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Avec une espérance de vie moyenne à la naissance de l’ordre de 48 ans, les pays du sahel figurent parmi les pays ayant la plus forte mortalité au monde. La durée de vie moyenne y est inférieure de plus de 17 ans à celle de l’ensemble des pays en développement, et de près de 28 ans par rapport à l’ensemble des pays développés.

Des progrès ont cependant été accomplis depuis les années soixante-dix, la durée de vie moyenne ayant augmenté d’environ 8 ans. Alors que le sahel avait une espérance de vie plus faible que la moyenne sub-saharienne en 1970-1975, la comparaison s’établit aujourd’hui à son avantage.

Mais le renversement de situation ne s’explique qu’en partie par l’amélioration de la situation sahélienne, il tient bien davantage aux conséquences de l’épidémie de sida, plus développée dans les autres parties de l’Afrique, qui a conduit à une diminution de l’espérance de vie dans bien des pays depuis le milieu des années quatre-vingt.

L’écart avec la moyenne des pays en développement s’est en revanche creusé: le recul de la mortalité dans le sahel a été plus lent qu’ailleurs.


Augmentation timide de l’espérance vie

Tous les pays du CILSS ont connu une augmentation de l’espérance de vie au cours des trente dernières années mais avec une certaine diversité dans le rythme de la baisse de la mortalité.

L’île du Cap Vert doit être traitée à part; elle connaissait dès les années 1970-1975 un niveau de mortalité bien plus faible que les autres pays du CILSS et son espérance de vie au début de ce millénaire (70 ans) place dans une position bien plus proche des pays développés que des pays de l’Afrique de l’Ouest continentale.

Les gains d’espérance de vie enregistrés depuis les années soixante dix dans les autres pays varient entre 4 et 16 ans.

Aujourd’hui tous les pays ont atteint une espérance de vie de 45 ans ou plus, ce qui n’était pas le cas d’aucun d’entre eux en 1970-1975. Les progrès ont été particulièrement sensibles en Gambie, qui présente aujourd’hui l’espérance de vie la plus élevée de la région, 54 ans, alors qu’elle se situait en avant-dernière position trente ans plus tôt (38 ans).

Le sénégal et le Mali se distinguent également par des gains d’espérance de vie de plus de 10 ans. En revanche l’augmentation a été plus modeste au Burkina Faso (4,5 ans) et au Tchad (5,7 ans), où la prévalence du VIH/Sida est la plus élevée de la région. La diversité des situations sahéliennes s’est ainsi accrue; l’écart entre valeurs extrêmes de l’espérance de vie.

Les populations du sahel vivent dans un milieu difficile

Les populations du sahel subissent les contraintes d’un environnement particulièrement difficile. La concentration des pluies sur quelques mois de l’année ne permettant la réalisation que d’une saison agricole, la désertification, les aléas pluviométriques se traduisant périodiquement par des sécheresses sévères sont autant de facteurs qui concourent à la fragilité économique des pays et freinent leur développement.

Au lendemain de la grande sécheresse des années soixante-dix, les pays sahéliens ont décidé de féderer leurs moyens pour une meilleure prise en considération de ces contraintes écologiques. Le Comité permanent Inter-Etats de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel (CILSS) a ainsi été créé en 1973, avec le mandat de s’investir dans la recherche de la sécurité alimentaire et la rationalisation de la gestion des ressources naturelles.

Cette organisaton internationale regroupe 9 pays qui sont entre autres : le Burkina Faso, le Cap Vert, la Gambie, La Guinée-Bissau, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Sénégal et le Tchad. La dimension démographique fait partie intégrante des préoccupations du CILSS.

En effet, les conditions écologiques pèsent sur les structures démographiques: les contraintes écologiques freinent le progrès agricole, concourent à la fragilité économique et jouent sur le niveau de la mortalité.

Elles contribuent par-là même au maintien de la forte fécondité, pour assurer le renouvellement de la main d’oeuvre familiale, assurer le remplacement des enfants décédés et la prise en charge des plus âgés. Réciproquement l’accroissement de la population genère une pression sur les ressources et contribue à la dégradation de l’environnement.


Une mortalité infantile élevée

Le niveau de l’espérance de vie est conditionné pour une large part par celui de la mortalité aux jeunes âges. Dans les pays du CILSS, 3 enfants sur 10 décédaient avant l’âge de 5 ans au début des années soixante-dix, et c’est encore le cas de 2 enfants sur 10 aujourd’hui. Le progrès ont été notables dans tous les pays.

Seul le Niger connait encore aujourd’hui un risque de mortalité avant l’âge de 5 ans supérieur à 25%, ce qui était le cas de tous les pays du CILSS à l’exception du Cap Vert il ya trente ans.

Une baisse de la mortalité des enfants dans les pays du CILSS a été supérieure à la moyenne sub-saharienne qui est de 33% contre 23% entre 1970 et 2001 mais insuffisante pour rattraper le retard initial. La mortalité des enfants saheliens dépassait de près de 40% la moyenne sub-saharienne en 1970, elle lui reste supérieure de près de 20% aujourd’hui.

Ces décès de la petite enfance sont cependant, pour la très grande majorité d’entre eux, évitables par des moyens éprouvés de longue date ailleurs: prévention et traitement des maladies infectieuses, encadrement des accouchements et plus généralement amélioration des conditions de vie.

Partout dans le monde, le recul de la mortalité des enfants a été l’élement moteur de l’allongement de la durée de vie. Les mesures de la mortalité des enfants sont d’ailleurs reconnues comme d’excellents indicateurs sur la situation sanitaire d’un pays, mais aussi plus largement sur son niveau de développement. Les informations ci-dessus ont été analysées à partir des indicateurs du programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).


Mamoutou DIALLO (Stagiaire)

23 Mai 2008