Partager

Par la force des choses et la faute de véritables forces politiques en présence, le paysage politique malien se trouve diviser entre deux entités principales : le FDR (Front Uni pour la Sauvegarde de la Démocratie et de la République) et le MP 22 (Mouvement Populaire du 22 mars). Chacun de ces regroupements rame au sens du courant d’eau. De quoi faire rire les crocodiles.

Autre temps, autre mœurs. Si pour de nombreux observateurs, l’évènement politique majeur qui devait focaliser les esprits des uns et des autres, demeure la rentrée parlementaire d’Octobre. Pour les ‘’apprentis politicards’’ du MP 22 et du FDR, c’est plutôt la guéguerre pour la guerre au nord. A savoir, le soutien ou la récusation de l’intervention des forces étrangères.

A ce sujet, le MP 22, comme s’il renferme en son sein des ‘’ stratèges de guerre’’, ne manque jamais d’occasion pour hausser le ton, afin d’exprimer son soutien envers l’armée nationale. Ainsi le ministère de la Défense, est devenu curieusement, son seul point de chute. En l’espace d’un mois, ce regroupement, sous la conduite de Rokia Sanogo, a organisé deux marches, remis deux déclarations au secrétaire général du département de la Défense. Son grief reste unique : l’opposition à toute intervention de la CEDEAO dans la crise malienne.

MP 22, un mouvement des causes perdues

Très adulé durant les premiers jours du putsch du 22 mars, au fil des évènements, le MP 22 est entrain de perdre toute crédibilité auprès des Maliens. « Ce n’est qu’un MP3 » ironisait Amadou Koita sur les ondes d’une radio de la place.

En effet, issu de la SADI de Dr Mariko et de la ‘’presque défunte’’ COPAM’’, le Mouvement Populaire du 22 mars (MP22) porte très mal son nom de nos jours. Frustrés, d’abord de l’élection de Dioncounda Traoré comme président de la Transition, ensuite du blocage des armes du Mali dans les ports guinéen et sénégalais et de l’appel lancé à la communauté internationale dans la guerre du nord, ses dirigeants ont toujours manqué de méthode pour se faire entendre au bon moment et en bon lieu. Après de flagrants échecs dans les meetings aux grands espaces, ils sont revenus à leur ancien amour, la marche avec bruits.

Le mercredi 26 septembre dernier, au moment ou tous les esprits étaient tournés vers New York, où se tenait la 67ème Assemblée Générale de l’ONU sur la crise malienne, les caciques du MP 22 n’ont trouvé d’autres moyens d’expression qu’une marche de protestation afin de s’opposer à l’arrivée des troupes étrangères sur notre sol en vue de combattre les terroristes du nord. Une revendication, complètement en déphasage avec l’opinion nationale qui, prônait le soutien des grandes puissances à travers la Cédeao et l’Onu. Cette hypothèse, semble, depuis, partagée par l’ex junte, dont le MP22 se réclame comme le principal bras politique.

Au regard de l’évolution rudimentaire du MP 22 sur la scène politique malienne, il convient de se demander si ses ténors concourent à une sortie de crise. Pour preuve, en six mois d’existence, ils n’ont reçu à défendre aucune logique qui soit l’avis de la majorité des Maliens. Aussi, ils ne sont arrivés à s’adjuger aucune véritable identité politique. Tous leurs compagnons du début de la crise, à savoir ceux de la COPAM , ont choisi de prendre leur distance vis-à-vis d’eux. Plus, même l’ex leader du CNRDRE, le capitaine Amadou Haya Sanogo, semble ne plus se reconnaître dans leur lutte. Idem pour l’association Yèrè Wolo Ton, qui avait pour mission de mobiliser dans les différents marchés de la capitale.

Faut-il inviter les dirigeants du MP 22 à redescendre sur terre, soutenir ou s’opposer au gouvernement actuel sur les questions brûlantes de l’heure à l’issue des échanges et débats francs, en lieu et place d’autres modes d’expression comme la marche ou le sit-in. Qui, ne visent qu’à ternir davantage l’image du Mali à l’extérieur.

FDR, un front en quête de repères

L’autre trouble-fête qui pollue de nos jours le paysage politique national est sans doute le FDR (Front Uni pour la Sauvegarde de la Démocratie et de la République). Sans statut, ni véritables leaders charismatiques ce front, refuse d’admettre la réalité : la fin du règne d’ATT.

