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Dans tous les cas, la fonction de ministre est on ne peut plus dévaluée voire bafouée dans notre pays. Dans ce contexte de consensus (tout le monde est majorité présidentielle, personne n’est opposition), l’opportunisme et la fidélité sont les critères pour accéder à un portefeuille ministériel,une manière de dire au revoir à la compétence pour se faire appeler à la gestion des affaires du pays.

D’ailleurs, convaincus que les autres compatriotes galèrent en raison de la paupérisation généralisée au Mali, les ministres veulent entendre tout sauf céder la place à d’autres.

Chose étonnante si l’on sait que la fonction de ministre ne peut aucunement rivaliser avec celle de président de la République. Or l’expérience a prouvé que plus un ministre reste à son poste au delà de trois ans, plus il devient inefficace. L’usure du pouvoir ?

Ce qui est sûr, l’unanimisme politique n’arrange guère les choses étant donné qu’au lieu de faire preuve de compétence à la tête de leurs départements respectifs, nombreux sont les ministres qui sont distraits par la bataille de positionnement par rapport à 2007.

C’est pourquoi le soutien à ATT est devenu le slogan pour se faire entendre par le chef de l’Etat. Et ce soutien à Amadou Toumani Touré semble devenir une camisole de force pour les autres camarades.

Pour les agitateurs, celui qui a une idée contraire au soutien ATT est contre ce dernier.

En vérité, ceux qui se disent pro-ATT veulent rester à la soupe ou y être invités. Car les autres n’ont pas dit qu’ils sont opposés au président de la République mais tout est question de méthode et de démarche.

Ces laudateurs devraient plutôt aider ATT à sortir des difficultés du moment, au lieu de le plébisciter pour 2007, oubliant que le président a promis au peuple qu’à l’heure du bilan, il sera le seul comptable.

Donc guidés par l’intérêt personnel et non celui de la nation ou du chef de l’Etat, les ministres oublient les raisons de leur présence dans le gouvernement.

Il suffit qu’il y ait un acte équivoque de la part d’ATT pour qu’ils tombent dans la panique, pensant que le temps de quitter la soupe est venu.

Ils savent, pour beaucoup d’entre eux, qu’ils n’ont pas obtenu leurs postes sur la base de la compétence. On comprend bien que cette rumeur de remaniement ministériel ne cesse de polluer l’atmosphère.

Au point que certains ministres ne parviennent plus à se concentrer pour mener à bien les missions à eux confiées au sein du gouvernement.

Ce vent de panique ne semble épargner aucun ministre puisque ceux qui murmurent l’éventualité d’un remaniement ministériel parlent d’une liste de partants.

Et chaque ministre qui a fait parler de lui en mal ou en bien croit qu’il a son nom sur cette fameuse liste noire.

Que dire de Choguel K. Maïga qui risque fort d’être balayé par la flambée du prix des céréales, surtout lorsqu’on apprend par voie de presse que le président ATT lui aurait remis un reçu de paiement de 100kg de riz à 52.000Fcfa ?

Pourtant, tout porte à croire que l’équipe de Pinochet serait responsable d’une fausse alerte. De l’avis de certains, tout est parti vraisemblablement des propos maintes fois répétés du président de la République lors des conseils des ministres à Koulouba.

En effet, chaque ministre qui veut procéder à des nominations importantes les soumet à l’appréciation du conseil des ministres présidé généralement par le chef de l’Etat.

Mais chaque fois qu’un membre du gouvernement propose des noms à la nomination, le président aurait toujours demandé de surseoir à cette décision. Le hic est que le chef de l’Etat ne donne pas d’explication pour justifier le sursis.

Mais comme les décisions de report devenaient multiples, certains ministres en ont déduit que le président de la République serait en train de préparer le remaniement ministériel tant attendu. Certains ont cru que ce remaniement était une question de jours.

En vérité ATT n’a sans nul doute dit à personne qu’il est pressé d’opérer un changement. Et dès que les pro-ATT ont commencé à s’agiter à l’intérieur des principaux partis politiques, des trouillards conclurent que quelque chose était en vue.

Cela se comprend si l’on sait qu’interrogé sur la question relative à un remaniement ministériel, le président ATT, avait répondu, lors de sa rencontre avec la presse à Koulouba le 8 juin 2005, qu’il attend d’avoir une lisibilité claire de la situation politique. Pour le chef de l’Etat, sans toutes les cartes en main, rien n’est possible.

Et les observateurs de déduire que tous les agissements des adémistes et d’autres partis ont pour but de donner à ATT ces cartes politiques. Parce que le remaniement ministériel serait imminent.

En tout état de cause, cette hypothèse ne paraît pas plausible puisqu’un certain nombre de faits attestent que ce remaniement ministériel ne serait pas imminent.

En tout cas, il ne devrait pas intervenir avant l’adoption du budget de l’Etat. Car en faisant venir d’autres ministres, à la place des anciens les nouveaux ne seraient pas en mesure de défendre les budgets sectoriels de tel ou tel département ministériel.

En plus du vote du projet de budget d’Etat 2006, il faut ajouter la tenue du sommet Afrique-France à Bamako les 3 et 4 décembre 2005 à Bamako. Tant que cette rencontre n’a pas eu lieu, le président

ATT ne devrait pas procéder au changement d’équipe. Ce sont là deux faits parmi tant d’autres qui expliquent que si remaniement ministériel il y avait au Mali, il ne devrait pas intervenir avant le premier trimestre 2006.

Alors aux ministres de se calmer et de faire face à leurs missions plutôt de se préoccuper de leur maintien. A moins que le président ATT se décide autrement, car il est un chef d’Etat qui aime prendre son peuple à contre-pied.

Oumar SIDIBE

12 octobre 2005.