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Les images du congrès fondateur du PDES sont plus révélatrices que les discours lénifiants sur les buts et objectifs de ce parti franchement bizarre.

Les photographes et cameramen sont des témoins précieux des grands moments. Il y en a parmi eux qui ont du génie, du flair, du bon sens. Ils croquent sur le vif des images qui nous montrent, nous expliquent, elles ne souffrent d’aucun commentaire.

Au congrès constitutif du Parti pour le développement économique et la solidarité (PDES), samedi 17 juillet 2010 au CICB ou Palais des congrès de Bamako, nos preneurs d’image talentueux se sont régalés. Nous avons vu et compris tout. Nous avons surtout vu la disgrâce d’un homme qui se donnait des ambitions nationales.

L’image est mortelle. Ndiaye Bah, ministre du Tourisme et de l’Artisanat, ancien secrétaire général du Congrès national d’initiative démocratique (Cnid/Fyt), bras droit de Me Mountaga Tall et démissionnaire avec fracas du parti qui l’a nourri et engraissé, ne rayonnait pas, loin s’en faut.
Il y a cette cruelle image de l’impitoyable vicissitude de l’organisation, certainement pas du hasard : Il s’est retrouvé voisin de Me Tall. Ndiaye Bah, assis à côté de son ancien mentor, avait l’air d’un garnement surpris en flagrant délit de chapardage par sa sévère marâtre.

Il ressemblait à un talibé indiscipliné assis aux côtés de Karamoko pour réciter la « fatiya » de la rédemption. Il était gêné, confus, incapable de croiser le regard de son ancien ami. Ses yeux hagards évoquaient Brutus au moment de poignarder dans le dos César.

Ndiaye Bah n’en menait pas large et il aurait donné son or au diable pour sortir de ce cauchemar. Il a eu raison de dire au journaliste Tiémoko Traoré (Le Pouce) : « C’est le destin qui a voulu ça » quand Mountaga est parti.

Le destin, certes, mais aussi ces formes de punition dont seul Dieu a le secret. On dit Me Tall rancunier, homme au pardon difficile. Il a certes mauvais caractère souvent, mais sur ce coup, il a eu raison de s’éloigner, de partir dignement. Qui sait ? Lui préparait-on une surprise désagréable ?

Humiliation

Il fallait franchement des capteurs géniaux pour nous montrer que la gouaille et les fanfaronnades de Ndiaye Bah à travers les médias cachent le malaise et la flétrissure d’un homme qui s’est vu affubler le surnom de « traître » dès son départ. Car, en réalité, que l’on aime ou déteste Me Mountaga Tall, son ennemi intime et ancien compagnon n’arrive toujours pas à expliquer sa désertion.

Des âmes souvent charitables, plus souvent encore intéressées tentent de consoler Ndiaye Bah en lui demandant des explications. Il répond qu’il n’a trahi personne et que les démissionnaires ont le contrôle du Cnid. Mais diantre ! Quand on a le contrôle d’un parti, on déboulonne le chef sur la place publique et l’on prend les rênes ! Or, toutes les manœuvres de ce type ont lamentablement échoué.

La pire humiliation pour le ministre Ndiaye Bah est survenue à la lecture de la composition du Bureau. Il est 2e vice-président, derrière Jeamille Bittar, « opérateur économique », politicien erratique, sans conviction, étranger aux idéologies et professions de foi.

Avec toute la smala que M. Bah affirme traîner derrière lui en termes de militants et d’élus, il n’a pu devancer celui qui a pitoyablement échoué à devenir député et ne se fait élire que dans des scrutins contrôlés par l’administration.

Ndiaye Bah soutient drainer du monde vers le PDES, Jeamille Bittar n’est même pas capable de drainer ses propres cheveux au congrès et le premier accepte de devenir le portefaix du second. Et toute la « nomenklatura » de la dynastie fait le rang derrière Hamed Diané Séméga, « nobody » avant 2002, jamais élu et fort en gueule. Il y a des rêveurs qui disent que la bonne place est au PDES.

Toute la machine gouvernementale se mettra derrière le candidat de ce Léviathan en 2012 pour lui faire gravir les marches de Koulouba. Comme on le dit, la vérité sortira avec le temps et si c’est pour ce steak tartare que Ndiaye Bah a faussé compagnie à ses amis, il risque de se retrouver au milieu du cercle, imitant un dindon bien connu.

Ousmane Sow

21 Juillet 2010.