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jpg_une-75.jpgL’AS Réal des années 1977 et 1980 était, à n’en pas douter, un club qui déclenchait les passions et qui emballait de nombreux supporters, tant l’équipe regorgeait de joueurs talentueux. Les Scorpions comptaient à l’époque sur des monuments comme Seydou Traoré « Gouatigui », Ousmane Doumbia « Man », Drissa Konaté « Driballon », Boubacar Sidibé « Jardin », feu Antoine et son frère Réné Ondono Sah, entre autres. Mais surtout l’équipe tournait grâce à la complicité légendaire qui s’était établie entre Beydi Sidibé « Baraka » et son maître à jouer Amadou Samaké. Les deux hommes se faisaient mutuellement confiance. Pour Vieux Samaké « Baraka était un véritable renard des surfaces, il lui arrivait seulement de me demander de lui faire une bonne passe pour qu’il débloque une situation. Et j’étais à l’origine de la plus part de ses réalisations ». Et les deux hommes constituaient en fait tout un symbole, celui d’une équipe qui gagne grâce à son savoir faire et à sa rage de vaincre. Surtout qu’au même moment, le Djoliba AC était certainement la meilleure équipe et paraissait logiquement imbattable.

« Personne ne pouvait les résister, le joueur qui arrivait même à frapper le poteau contre eux, avait de forte chance de se retrouver en équipe nationale », nous a commenté Amadou Samaké pour relater le démarrage de sa riche carrière. Celle-ci a connu un coup d’accélérateur en fin d’année 1976 où le junior Amadou Samaké a explosé à la grande satisfaction de son mentor feu Ousmane Traoré dit Ousmane Bleni. C’est en fait cet ancien milieu de terrain international qui l’a découvert et suivi quand il était tout petit dans son quartier natal, Ouolofobougou Bolibana, plus précisément au Camp Digue. La pratique du football était si intense sur ce terrain de football que les habitués le surnommaient le Maracana. Les différentes rencontres qu’il abritait drainaient du grand monde du quartier et des environs. Et à juste raison. Au nombre des abonnés, on comptait Idrissa Nany Touré, Moussa Diakité UTA, Ousmane Bleni, Cheickna Traoré dit Kolo national.

Les jeunes gens qui s’y produisaient étaient des surdoués même si tous n’ont pas fait carrière au delà du quartier. Amadou Samaké se souvient de certains de ses anciens compagnons comme Samaballa Kanté plus connu sous le surnom Dipa et de Baba Diawara Kalala qui ont émerveillé plus d’un dans le quartier sans jamais briller dans un club de l’élite. A l’inverse les Ousmane Doumbia « Man », Maciré Diop et autres ont pu exploser au sein des grands clubs de Bamako: l’AS Réal, le Stade malien et le Djoliba AC. C’est grâce à Ousmane Traoré que le jeune Amadou Samaké a pu joindre les rangs de l’AS Réal à l’âge de 15 ans. Passé junior, il a rapidement gravi les échelons pour s’inviter chez les seniors en compagnie de quelques joueurs. Son premier match, Vieux Gaucher l’a joué contre la Renaissance de Bamako en fin 1976. Les Scorpions qui ont été dominés sur le score de 3-1 doivent leur unique réalisation au jeune Samaké qui venait de commencer une brillante carrière. Quelques jours plus tard, en déplacement à Kayes, l’AS Réal profitait d’un coup de patte majestueusement exécuté par son génie en herbe pour s’imposer par le score minimum. Vieux Gaucher a ainsi surpris par la qualité de son geste, car il n’était pas le préposé au rôle.

