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En tant que joueur, puis entraîneur, Mamadou Doudou Diakité a écrit quelques unes des belles pages de l’histoire du Stade malien de Bamako dont il est aujourd’hui le directeur technique.

Titulaire d’un diplôme de 3ème degré d’entraîneur obtenu en 1968, à l’école supérieur de la culture physique et des sports, en Allemagne (DHFK), Mamadou Diakité plus connu sous le surnom Doudou, peut aujourd’hui se flatter d’avoir eu une carrière d’entraîneur bien réussie.

Il prend part en effet aux plus riches palmarès des hommes ayant choisi d’évoluer dans ce métier dans notre pays. C’est surtout avec le Stade malien, (son club de cœur) qu’il a connu les résultats des plus glorieux de sa carrière.

Toute chose qui justifie le fait que son nom reste encore « gravé » en lettre d’or dans la mémoire de nombreux admirateurs du football malien et du Stade malien. En tout cas,

c’est lui qui a réussit le 1er doublé coupe championnat de l’histoire du football malien avec, il est vrai, une génération de footballeurs stadistes qui avaient atteint la grande maturité.

Les Blancs comptaient dans leur rang des joueurs comme Abdoulaye Kaloga, Seydou Diarra « Platini », Yacouba Diarra dit Yaba, Kabirou Bah ou autres Mamadou Coulibaly « Kouici », Aly Diarra ou Adou Kanté qui ont pu établir entre eux une grande complémentarité et une grande complicité tant à l’intérieur qu’en dehors d’un terrain de football.

L’on se souvient, cette équipe était aussi forte sur le plan individuel et collectif. Mais il fallait surtout la magie du technicien éclairé pour conduire les stadistes dans un parcours de rêve qu’ils sont loin d’oublier. On était en en 1984.

La même année, les camarades de feu Lassine Soumaoro ont été stoppés dans leur fantastique chevauchée par le New Nigérian Bank, conduit par son exemplaire capitaine Stephen Keshi. Le Stade a ainsi perdu l’occasion de remporter sa 1ère coupe UFOA.

Il a fallu attendre 8 saisons, et le retour de l’entraîneur providentiel Doudou Diakité pour que le stade inscrive finalement son nom au palmarès de la coupe UFOA au détriment du Hafia de Conakry en 1992.

Les joueurs de l’époque Mamoutou Kané, Yatma Diop, Mamadou Couilbaly « Kouici », Abdoulaye Traoré, Boubacar Barry, Abdoul Karim Magassouba, Moussa Samaké entre autres restent les seuls footballeurs maliens à avoir goûté aux délices d’une consécration sous régionale.

Leur entraîneur peut ensuite se flatter d’être surtout un entraîneur de résultats même si certains le qualifiaient d’entraîneur « chanceux ». En fait, l’entraîneur Diakité a toujours fait des résultats et ce à différents niveaux.

Il s’est régulièrement présenté comme un entraîneur efficace, convaincant avec un style de jeu technique porté sur le football offensif. Fort de nombreux stages dont celui d’entraîneur de football de la GTZ (RFA) organisé à Bamako, un stage d’entraîneur de football de haut niveau de la Grande Bretagne en République du Mali et d’un stage de recyclage de haut niveau de la méthode allemande avec l’instructeur Bernard Streun en 1991.

L’homme était suffisamment outillé pour accumuler des résultats flatteurs. Au nombre de ceux-ci, on peut compter aussi 5 titres de champion et 5 coupes du Mali, acquis avec le Stade malien et aussi la promotion du club olympique de Bamako (COB) à la première division au cours de la saison 1999-2000.

Avec l’équipe nationale, son palmarès s’est enrichi d’une 1ère qualification de l’équipe nationale junior à la phase finale du championnat du monde de cette catégorie qui s’était déroulée en Arabie Saoudite, en 1989.

La même équipe du Mali comprenant les Allassane Diallo « Tomfoot », Malick Tandjikora, Amadou Bass, Mamoutou Tolo, Oumar Guindo, feu Sory Touré « Binké » et autres, était dominée en finale du championnat d’Afrique de la même catégorie par le Nigeria.

Doudou Diakité qui était dans l’encadrement technique tient son plus gros regret dans cette édition du championnat d’Afrique. Car à ses dires la sanction infligée au Nigeria qui s’est rendu coupable de falsification des âges aurait du permettre au Mali de bénéficier d’un titre mérité de champion d’Afrique.

Mais le regret de notre homme s’explique surtout par le fait que les responsables fédéraux à l’époque n’ont jamais réclamé leurs droits « avec la sanction contre le Nigeria, c’est à nous que devait revenir le trophée de champion d’Afrique. Je regrette amèrement que nos dirigeants à l’époque n’aient jamais réclamé ce titre », nous a -il confié.

Fin dribbleur et doté d’une frappe phénoménale

Né en 1939, Doudou Diakité est aujourd’hui le directeur technique du stade malien. Il a la charge surtout de s’occuper du centre de formation du club basé Sotuba. Ainsi il a une occasion rêvée d’occuper sa retraite au service une fois de plus du club auquel il aura tout donné.

Car en fait, Mamadou Diakité aura été ce joueur exemplaire à tous points de vue qui a forgé le stade malien des années 1960. Il a d’abord été sociétaire de l’Espérance Médina Coura dont la fusion avec la Jeanne d’Arc de Bamako a donné naissance au Stade malien de Bamako.

