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De façon aussi égoïste qu’insidieuse, les pays du Sud auront été traités de tous les “noms d’oiseaux” : “Pays du Tiers-Monde” ; “pays pauvres” ; “pays sous-développés”, “pays en développement” . Et comme critère “d’appréciation”, certains de ces pays du Sud sont affublés d’une appellation toute particulière, aussi humiliante qu’insultante : “Pays Pauvres Très Endettés” ou PPTE.

Et comme thérapie à ces maux fabriqués de toutes pièces par de grands “laboratoires ” stéréotypés et salons huppés d’Occident, on a prescrit pas mal de “médicaments ” qui, au lieu de soulager ces “grands malades” que sont les pays du Sud, les ont plutôt fragilisés davantage.

Ainsi aura-t-on vu des “Politiques d’Ajustement Structurel” (PAS) appelant certains Etats, dont le nôtre, à supprimer le recrutement à la Fonction Publique, à noyer l’éclosion et l’émergence du savoir, avec la fermeture des écoles de formation de maître, et à étouffer certains secteurs pourvoyeurs de ressources et d’emplois.

Ces politiques d’ajustement structurel se sont avérées inefficaces (pire, un bide et un fiasco total) avec, à la clé, plutôt l’élargissement, voire l’approfondissement du fossé entre le Nord et le Sud, entre les riches et les pauvres. Comme pour berner davantage les “béni oui-oui” que sont la plupart de nos dirigeants, on les tient pour responsables de l’échec de ces PAS. Et pour l’établissement d’un ordre nouveau où tout ressemblera à un paradis sur terre, on propose… la démocratisation.

Ainsi, après la colonisation et ses sillages systématiques, après l’acculturation et après avoir dompté nos façons d’être et de penser, après avoir réussi à calquer les Etats et les administrations de type colonial dans nos Etats, avec, aux commandes, des pseudo-chefs qui, en fait, n’étaient que gouverneurs de colonie, les voilà qui nous recommandent de… tout changer. “Il faut la démocratie pour garantir le développement”, soutiennent-ils.

Et sans chercher à comprendre, voilà que les Etats du Sud se lance dans ce dangereux bourbier. Ainsi, en Afrique comme partout ailleurs au Sud, la démocratie a accouché dans la douleur et dans des affrontements sanglants, bref, dans la tragédie sociale. Le drame, c’est que dans la plupart des cas, on ne saurait parler de démocratie avec des élections tronquées et des Présidents qui sont choisis dans des salons feutrés du Nord et imposés aux électeurs.

La vérité, c’est que, pour que l’Occident puisse écouler ses armes, il fallait créer des zones de tension un peu partout en Afrique, et au Sud en général. Des armes qu’on continuait à fabriquer même après la guerre (1939-1945) et qui manquaient de preneurs. Il fallait donc créer des zones de tension pour que les industries de l’armement ne s’effondrent pas.

Et si on en trouvait dans des pays du Sud qui regorgeaient de matières premières, c’était pour faire “d’une pierre deux coups” : les laisser s’entre-tuer et piller toutes leurs richesses, avec la complicité des pseudo-chefs qui ne cherchent en retour qu’une garantie leur permettrant de rester accrochés à leurs fauteuils de chef.

Cette nouvelle thérapie qu’est la démocratie ayant montré ses limites, les néologistes du Nord n’ont pas tardé de nous faire sortir “la bonne gouvernance” comme arme de combat contre la pauvreté. Ainsi, la lutte contre la pauvreté devient le nouveau “créneau“ de l’Occident. Des milliards sont ainsi investis par les “sauveurs” du Sud qui rechignent pourtant à annuler les dettes qui sont plutôt réorientées vers le développement local.

Demander à un pauvre, qui ne vit pourtant que par la dette, de transformer cette dette en investissement, c’est l’appauvrir davantage ! Ainsi, au lieu que la pauvreté perde du terrain, on constate qu’elle gagne plutôt du terrain ! Et pour se moquer davantage de nous et de nos enfants, on nous amène une autre trouvaille : “La pauvreté des enfants”.

Et l’on apprend que nos plus hautes autorités ont même consenti à y consacrer… tout un forum national. Ce terme “Pauvreté des enfants ” est tellement inapproprié et comique qu’on se croirait rêver. Cela est d’autant plus vrai que la lutte contre la pauvreté des enfants ne nécessite point un Forum national. Elle a sa réponse dans la réponse globale de lutte contre la pauvreté. Qu’on lutte d’abord pour garantir aux parents un emploi décent, avec des revenus conséquents, dans un environnement sécurisé. Que soit banni les inégalités sociales. Que l’Education Pour Tous (EPT) soit assurée aux enfants, à tous les enfants.

Mais il ne s’agit pas de cette Education qui déverse des milliers et des milliers d’enfants des pauvres dans la rue, en leur fermant toutes les portes menant aux études secondaires et supérieures, après le DEF. Qu’il y ait une véritable politique de développement social garantissant un revenu aux parents sans profession et sans emploi, ainsi qu’aux adultes pauvres. Et peu importe comment on appellera cette initiative…

Qu’il y ait une véritable politique de développement des zones rurales (le plus souvent, les grandes oubliées) dans pas mal de pays du Sud, dont le nôtre. Et on verra bien les résultats qui, à défaut de permettre à nos enfants de connaître à 100% le grand bonheur, va tout au moins amener la grande majorité à retrouver ce sourire radieux et infantile qu’elle a perdu depuis.

Car si les parents sont démunis, s’ils n’ont plus la force de travailler, les enfants sont obligés, sinon contraints de descendre dans l’arène du monde complexe du travail, avec tous les dangers qui s’y attachent. Si les décideurs du monde veulent aider les pays en développement, s’ils veulent lutter contre la “pauvreté des enfants”, qu’on ne s’y trompe pas : cette lutte doit être globale… et non hypocrite.


Adama S. DIALLO

14 Mai 2009