Fait insolite : il a profité d’une petite confusion dans son équipe pour designer le frappeur. Son entraîneur Ousmane Bleni, plus que jamais convaincu de ses aptitudes, estimait alors qu’il pouvait lui faire confiance pour affronter la puissante machine rouge en 1977 au stade omnisports de Bamako. L’AS Réal s’est imposé sur le score de 3-1, dont une somptueuse réalisation (d’une talonnade) du jeune Samaké que le public bamakois a dès lors connu et adopté. « Feu Boubacar Dossolo Traoré qui n’en revenait pas a fondu en larmes. « Il m’a, par la suite, pris dans sa voiture pour faire le tour de Bamako » se souvient Amadou Samaké.

Le maillon fort des scorpions

La carrière d’Amadou Samaké doit beaucoup à l’ancien milieu de terrain Ousmane Traoré. C’est lui qui l’a régulièrement suivi et conseillé avec sa poigne de rigoureux encadreur. « Souvent j’avais l’impression d’avoir fait un grand match, mais j’essuyais ses critiques qui me poussaient encore à redoubler d’efforts » se souvient son poulain. A force de travail et d’abnégation Amadou Samaké s’est imposé comme le maillon fort des scorpions. Si bien que les années 1977, 1978, 1979 et 1980, l’AS Réal évoluait rarement sans son gaucher magique. Mais, en toute modestie, Vieux Gaucher affirme « le football, c’est onze joueurs, même s’il faut que quelqu’un s’en tire avec les honneurs. Pour moi, on était tous les mêmes ». A l’époque, C’est cet esprit de groupe qui a permis à l’AS Réal de constituer une équipe de rêve. Une équipe qui a mis fin au long règne du Djoliba à l’occasion de la finale de la coupe du Mali de 1980. Amadou Samaké en garde encore les souvenirs, tout comme il n’oublie pas la finale perdue en 1978 contre « une grande équipe djolibiste ». Si avec les scorpions il cumule des souvenirs, il garde encore en mémoire d’inoubliables moments passés avec les Aigles du Mali. C’était surtout au cours de différentes coupes Amilcar Cabral dont celle de 1983 où il a été le meilleur joueur du Mali. « Mon entraineur allemand ne me faisait pas confiance car il estimait que je ne forçait pas aux entrainements.

Plus tard, il a si bien apprécié ma prestation contre la Mauritanie qu’il m’a présenté des excuses et m’a supplié de prendre le brassard de capitaine à la place de Poker. J’ai dû accepter sous les pressions de Nany et de Poker lui-même. Et dès lors je n’ai plus accepté de porter un brassard ». En fait, Idrissa Traoré dit Poker est toujours resté une référence pour lui. Et le recordman des sélections en équipe nationale du Mali a très rapidement suivi le jeune Samaké chez lequel il avait déjà, détecté de grandes qualités. Il avait d’autant plus raison que le jeune homme, qui se montrait régulier et talentueux, s’est très rapidement hissé au niveau des meilleurs joueurs de son club et du pays. C’est reconnu de tous : Amadou Samaké était ce grand joueur qui forçait l’admiration de tous, partenaires et adversaires, par la qualité de ses dribles et de ses touchers. A l’époque, il est vrai, que le football malien comptait des techniciens de génie comme Bréhima Traoré, mais Vieux Gaucher s’est particularisé par ses qualités qu’il mettait au service du collectif.

Aux côtés de Bréhima Traoré du Djoliba, il se muait aisément demi-relayeur sans jamais altérer la qualité de son jeu. L’équipe nationale du Mali peut nourrir de gros regrets de n’avoir su répondre, à l’époque, aux différentes phases de coupes d’Afrique des nations. A cette époque, la sélection malienne regorgeait de grandes individualités. Sur le vif, Amadou Samaké se souvient de feux Lassine Soumahoro et Issa Bagayoko, Abdoulaye Koumaré, Idrissa Traoré, Bréhima Traoré, Drissa Konaté , Beydi Sidibé entre autres. Mais pour lui, l’actuelle génération des Aigles du Mali est certainement plus forte car elle compte dans ses rangs de joueurs qui font carrière dans de grands clubs européens.

