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Vingt quatre heures (24 h) après le point de presse de la Femafoot, la réaction de Patrice Carteron n’a pas pris du temps. Le jeudi 6 juin dernier, l’ex-sélectionneur des Aigles, joint au téléphone, s’est attaqué à la quintessence des charges de la Femafoot sur sa personne à propos de la rupture du contrat les liants. Exclusif !

Peut-on vous appeler ex-sélectionneur des Aigles du Mali ?

Oui ! Depuis la conférence de presse que de la Femafoot a organisé avant l’arrivée des joueurs, je suis sûr qu’on peut m’appeler définitivement l’ex-sélectionneur des Aigles du Mali. Je suis émerveillé. Et comme cette conférence de presse était prévue quelques heures avant que les joueurs puissent se réunir et de parlementer avec le ministre des Sports pour pouvoir évoquer la meilleure des solutions possibles à adopter pour ces deux matches. En termes de communication, c’est une bonne leçon ! Bravo aux dirigeants de la Fédération avec à sa tête le 1er vice-président d’avoir coupé l’herbe sous le pied à ce qui pouvait arriver les heures qui suivaient. Maintenant, je me dois de respecter ce qui a été fait hier matin (NDLR : mercredi 5 juin).

Les choses avaient été vite faites avant qu’on puisse écouter les joueurs et faire face à leurs revendications. Peut-être qu’il y avait eu une fuite, peut-être que beaucoup personnes ont eu très peur de ce qui pouvait arriver à savoir pour une fois écouter ce dont les joueurs et le staff avaient envie pour ces matches, pour le Mali. Je ne dirai pas que c’était mon retour, mais je pense que c’était un peu ça aussi. J’ai assisté hier bien évidemment (mercredi 5 juin NDLR) à une exécution sans avocat de la défense.

J’ai assisté au pugilat d’Alain Giresse l’année dernière, j’assiste de loin au mien cette année sans avoir la possibilité à dire mes mots. Je vais dire que c’est difficile pour moi. Non pas par rapport à mon choix. J’ai toujours assumé mes choix, j’ai toujours assumé les belles choses que j’ai faites. Mais cette façon de procéder à savoir me faire passer pour un menteur… Je pense qu’il aura un jour où malheureusement beaucoup de personnes vont être mangées par les loups.

La Fédération rassure que c’est vous qui avez unilatéralement interrompu le contrat.

En gros, dans les propos de Moussa Konaté, j’ai compris que si le Mali n’a pas de résultats dans ces deux matches, ce sera la faute à Patrice Carteron. Si le Mali fait de résultat, son initiative aura été positive. Moi, je ne comprends pas pourquoi on ne laisse pas Carteron faire. Lui qui assumait pleinement ce qui se passait, et qui disait et criait haut et fort, parce qu’en majorité, les joueurs et le staff voulaient son retour, assumer gérer au moins ces deux matches là. Je dis juste une chose. C’est trop facile de dire si les choses ne passaient pas bien ce sera la faute à Patrice Carteron.

Mais Carteron assume tout ce qui se passe. Je suis prêt à prendre l’avion pour faire gagner l’équipe pour ces deux matches là. C’est ça la différence avec ces gens là qui ne pensent qu’à calculer et tricher. C’est pourquoi je suis très remonté car je sais dans quelle condition l’équipe s’était préparée pour aborder ces deux matches. Qu’ils chassent qu’il y a un moment où il faut arrêter, arrêter de mentir à tout le monde. Il y a eu un moment où j’ai failli mourir de fièvre typhoïde. Et c’est Pathé qui m’a sauvé. On m’a également dit un moment en me regardant dans les yeux qu’il n’y a pas de primes pour le staff français.

Il y a un moment où on a assez de tout ça. De toutes les façons, je comprends que le système est pourri. Il faut arrêter de dire n’importe quoi. Il n’y a jamais eu quelque chose qui soit mis à la disposition de l’équipe première. Aujourd’hui, la 3e place africaine et la 23e place mondiale sont un miracle pour le Mali ! Et c’est principalement dû aux joueurs avec un formidable leader en leur sein, Seydou Kéita.

Et quand j’entends souvent dire qu’il faut couper la tête à Seydou Kéita. Pardonnez-moi de parler comme ça. Mais je me suis battu pour préserver Seydou Kéita souvent en sélection. C’est un joueur compétiteur, mais ils veulent qu’on lui coupe la tête. Ce ne sont que des intérêts personnels qui sont en jeu. Il y a un moment où il faut dire stop. Et là je dis stop ! Je ne dirai pas que je n’ai pas ma part de responsabilité dans tout ce qui se passe. Mais la différence est que j’assume. Je sais comment les choses se passent avec autant d’incohérence au niveau des billets, des visas et de logement.

On a appris que vous êtes allé au T.P Mazembe de la RD Congo pour de l’argent. Selon nos sources, vous avez envoyé un projet de salaire demandant 29 000 000 F CFA comme salaire mensuel contre 10 000 00 avec les Aigles du Mali. Qu’en dites-vous ?

Je tiens à préciser une chose. J’ai en ma possession les e-mails, les échanges téléphoniques y compris avec Moussa Konaté. Et je suis sûr que dans quelques jours, on va beaucoup rigoler. Car l’histoire est la suivante: ça fait quelques mois que j’ai eu deux sollicitations grâce au Mali. Là, j’en suis reconnaissant. Lors du dernier rassemblement au Rwanda, je n’ai cessé de dire les mauvaises conditions de regroupement de l’équipe nationale ? A ce rythme, on ne peut pas avancer ? Et pire, il n’y a même pas de reconnaissance pour tout ce que tu fais.