Depuis, il n’aura connu que ce seul club aux couleurs Bleu et Blanc où il a joué de 1960 à 1978 comme intérieur gauche. Gaucher naturel, doté d’une rapidité d’exécution et d’une force de pénétration, Doudou Diakité est longtemps resté la terreur des défenses adverses dans son club et dans l’équipe nationale du Mali.

De nature joviale, il jouissait surtout d’une force de frappe qui faisait de lui la terreur de nombreux gardiens de but dont les Baye Elastic, Diané de Kati, Dogoni, Bidini etc. Ces portiers avaient souvent du mal à apprécier ses balles arrêtées qu’il savait si bien travailler tant en finesse qu’en force.

Si le Stade malien des années 1960, sous la conduite de feu l’entraîneur Ben Oumar Sy dominait plus ou moins le football malien, c’était en partie grâce au talent individuel et à la rage de vaincre de cet enfant de Médina coura dont la vélocité le rendait plutôt insaisissable.

C’est à ce titre qu’il a contribué à la consécration de son club à la première édition de la coupe du Mali pendant la saison 1960-61. Doudou Diakité, qui était le bourreau du Djoilba AC au cours de cette finale qui s’est joué en 2 éditions, compte ce triomphe dans ses plus grands souvenirs de joueur.

La 1ère fois, les deux équipes s’étaient quittées sur le score nul de 3 partout. Doudou avait marqué à deux reprises lors de cette première édition avant de donner le but victorieux lors de la deuxième édition. Cette première victoire l’a ensuite conduit à d’autres tout aussi glorieuses mais relativement plus aisées.

C’est ainsi qu’en 1963, sous l’impulsion d’un déménageur des défenses doublé d’un sang froid du buteur, Doudou Diakité que les Blancs ont remporté leur 2ème coupe du Mali. C’était aux dépens de l’Avenir de Ségou malmené sur le score de 6 buts (2 de Doudou) à 3.

C’est encore l’unique but de Doudou Diakité qui a permis aux Blancs de remporter la coupe du Mali de 1970 face à la Kayesienne. Deux années plus tard, le Stade remportait sa 4ème coupe du Mali face à l’Avenir de Ségou, battu 5-1, avec deux réalisations de Doudou Diakité.

Les supporters stadistes se souviendront de cette période de gloire qui était surtout soutenu par la grande entente et l’esprit familial qui régnait entre les camarades du capitaine Bakary Samaké dit Bakaridjan.

Avec le stade malien de Bamako, le joueur Doudou Diakité a également battu une grande campagne africaine. L’intérieur gauche des Blancs regrette ce duel épic qui a opposé son équipe à l’ASEC d’Abidjan en coupe d’Afrique des clubs champions en 1970. Son talent et ses buts n’ont pas suffit pour faire plier les ivoiriens qui se sont adossés à un arbitrage maison prendre les gains de la partie.

Bakaridjan et son entraîneur Ben Oumar Sy sont en fait les grands personnages qui ont marqué l’esprit du footballeur Doudou Diakité, puisque l’ayant positivement influencé aussi bien au sein du stade malien que dans l’Équipe nationale du Mali.

Au sein de cette dernière, Doudou Diakité a tissé et entretenu une grande amitié avec des joueurs comme Abdoulaye Diawara dit « Blocus », Idrissa Nani Touré , Karounga Kéïta, Salif Kéïta et bien d’autres encore, qui jouaient dans d’autres clubs.

Avec Abdoulaye Diawara dit « Blocus », Idrissa Nani Touré, il a formé un trident de choc qui a fait les beaux jours de l’équipe nationale du mali surtout lors des 1ers jeux africains qui se sont déroulés à Brazzaville (Congo) en 1965.

La formidable équipe malienne de l’époque devait lamentablement échouer en finale face au pays organisateur qui s’est imposé à la faveur du nombre de corners. Avec cette équipe nationale, Doudou éprouva encore la fierté de compter parmi les meilleurs du continent. Blocus qui jouait à la pointe profitait pleinement des débordements à gauche de Doudou et de Nani à droite.

Abdoulaye Diawara fait certainement partie de ceux qui l’ont le plus connu pour avoir été son camarade d’école, mais aussi pour l’avoir très souvent croisé en clubs avant et après l’indépendance. Selon Abdoulaye Diawara : « Doudou a été un excellent footballeur qui savait tout faire avec un ballon. Il driblait aussi bien qu’il savait marquer des buts décisifs pour ses équipes ».

Pour de nombre de ses compagnons, Doudou Diakité avait aussi une foi religieuse suffisamment prononcée. Lui-même reconnaît que cette foi religieuse a beaucoup lui a beaucoup servi dans sa carrière. « Je ne badinais pas avec la religion, je priais à tous moment. Cette ferme conviction religieuse m’a inspiré lors de tous les matches » nous a-t-il révélé.

S’il avait ses grandes qualités de dribleur sympathique et de gaucher de charme, il avait cependant l’handicap de ne pouvoir jouer que du seul pied gauche. « Je n’avais que mon seul pied gauche, mais il valait certainement 3 pieds » répond -t-il fièrement.

Doudou Diakité devait quitter l’équipe nationale en 1972, il a fallut attendre 6 années plus tard pour qu’il fasse l’arrêt complet de sa carrière avec le stade malien.

Aujourd’hui qu’il ne s’occupe que de la direction technique du stade malien, il caresse le souhait de voir la talentueuse génération de footballeur malien de remporter la coupe d’Afrique des nations. Ce qui le comblerait, lui qui a tant profiter des biens faits du sport sans pouvoir remporter pour son pays une coupe continentale.

Souleymane Diallo

21 avril 2008.