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L’une des spécificités du Parti pour le développement économique et la solidarité (PDES) est qu’il s’est nourri de l’administration malienne. Il semble que l’on n’est pas loin de revivre le scénario cauchemardesque de 2007 où toute la machine de l’État avait été mise à contribution pour assurer la réélection d’ATT.

Ministres, présidents d’institutions de la République, présidents directeurs généraux, directeurs généraux, secrétaires généraux, conseillers techniques, chargés de mission, directeurs administratifs et financiers… Tels sont substantiellement les postes qu’occupent dans l’administration malienne les membres du bureau dont a accouché l’assemblée générale constitutive du Parti pour le développement économique et la solidarité (PDES) samedi dernier.

Sans compter qu’en dehors du bureau XXL de 127 membres du benjamin des partis politiques au Mali, il se murmure que nombreuses sont les hautes personnalités du pays (appartenant à des partis politiques ou non) qui guettent une occasion pour adhérer au PDES, mais qui se tiennent pour le moment à l’écart, en raison de calculs politiques.

Nul doute donc que le PDES a ratissé large et qu’il est au cœur de la gouvernance actuelle du pays. Mêmes certains que l’on croyait en dehors de tout champ politique n’ont pu résister aux sirènes rouges manipulées depuis Koulouba. Cette situation n’est que la conséquence logique du clientélisme et de l’anarchie rampante qui minent l’administration malienne sous ATT.

Dans un pays où l’accession à de hautes responsabilités dépend plus de l’appartenance politique et des affinités avec les milieux proches du grand chef que de la compétence intrinsèque du promu, il n’est pas exagéré d’affirmer que l’administration malienne est déboussolée et détournée de ses propres missions.

Et quand le jeu politique se pointe, tout est mis en œuvre pour d’abord servir les intérêts partisans. Au nom d’un soi-disant « militantisme désintéressé » et d’une adhésion hypothétique à des idéaux, propagandistes soient-ils.

Le PDES s’est justement approprié cette réalité. Son président, Hamed Diané Séméga en est une illustration parfaite. Sachant que « charité bien ordonnée commence par soi », le ministre de l’Equipement et des Transports a entraîné avec lui dans le bureau du PDES des membres influents de son cabinet, dont le secrétaire général Malick Alhousseiny et le directeur national des transports, Djibril Tall.

Comme ces derniers, tout le beau monde administratif que compte le PDES, s’attellera certainement à assurer d’abord la suprématie du néo-parti dans l’administration. Un phénomène qui porte le « label ATT » et qui n’est pas nouveau sous la gouvernance éclairée du général-président.

Le « renouveau de l’action publique » en marche

Lorsque des avantages faramineux ont été accordés aux commandements locaux (gouverneurs, préfets et autres) à la veille de l’élection présidentielle de 2007, peu de nos compatriotes ont été incapables de comprendre cette manœuvre du pouvoir visant à conditionner l’administration au tripatouillage électoral. La suite est connue de tous.

L’utilisation de l’appareil de l’État à des fins politiques sera donc plus que jamais ancrée avec le PDES et des cadres obsédés par une quelconque promotion ou du moins leur maintien à leurs postes. Surtout que beaucoup parmi eux, jusqu’à présent loin des milieux politiques et non membres officiels du PDES, se sont fait voir à la tribune de l’assemblée de samedi dernier.

Me Tall restera certainement l’un des perdants de cette méthode de séduction politique orchestrée par le PDES. Mais en réalité, ce n’est qu’un retour du bâton, pour qui sait que ce fils de Ségou, démissionnaire politique et lamentablement acquis au candidat ATT en 2007, a tout fait pour rendre inaudibles les dénonciations d’usage des moyens de l’État à des objectifs clairement électoraux formulés par les animateurs du Front pour la démocratie et la République (FDR) et du parti Solidarité africaine pour la démocratie et l’indépendance (Sadi) lors de la présidentielle de 2007 à l’encontre du président sortant.

Avec le style dithyrambique qu’on lui connaît en pareilles circonstances, cet acteur du Mouvement démocratique balayait d’un revers de la main les accusations des opposants d’ATT et allait jusqu’à humilier certains d’eux : « Amadou Toumani Touré bat même certains de ses adversaires dans leurs fiefs ! » Sous la houlette de ce même ATT, les partisans de ce dernier ont transformé le ministère de l’Artisanat et du Tourisme en l’un des nombreux « nids » du PDES dans l’administration malienne. Au détriment de Me Tall et avec l’appui de la machine de l’État dans la mesure où les transfuges du parti du Soleil levant ne sont considérés que comme des « sangsues », dénués de toute conviction politique.
A également changé de coloration politique, l’ancien ministre Abdoulaye Diop, précédemment ambassadeur du Mali au Maroc.

Au-delà du Cnid, les autres formations politiques doivent impérativement revoir leurs copies s’ils veulent faire poids face au PDES, étant donné qu’ils ne sont guère à l’abri d’une saignée similaire à celle que Me Tall et les siens viennent de connaître. Au demeurant, de grands partis ne doivent s’en prendre qu’à eux-mêmes pour avoir baissé pavillon devant un indépendant et son groupuscule et pour avoir ironiquement cru que cet indépendant leur faciliterait l’accession à Koulouba en 2012.

Il est inutile de dire que les autres partis politiques pourraient difficilement lui tenir la dragée haute au rythme actuel. Même si certains parmi ces derniers sont aussi bien représentés dans le paysage administratif.

En clair, le Projet de développement économique et social (PDES) d’ATT est en marche et le parti PDES a concrétisé l’un des volets du « renouveau de l’action publique » cher au chef de l’État. Renouveau certes, mais renouveau avec une administration majoritairement à la solde d’une entité politique et des ambitions différentes de celles du peuple.

Alors, opportunistes politiques, adhérez au PDES pour assurer votre promotion au sein de l’administration malienne !

Ogopémo Ouologuem

(correspondant aux USA)

23 Juillet 2010.