récents ne laisse aucune place au doute sur l’option prise par le parti pour la Renaissance nationale.

Le Communiqué du 6 janvier sonne proprement comme l’heure du bilan pour le Parena après cinq années de soutien au pou­voir en place. Le bilan, loin d’être élogieux, se décline en terme de couleuvres avalées par le parti : mise à l’écart de la formation dans les attelages gouvernemen­taux, ouverture d’enquêtes contre Tiébilé Drame qui a pourtant conduit de main de maître le 33e Sommet Afrique France, et ensui­te…

Au delà de la publica­tion d’une longue déclaration dans la presse concer­nant l’affaire du Comité national d’organisation du 23è Sommet Afrique France (CNOSAF), le Parena a également fait sensation en tenant sa der­nière conférence des cadres.

Le parti était à la croisée des chemins, ne sachant guère où aller, encore moins avec qui aller, atti­rant sur lui l’attention de tous les analystes et obser­vateurs. Le Congrès qui a suivi s’est gardé de tran­cher en déterminant où et avec qui ira le Parena.

Le Comité directeur qui a reçu mandat du Congrès pour décider vient de s’as­sumer. Pour le Comité directeur, le Président du parti Tiébilé Dramé a pro­duit le Communiqué du 6 janvier qui marque une date importante dans l’his­toire du Parena. Sans équivoque, le parti du bélier a franchi le Rubicon.

Le Parena a onze ans

Depuis sa création en sep­tembre 1995, le Parti pour la Renaissance nationale se démarque pour la première fois du pouvoir, Certes, son parcours a été jalonné de quelques frictions telles lors de ce renouvellement du bureau de l’Assemblée nationale où le groupe par­lementaire de sept députés Parena présidé par l’hono­rable Sidi Mohamed Zouboye a renoncé à ses postes dans le bureau de l’Institution, mais le parti est resté membre à part entière de la convergence nationale pour la Démocratie et le Progrès (Cnid ; les partis de la mouvance présidentielle). Pendant ce temps, le Président de l’époque, Alpha Oumar Konaré, a continué d’avoir de bons rapports avec le parti issu de la dissidence au sein du Cnid.

Le Parena a également été parmi les ténors qui ont mis en route en 2002, la Convergence pour l’Alternance et le change­ment (ACC) à laquelle s’est joint le collectif des Indépendants (CODI), pour soutenir la candidatu­re de l’ancien président du CTSP, Amadou Toumani Touré. Un soutien au pou­voir qui s’est sans doute poursuivi jusqu’à ce 6 jan­vier, date de la rupture par le parti d’avec Koulouba, destin en main. Ainsi à cette date de la circulation des rumeurs les plus folles sur un éventuel remanie­ment du gouvernement, le Parena s’est déclaré non partant pour participer à un gouvernement « dans les circonstances actuelles », à seulement un trimestre des échéances électorales. Pour l’un des partis qui ont le plus excellé dans le soutien au Président de la République, l’option semble être irréversible.

La décision prise par \§ parti dirigé par Tiébilé Dramé est tombée comme une ultime pierre dans le jardin du consensus, un§ politique (chère au président ATT. Au même titre que le « Manifeste pour la démocratie » de l’ADJ et les déclarations péremptoires du RPM dirigé par le président de l’Assemblée Nationale Ibrahim Boubacar Keïta, le Communiqué de rupture du Parena comporte les prémisses d’une prise de position dans l’opposition. Ainsi pourrait-on l’aligner dans l’opposition aux côtés du Rpm, de la Cds de Mamadou Bakary Sangaré dit Blaise et de Convergence 2007 de Soumeylou Boubèye Maïga, A ceux-ci pourrait-on joindre Sadi du Dr Oumar Mariko et de Cheick Oumar Sissoko qui, malgré sa participation au gouvernement, a déclaré à haute et intelligible voix sa déci­sion de prendre part à toutes les élections sous ses propres couleurs.

Mais aussi tous les acteurs qui se démarquent de la mouvance présidentielle et qui tiennent à une certaine autonomie. Aussi peut-on s’interroger sur les alliances possibles au moment où le paysage poli­tique court vers une bipolarisation.

Pour réélire ATT, s’ali­gnent les partis membres de l’ADP comme l’Adema de Dioncounda Traoré, l’URD de Younousi Touré, le Cnid de Me Mountaga Tall, le MPR de Choguel Maïga, etc d’une part.

De l’autre le RPM, le Parena, la CDS, SADI et convergence 2007 com­prennent les éléments d’une éventuelle coalition des partis politiques de l’opposition au pouvoir de ATT.

Pour une telle coalition les acteurs auront besoin d’aplanir certains angles de leurs divergences anté­rieures.

Toutefois du côté du camp présidentiel, tout comme dans celui de l’op­position en gestation, la formation de ces courants ou pôles politiques et leurs forces de frappe dépen­dront de leur disponibilité à concéder pour surmonter leurs divergences anté­rieures ou actuelles.

Boukary Daou

09 janv 07