Pistonné par quelques barons en fuite, le FDR à l’instar de son adversaire politique (MP22) joue au blocage du processus de la transition. D’ailleurs, certains de ses leaders se sont vite fait indexer comme principaux ‘’ennemis du Mali’’ par bon nombre de nos compatriotes. Sans siège et dépourvu de toute capacité de mobilisation, ce regroupement politique évolue en véritable ‘’Pompier-Pyromane’’. Ses leaders, disposant d’un carnet d’adresses bien fournit au niveau international, continuent de faire croire aux différents chefs d’Etat que toutes les institutions républicaines seraient bloquées au Mali. Au même moment, ses dirigeants de Bamako, se battent comme un beau diable afin d’obtenir un maximum de strapontins dans le gouvernement de CMD. Ainsi, après avoir lutté avec bec et ongles et obtenu la mise en place d’un gouvernement d’union nationale, ils n’ont pas pu éviter des frustrations dans leur rang, conduisant au départ de leur principal porte-parole, Me Tapo et le retrait dans les activités médiatiques de leur secrétaire politique, Amadou Koita.

Sur d’autre plan, nonobstant la présence en leur sein des deux principales forces politiques des vingt ans de la démocratie malienne, à savoir les partis ADEMA et URD et de la principale centrale syndicale des travailleurs du Mali, l’UNTM, le FDR n’est arrivé à organiser une moindre action politique de grande envergure.

Remontés contre l’agression du président par intérim, les dirigeants du FDR ont projeté à coup de matraquage médiatique une grande marche de protestation, avant de se plier sous les exigences du HCI (Haut Conseil Islamique). « En vérité, ils ont perdu toute crédibilité auprès de leurs militants » disait un responsable de la COPAM.

Revenus à la charge, après le discours de retour du président par intérim, Dioncounda Traoré, les mêmes responsables du FDR, exigèrent le départ du premier ministre Cheick Modibo et de son gouvernement, suivi de la mise en place d’un gouvernement d’union nationale inclusif et représentatif. Un autre combat perdu. Car, en première position, c’est le MPR, pourtant membre du FDR qui a exprimé son opposition au départ du premier ministre. Ensuite, dans la formation du gouvernement, le président de la république par intérim n’a pris en compte aucune demande du FDR. Du coup, le premier ministre Cheick Modibo Diarra s’est retrouvé avec les 80% des membres de son ancien gouvernement.

Cette couleuvre a très mal passé au travers de la gorge des leaders du FDR. Dont certains commençaient à former déjà leur cabinet ministériel. Après cette énième humiliation, les patrons de la bourse du travail ont été forcés de faire profil bas. Dans la foulée, les quelques conférences de presse qu’ils ont organisé n’étaient animées que par des responsables de seconde classe au sein du FDR. Ses vrais responsables, ont préféré cheminé dans d’autres organisations. C’est le cas du président du PARENA, Tièbilé Dramé qui se consacre plus à la Coalition pour le Mali que du FDR. Idem pour Oumou Touré de la Cafo, Aly Nouhoun Diallo et bien d’autres, tous actifs désormais au sein de l’Association pour l’Emergence des Générations de la Démocratie au Mali.

Pour de nombreux observateurs de la scène politique, le FDR, fondé de manière ‘’informelle’’, souffre dans son évolution de l’absence de véritables leaders, capables de mobiliser mais aussi de concrétiser ses aspirations. Financé par quelques barons de l’ADEMA et de l’URD, tapis dans l’ombre, le FDR est devenu au gré des évènements, une véritable vache laitière pour nombre de ses dirigeants qui manquent de directives politiques. « Comment pouvez comprendre que Dioncounda soit mal aimé par certains du FDR ? » déplore un responsable communal de ce regroupement.

Des coquilles vides pour animer la scène politique

Ni la crise du nord, encore moins la conduite sereine du processus de la transition ne semblent constituer des préoccupations majeures pour les deux grands regroupements politiques en présence. Ils se regardent, permanemment en chiens de faïence sur tous les sujets . En effet, si le MP22 s’évertue toujours à soutenir la junte militaire, le FDR de son côté se bat comme un beau diable auprès des organisations comme la CEDEAO à resserrer l’étau sur le Mali.

Pour preuve, au moment où tous les Maliens prient et croisent les doigts pour acquérir des soutiens qui incombent pour la libération des 2/3 de leur territoire national ces deux regroupements amènent sur la place publique leur adversité.

Ainsi, en riposte à la honteuse marche du 26 septembre dernier du MP 22, le FDR entend taper sa part de pavée dans les jours à venir. Histoire de montrer ses muscles à ses amis de la CEDEAO.

Pourtant, la question qui les oppose (intervention militaire ou pas au nord), ne relève en réalité, ni de la compétence d’un minable politicard encore moins d’un adepte de la franmaçonnerie. Il s’agit d’un sujet qui mérite d’être discuté seulement entre des experts et chefs d’états-majors des différentes armées.

Il sied donc à nos ‘’apprentis politicards’’ d’arrêter de spolier le paysage politique avec leurs ignobles manœuvres.

« Si tu supportes la fumée, tu te réchaufferas avec la braise » dit un proverbe de chez nous.

Moustapha Diawara

La Dépêche du 8 Octobre 2012