Joueur de tempérament, hargneux et bagarreur

A l’imager dans l’actuelle génération de joueurs maliens, l’on comprendrait que Vieux Gaucher alliait à la fois les qualités de Seydou Kéita et de Mahamadou Diarra. Car en fait, sa technique de base, sa vison de jeu et la précision de ses passes sont à situer chez l’actuel joueur du FC Barcelone. Alors que chez le joueur du Real Madrid, on retrouve son tempérament et sa rage de vaincre. En somme, la touche de balle, la bonne lecture du jeu, et la constance ont été les qualités de ce grand ratisseur dont la taille est simplement comparable à celle du génie argentin Diego Maradona. Joueur de tempérament, hargneux et bagarreur, la taille n’a nullement constitué un handicap pour ce véritable déménageur des défenses qui se sentait plus à son aise face à des défenseurs de grand gabarit. Pour Amadou Samaké, ses premières qualités sont à trouver dans sa constante motivation de toujours confirmer sa valeur. Ce qui l’obligeait à s’entrainer seul régulièrement, tôt le matin. Puis « sur un terrain de football, je ne voyais que le ballon et les buts. Il était difficile de me posséder d’une balle sans faire de faute. Et ma principale faiblesse est que je ne pouvais pas joué avec le pied droit malgré mes efforts. Je suis resté gaucher unique et très nerveux », reconnaît-il aujourd’hui.

Les déceptions d’une carrière

Il a malgré tout rempli une carrière enviable, avec cependant le regret de n’avoir pas intégré le monde du professionnalisme. Là, se situe sa plus grande déception « j’ai contracté une fracture au genou en 1981 lors de la rencontre AS Réal-Union sportive Mbiladziambi du Gabon dont le président Jean Boniface Assélé m’a soigné en France. Cheick Fantamady Diallo qui jouait à l’époque à Toulon, en 2ème division, s’est bien occupé de moi dans l’espoir que je pourrais évoluer avec lui à Toulon. Malheureusement, j’ai perdu ma mère, j’étais si bouleversé que j’ai du revenir aussitôt au Mali. Et les réalistes m’ont fait recruter à la caisse des retraites. Je ne suis plus retourné en France», a-t-il affirmé. L’autre grande déception de la carrière d’Amadou Samaké est liée à la finale de la coupe du Mali que son équipe a livré et perdu contre l’AS Sigui de Kayes en 1987. « J’ai versé des larmes le jour où le stade malien que nous avions éliminé en demi finale a battu le Sigui en Super Coupe sur le score de 5-0 », a-t-il ajouté. Cette ultime déception était suffisante pour le pousser à la sortie. Dès lors, Amadou Samaké a préféré finir sa carrière avec l’équipe de sa commune, en 1989. Mais avant, en raison de la détérioration de ses relations avec les dirigeants du Réal, il était obligé de quitter ce club pour aller tenter une nouvelle carrière à l’AS Biton de Ségou, en compagnie des Bakary Diakité, Yacouba Traoré et Boubacar Traoré. C’était au cours de la saison 1984-1985, feu Amary Daou s’était attaché les services de Feu Mamadou Kéita pour bâtir une grande équipe à Ségou. Revenu chez les Scorpions, il a encore quitté pour le Djoliba AC avec lequel il n’a pas fait, cependant, une pleine saison. C’était en 1988, presqu’à la fin de sa carrière.

Aujourd’hui, l’ancien gaucher magique de l’AS Réal avec l’âge et la retraite sportive a pris du poids. Et il traîne les séquelles d’une carrière durant laquelle, il a pris beaucoup de coup. S’y ajoute un mal du genou depuis son opération. La cinquantaine sonné, il gagne sa vie comme commerçant pour le bonheur de ses 3 enfants (2 garçons et1 fille). Les deux garçons ont des prédispositions pour faire une grande carrière de footballeur, comme…papa.

Souleymane Diallao