C’est lamentable et je le dis haut et fort. Après Moussa Konaté m’a appelé pour ne me dire de pas partir. Je lui ai répondu : écoutez, vous êtes bien gentil, mais c’est comme une histoire d’amour. Cela fait des mois que vous ne me considériez pas et maintenant j’ai des sollicitations, vous voulez me faire des yeux doux. Ensuite, Moussa m’a demandé de lui proposer une prolongation de contrat. Je lui ai dit que je vais m’engager avec un club. Et il savait bien que dans mon contrat, j’avais la possibilité de faire les deux. Et puis, il a menti à tout le monde sur cet aspect bien important du contrat. Je lui ai envoyé une prolongation de contrat comme il l’avait demandé. Je comprends aujourd’hui qu’il m’a demandé cette proposition de contrat pour se protéger. Pour faire croire à tous que Patrice Carteron ne veut que de l’argent. Je répète encore : j’ai eu beaucoup d’argent dans ma carrière de joueur pour ne pas avoir besoin d’argent après.

Avez-vous la preuve que Moussa Konaté vous a demandé de lui envoyer une proposition de contrat ?

Je n’ai pas la preuve écrite. J’ai uniquement l’e-mail qui dit : Moussa comme convenu, je t’envoie un projet de prolongation de contrat. Aujourd’hui, si on me traite de menteur, je laisse le soin aux joueurs et au staff à l’idée de savoir qui ils font croire. Je trouve vraiment stupide de dire que je me suis caché pour signer le contrat avec le T.P Mazembe.

Alors que j’avais tout dit dans les échanges téléphoniques et e-mails qu’on avait eus. Moussa savait bien que j’allais m’engager avec un autre club. Et à la question de savoir pourquoi j’ai attendu le 28 mai pour envoyer ma démission officielle, je dirai que parce que je voulais aussi un petit peu voir comment il allait réagir comment les choses allaient bouger. Je crois que j’ai vu quelqu’un qui était incapable de gérer la situation, incapable de réagir.

Quelle va être la suite de l’histoire sachant qu’il vous reste un an de contrat et dans la foulée, la Femafoot envisage de vous assigner peut-être devant la Fifa ?

La suite, honnêtement, je m’en fiche. La Femafoot a fait croire à beaucoup de gens que je suis coupable. Tu sais pourquoi ? C’est parce que nombreux sont les gens qui veulent que je revienne et qu’avec moi, ils ont quelqu’un qui assume peut-être ses erreurs par fois. J’ai vu beaucoup de choses : déplacements catastrophiques, problème de primes. En un mot, le non respect du contrat je n’ai rien dit sur ça.

La seule fois où j’ai osé me défendre, ces gens là me montrent du doigt pour dire que ce que je fais n’est pas bien. Vous vous rendez compte ? Comme ça fait longtemps que cela dure donc j’ai fait ça pour les joueurs parce qu’ils le méritent. Ils méritent respect et considération. Je vais vous faire un aveu : des mois et pendant toute la Can, c’était pareil.

Que reprochez-vous concrètement à la Femafoot ?

Au ministre des Sports rien. Parce qu’il m’a toujours aidé dans mon travail avec brio. Au président rien. Quant au 1er vice-président, je trouve sa démarche petite, basse. Je suis prêt à prendre un avion pour être au Stade pour les deux matches et capable d’assumer que ça sera ma faute si les choses ne se passent pas bien, mais eux, ils n’en sont pas capables. Je suis sûr que mon ami Pathé sera seul au Stade et qu’il n’y aura personne à côté de lui comme on l’avait laissé seul en France pendant le dernier stage de préparation. Ce sont ces gens là qui ne sont même pas capables de prendre de sanctions contre des joueurs qui veulent me faire la morale !

J’ai été le premier sélectionneur à prendre des mesures drastiques comme je l’ai fait au Rwanda où si on ne gagnait pas je tombais. J’ai fait le choix de me séparer de certains leaders pour faire passer un message fort pour dire qu’il faut arrêter. Et les gens de la Fédération osent reprocher mon comportement ! Attendez ! Je crois rêver. Ils ne sont même pas capables de prendre leur responsabilité. Et j’ai peur pour les deux matches. Ça c’est le pire. Par pitié qu’ils n’entrent pas dans les vestiaires dimanche et tout se passera bien.

Il semblerait que vous êtes entraîneur-sélectionneur et que vous ne pouvez pas gagner ailleurs.

Il n’y a aucune clause d’exclusivité dans le contrat. Moussa Konaté veut parler juridique c’est bien. En gros, il y a un avocat qui lui a demandé de répéter quelque chose. J’aimerais qu’il parle avec son cœur. Ce serait bien. Avec ma démission et grâce à la prise de conscience de tout le monde, je pense quelque chose enfin évolue dans le bon sens dans le football malien. Parce que les joueurs et le staff ne méritent pas d’être délaissés.

Je le dis avec beaucoup d’amour pour le Mali. Mettez-vous juste une seconde à ma place, aujourd’hui je suis dans un club où on m’a donné le plein pouvoir avec beaucoup de considération. J’aurais voulu continuer l’aventure avec le Mali sans problème. Ce n’était difficile pour moi de faire les deux. C’est-à-dire avoir Pathé Diallo au Mali à gérer le football local et moi étant en Afrique venir régulièrement au Mali.

Par contre, j’ai du mal à accepter qu’on me fasse passer pour quelqu’un de mauvais, moi qui viens de passer un an dans un pays en guerre en n’ayant pas le chèque du salaire parce qu’on me l’a retiré. J’aime bien le répéter car j’ai l’impression que les gens l’oublient un peu. A l’heure où je vous parle, pardonnez-moi de le dire : je suis le sélectionneur de l’histoire du Mali ayant apporté les meilleurs résultats si l’on se réfère au nombre de matches.

Par Baba Cissouma

Match du 14 Juin 2013.