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Le président Modibo Kéita est une référence pour construire une nation libre, prospère et digne. Le 22-Août, pour le Mali et son école, la voix de Modibo a sonné le salut.

Dans l’approche marxiste de la formation socio-économique, le parti du « 22-Août » perçoit le développement comme un tout social organisé. Aussi 3+1 questions constituent la trame de notre analyse, à savoir : à qui profite la misère économique et sociale de notre peuple ? Par quelles méthodes opèrent-ils ? Avec qui ? En d’autres termes, pour répondre à la question de fond « Comment s’en sortir ? » il nous faut identifier les ennemis de notre peuple, comprendre leurs méthodes et identifier leurs alliés.

Le Mali n’a pas toujours été dans le creux de la vague. Interrogeons notre histoire récente : La Première République opte pour le socialisme et pose les premiers jalons du développement économique et social. Le coup d’Etat du 19 novembre 1968 met fin à cette expérience et en 1974 la IIe République voit le jour avec la création d’un parti unique constitutionnel, l’Union démocratique du peuple malien UDPM optant pour une économie nationale indépendante.

Le soulèvement populaire de janvier-mars 1991 met fin au régime dictatorial de Moussa Traoré et de son parti-Etat ; c’est la naissance de la IIIe République optant pour le pluralisme politique et le libéralisme économique.

Le pays va mal. La question est de savoir pourquoi la IIIe République ne s’inspire-t-elle pas de la riche expérience de la Première République pour continuer l’œuvre de construction nationale fortement entachée par les mercenaires politiques de la IIe République ?

L’objet du présent article est de présenter la vision du « 22-Août » des crises conjoncturelles qui font du Mali un « Etat de non-développement » ; d’interroger les faits, les événements et les choix stratégiques de la première République afin de proposer une solution de sortie de crise et amorcer un développement durable.


Eclairer le peuple

Pour lever toute équivoque, précisons que dans l’analyse de tout phénomène politique ou social, le parti du « 22-Août » considère que le facteur déterminant est le contenu idéologique, le contenu de classe des actes posés.

C’est pourquoi il ne s’agit pas pour nous de proposer une transposition mécanique des méthodes, des choix, des démarches de la Première République, mais plutôt d’interroger la classe politique malienne ou plus exactement les partis issus du mouvement démocratique, à propos de l’opportunité de telles démarches dans la conjoncture actuelle.


L’exercice auquel nous nous livrons est extrêmement complexe :

D’une part, interroger l’US-RDA sur sa vision des crises et sur les méthodes utilisées pour les résoudre dans la Première République.

Sachant que tout n’a pas été dit dans les documents officiels, et quand on sait que le coup d’Etat de 1968 a mis fin à un ensemble de mesures destinées à renforcer la Révolution et à consolider des acquis fondamentaux du peuple, il serait souhaitable que la direction de l’US-RDA produise un document, une espèce de Livre blanc pour éclairer le peuple à propos des méthodes utilisées pour résoudre les graves problèmes politiques, économiques et sociaux du Mali de la Première République.

D’autre part, demander aux partis politiques issus du mouvement démocratique quelles appréciations font-ils des méthodes de résolution des crises politiques et sociales de la première République.

Ces méthodes sont-elles incompatibles avec le multipartisme réclamé en 1991 ? Si oui, comment les partis, dans leur projet de société pensent-ils résoudre les crises ? Si non, quelles mesures doivent prendre les autorités de la IIIe République pour appliquer ces méthodes ?

Pour le parti du « 22-Août » la réponse est claire et sans équivoque : le libéralisme économique prôné par la IIIe République est le choix qui fera du Mali un « Etat de non-développement » où les crises sociales iront en s’aggravant surtout lorsqu’elle considère le secteur privé comme moteur du développement.


En effet :

Comment amorcer le développement avec des opérateurs économiques incapables de défendre leurs intérêts de classe face à l’agression du capital international ; des opérateurs entretenus par l’Etat à travers un système de financement hors norme et par le jeu des sociétés-écrans. Bref, une bourgeoisie nationale et nationaliste est nécessaire à cette phase de développement du pays.

