Partager

Le président Paul Biya, qui briguera dimanche à 85 ans un septième mandat consécutif à la tête du Cameroun, a su mettre en place un système pour se maintenir au pouvoir depuis 35 ans, malgré des absences répétées. »Ne dure pas au pouvoir qui veut, mais dure qui peut »: face à la presse en 2015, Paul Biya avait ironisé sur sa longévité au pouvoir, lui qui est locataire du palais d’Etoudi à Yaoundé depuis 1982. Au Cameroun, au coeur d’une région où la force a souvent accompagné les transitions de pouvoir, Paul Biya a mis en place un « subtil équilibre des forces » entre les différents corps des armées, selon Hans de Marie Heungoup, chercheur à l’International Crisis Group (ICG). Pour lui, le système de défense au Cameroun est « conçu dans son fonctionnement pour que tout le monde s’autosurveille et soit entretenu dans des rivalités d’ethnie et de génération ». « Personne ne peut bouger une unité active sans accord du président », note encore M. Heungoup qui souligne un équilibre des forces entre l’armée régulière d’une part, et le Bataillon d’intervention rapide (BIR) et la Garde présidentielle d’autre part, deux corps dépendant directement de la présidence. Autre élément de poids pour expliquer cette longévité sans précédent au Cameroun: le placement de fidèles aux postes clés de l’administration.Le président de l’Assemblée nationale, Djibril Cavaye Yeguié, 74 ans, le chef d’état-major des armées, René Claude Meka, 79 ans, et le directeur de la société nationale d’hydrocarbures, Adolphe Moudiki, 79 ans, sont des proches du président et ont tous trois passé plus de 15 ans à leur poste. Au fil des ans, ce système s’est renforcé avec « un mélange de fatalisme et de clientélisme chez certaines élites politiques qui ont rallié le régime petit à petit », estime Fred Eboko, politologue camerounais à l’Institut de recherche et développement (IRD).AFP