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C’est un bambara bon teint et un brillant intellectuel qui s’en est allé. Le professeur Pascal Baba Couloubaly, président du conseil d’administration de l’Agence pour la promotion de l’emploi des jeunes (APEJ) et ancien ministre de la Culture de 2000 à 2002, est décédé le mercredi 23 juillet à Tunis des suites d’une longue maladie.

L’homme, né en 1951 et originaire du village de N’tiola dans l’arrondissement central de Dioïla dans le Baninco, était connu avant tout pour son attachement à la société traditionnelle bambara, un trait dominant qui se retrouve dans l’ensemble de ses œuvres littéraires et scientifiques. Pascal Baba soutenait d’ailleurs que son nom de famille n’était pas Coulibaly, mais Couloubaly.

Nom qui se décomposait en « coulou » (la colline ou la montagne) et « baly » (entraver, empêcher). Les Couloubaly sont donc des personnes dont le passage ne saurait être entravé par la montagne. toute sa vie, l’homme s’efforcera d’être conforme à la définition qu’il s’était donné.

Pascal Baba Couloubaly avait fait ses études secondaires à l’École normale secondaire de Badalabougou. Puis il avait enseigné à l’école fondamentale de Bougouni. C’est à cette période qu’il a écrivit son premier roman « Les angoisses d’un monde« .

Cette œuvre, qui se rattache à l’ethno-roman ne fut cependant publiée qu’en 1984 aux Nouvelles éditions africaines (NEA) avant d’être rééditée par Jamana en 1998. Elle aborde les conflits de générations et l’affrontement entre la tradition et la modernité dans la société bambara. Jusqu’à une date récente, ce livre était étudié dans les écoles de la Guinée Conakry et du Burundi..

Puis suivront « La Gwandusu » – du nom d’une sculpture bambara – publié en 2001 aux éditions Jamana, « Le Mali d’Alpha Oumar Konaré, Ombres et lumières d’une démocratie en gestation« , paru en mars 2004 chez l’Harmattan et « Mamary le Bambara« , sorti en août dernier chez l’Harmattan. Ce roman évoque le sort d’un villageois ordinaire, Bambara de notre temps, coincé entre une multitude de contradictions et amené à commettre des actes désespérés qui signeront sa déchéance.

Toutes ces œuvres recèlent une volonté de comprendre et d’expliquer qui viennent sans doute du fait que Pascal Baba Couloubaly a fait d’abord carrière dans l’éducation avant d’aller dans la haute administration publique. Il a été ainsi instituteur, directeur d’école, professeur de collège puis de lycée, professeur à École normale supérieure de Bamako, chercheur à l’IFAN, maître de conférences à l’université de Bamako.

« Komo personnifié« , selon son ami Fodé Moussa Sidibé qui l’a connu depuis les années 80 à Dakar quand tous les deux préparaient leur thèse ; intellectuel fortement attaché à son terroir, d’après notre confrère Moussa Baba Coulibaly, présentateur de l’émission littéraire « En toute lettre » de l’ORTM, Pascal Baba qui avait qualité d’initié bravait les interdits en exposant dans ses écrits certains secrets de la société du Komo.

Pour lui, la jeune génération qui n’a pas eu la chance de connaître ces rites avait besoin d’être instruite sur eux. Selon notre confrère, Pascal Baba s’inscrit dans la lignée des écrivains comme l’Ivoirien Amadou Kourouma, dont il était d’ailleurs un des admirateurs et dont il partageait le souci de l’authenticité, de l’attachement au réel et au vécu.

Fidèle ami du président Alpha Oumar Konaré, Pascal Baba Couloubaly avait occupé successivement auprès de ce dernier les fonctions de conseiller des affaires culturelles et sociales, de chef de cabinet à la présidence de la République. A ce titre, il avait mis en musique les grandes idées du président Konaré comme la création des monuments, la Mission pour l’an 2000 et la création d’un fonds d’aide à la culture.

Il avait aussi accompagné la promotion des nouvelles technologies de l’information et de la communication en contribuant à l’organisation des rencontres de Bamako de janvier 2000. Devenu ministre de la Culture, Pascal Baba est à l’origine des grandes manifestations culturelles que sont la Rencontre des chasseurs de l’Afrique de l’ouest, le Marché national des arts plastiques, la Semaine nationale du cinéma africain de Bamako (SENAFAB), la relance de la Semaine nationale des arts et de la culture et le festival international « Triangle du Balafon« .

Y. DOUMBIA

Essor du 25 juillet 208