Comment amorcer le développement d’un pays qui est heureux et fier de figurer sur la liste PPTE, la liste des Pays pauvres très endettés ? Comment amorcer le développement d’un pays où la corruption est érigée en système pour gouverner et gérer un pays dans tous les domaines ?

Observons quelques-unes des graves crises qui minent notre société. Interrogeons les faits et les événements associés à ces crises. Écoutons le secrétaire général du parti de la Charrue analyser la situation et orienter les actions du Parti pour la résolution des crises de même nature rencontrées dans la Première République.

Pour ce faire, nous examinerons successivement et très brièvement les points suivants : – Du rôle des partis issus du mouvement démocratique – De la corruption – De l’éducation – Des relations internationales.


Un Front du refus (FDR)

La caractéristique essentielle de ces partis est incontestablement leur appartenance à la classe prolétarienne ; des partis ou plutôt des associations politiques qui ont organisé le combat pour plus de démocratie, pour la justice sociale et un mieux-être des masses laborieuses. Aussi leur présence dans l’hémicycle doit favoriser la constitution d’un Front du refus (FDR) pour marquer son opposition à la gestion catastrophique du pays par le pouvoir en place.

Pour le parti du 22-Août, la résolution de toute crise passe par l’engagement total de la classe politique en particulier des partis issus du mouvement démocratique et fidèles aux idéaux du 26 mars 1991, des partis capables d’engager le peuple dans la prise en main de sa propre destinée et de faire sienne cette vérité du président Modibo Kéita dans son message de nouvel à la nation en 1961 « … Notre liberté serait un mot vide de sens si nous devions toujours dépendre financièrement de tel ou tel pays, et si, à tout moment, on devait nous le rappeler ».

De la corruption. Pour le parti du 22-Août la résolution du problème commence par la réponse à la question de savoir « A qui profite la corruption ? ».

Si le fondement même du système qui nous gouverne repose fondamentalement sur la corruption qu’est-ce qu’un forum pourra y faire ? Qu’est-ce qu’un Vérificateur général ou un Médiateur de la République pourra-t-il résoudre comme problème, sinon qu’un constat d’impuissance. Pour le parti du 22-Août seul un contrôle populaire dans un environnement politique assaini peut venir à bout de la corruption.

Le pouvoir en place est-il capable de lancer comme en 1967 les opérations nommées opérations taxis et opérations villas ; les opérations qui ont motivé pour une grande part le coup d’Etat 1968 ? L’intérêt d’un tel forum réside avant tout dans sa capacité de poser les bonnes questions à savoir : A qui profite la corruption ? Les méthodes utilisées ? Les systèmes d’alliance mis en œuvre ?

C’est pourquoi le forum doit être le forum des partis politiques issus du mouvement démocratique pour faire un diagnostic précis des mécanismes de la corruption en vue d’informer et de mobiliser les masses contre les choix politiques opérés par les différents gouvernements de la IIIe République et expliquer par la même occasion comment la Révolution de 91 a été récupérée par des mercenaires politiques à la solde du capital international.

Alors, prendre d’assaut un tel forum est une exigence des partis politiques engagés dans la défense des intérêts des masses laborieuses et contre les ennemis de notre peuple.


Opportunités

A cette occasion, le discours prononcé par le président Modibo Kéita à la fin solennelle des cours accélérés de journalisme à Bamako le 17 mars 1962 pourrait être considéré comme un guide pour les partis issus du mouvement démocratique, (je cite) : « … L’option que nous avons faite ne peut pas avoir l’agrément de tous les pays africains, ni de toutes les grandes puissances. Pour celles-ci, l’Afrique était une chasse gardée, elle a été le pendant de leur système économique d’exploitation.

La République du Mali refuse de continuer à être le pendant de ce système économique d’exploitation. […] A ceux qui tenteraient de noyauter le peuple, de chercher des alliés probables pour essayer d’orienter notre politique dans le sens de leur désir, de leur souhait, nous devons d’ores et déjà dire qu’ils se font des illusions. Seul un peuple qui ne sait pas ce qu’il veut, qui n’a pas de dignité, pas de passé répondant de lui, accepte d’être ainsi noyauté, téléguidé. Tel n’est pas le cas du Mali » (fin de citation).

Oui, l’histoire ne lui a-t-il pas donné tort ? Car le Mali a été élu à la satisfaction générale des autorités Pays pauvre très endetté.

De l’éducation : Dans le numéro n°66 du 8 au 14 août 2008 de la « Gazette du Mali » : Tidjani Djimé Diallo déclare : « L’idée du Forum national sur l’éducation traduit une volonté politique profonde d’aller au cœur du mal, procéder à un diagnostic profond et dégager des axes d’intervention pour l’émergence d’un système éducatif nouveau, adaptés aux réalités et besoins du moment, intégrant une vision prospective en phase avec l’intégration et la mondialisation ».

Tout en espérant que la « volonté politique profonde d’aller au cœur du mal » existe chez les autorités, le parti du 22-Août pense là également qu’un tel forum est une tribune pour les forces démocratiques d’identifier la nature du mal, de dénoncer sans complaisance les tares du système et d’armer idéologiquement les populations et les mobiliser pour un système éducatif performant.

Toute la question à ce niveau est de se demander si oui ou non le « retour » à la Réforme de 1962 est la solution à la crise.

Pour le parti du 22-Août, la Réforme de 1962 a été totalement pervertie à partir du coup d’Etat de 1968, car vidé de son contenu idéologique. Vouloir appliquer la Réforme de 1962 dans la conjoncture socio-politique actuelle semble être une utopie politique.

Aussi il est important d’interroger à l’occasion d’un tel forum les partis issus du mouvement démocratique et la direction politique de l’US-RDA sur leur vision de cette Réforme en 2008 et sous la présidence du candidat indépendant Amadou Toumani Touré.

Aussi le forum sur l’éducation est un lieu privilégié pour les partis issus du mouvement démocratique d’exposer leur vision de l’école dans le projet de société qu’ils veulent construire.

A propos de la revalorisation de la fonction enseignante un des thèmes centraux du forum, la vision de l’US-RDA peut éclairer les partis politiques et les autorités de la IIIe République sur les choix opérés et de la qualité de la gestion des problèmes sociaux.

Laissons encore une fois la parole au président Modibo Kéita dans une allocation radiodiffusée à l’occasion de la revalorisation de la fonction enseignante au Mali le 19 juillet 1962 (je cite) « Il y a trois ans, le parti avait décidé la valorisation du travail de la terre, qui demeure plus jamais un impératif du développement économique de notre pays. La revalorisation de la fonction d’enseignant est devenue aujourd’hui elle aussi, un développement national dans tous les secteurs.


C’est pourquoi sans minimiser la valeur des autres professions, le parti a décidé d’accorder des avantages particuliers aux enseignants de tous grades […] Je me dois de saluer ici le grand esprit de compréhension et d’abnégation des travailleurs des autres secteurs qui, après s’être imposés volontairement pendant un an la taxe de solidarité en faveur de nos frères refoulés du Sénégal depuis 1960 et la taxe civique pour l’essor du pays, viennent de s’engager à ne jamais se référer à cette nouvelle mesure pour en revendiquer l’application à leur profit. Au nom du parti, je leur rends un vibrant hommage
» (fin de citation).

Des relations internationales. Pour le parti du 22-Août, la politique extérieure de la Première République est la meilleure des références en matière de gestion des rapports entre Etats.

Aussi nous terminerons cet article par l’objectif politique du 22-Août en matière de politique extérieure : mettre en place un régime politique capable de lancer à la face de l’impérialisme, à la face de tous les Sarkozy et de tous les Sarkoziens cette citation du président Modibo Kéita : « Le Mali sera, pour ceux qui ne veulent pas le voir, l’œil de Caïn, et ceux qui ne veulent l’entendre un gond irrésistible ».

Mamadou Lamine Kanouté

(militant du 22-Août Bamako)

22 Aout 2008