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«Jusqu’aux étoiles par des sentiers ardus» ou «Par la souffrance vers les étoiles», disaient les Romains. Jamais président de la République du Mali n’a été l’objet d’un torrent d’articles autant négatifs. Jamais président de la République n’a été livré autant au moulin des rumeurs. Jamais président de la République n’a subi tant d’assauts répétés sur sa vie privée et sur celle des siens.

Pour ainsi dire, les mensonges sont douloureux et les bribes de vérités qui s’y mêlent le sont encore plus.

Le Président a donné, dans une large mesure, la preuve de cette vérité de Bill Clinton dans son ouvrage «Ma vie»: «Sans un seuil de tolérance élevé à la douleur, il est, de toute façon, impossible d’être un président efficace».

Au moment où on livre le Président de la République aux chiens, au moment où on le traîne vers le Golgotha, comme si de rien n’était, il fait preuve d’un calme olympien, d’un silence absolu et se livre à une activité débordante, se déplace d’une manière incessante, éprouvante et insoutenable, pour être présent sur tous les chantiers, à tous les rendez-vous tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays au point qu’on est à même de se demander si sa santé ne va pas en prendre un coup.

Il faut bien le croire, il s’agit d’une passion noble: celle d’agir utilement et se taire.

Au même moment, alors que beaucoup de Maliens, pour une raison ou pour une autre, par conviction ou sous influence, pensent qu’il ne doit plus être reconduit aux affaires, de manière didactique, très sereinement, le Président convainc les partis politiques que les moyens financiers sont nécessaires mais, la priorité doit être donnée à l’engagement, aux idéaux, aux valeurs, au prestige, à l’audience des partis politiques eux-mêmes.

Autrement, il prend le risque de s’isoler compte tenu des habitudes acquises.

Ainsi, plus qu’une leçon de courage, donne-t-il la preuve de la vertu des vertus, la preuve d’une grande foi: sans une grande confiance en Dieu, il est impossible d’épouser une telle attitude.

L’acte est louable mais ses conséquences le sont encore plus. C’est un don de soi à sa nation, à son peuple. C’est une responsabilité qui, comme celle du 26 mars 1991, crée une rupture en donnant naissance à une aube nouvelle d’espérance.

Il s’agit donc de saisir l’opportunité pour réinventer l’avenir en mettant fin à la dictature et à la gabegie des partis dits majoritaires, à l’anarchie des partis fictifs, des officines de gesticulations et de tribulations politiques. En un mot, de finir avec la «folklorisation» de la politique pour donner du champ à la pensée, à la réflexion, à la conception, à la conviction, à l’information, à la formation, etc.

Il faut avoir le courage d’envisager la création d’au plus trois partis politiques dont l’un, bien que tous les partis soient écologistes, sera un parti écologiste parce que les problèmes environnementaux deviennent de plus en plus récurrents, de plus en plus cruciaux. Ce serait l’occasion d’atténuer, sinon de mettre fin à l’errance et au désordre de l’administration publique. D’en finir avec les militants de salon.

Dans la réalité, sur les 6 884 524 inscrits, 4 394 128 n’ont pas voté, soit 63,83 %. Dans cette grande majorité silencieuse, nous sommes une forte proportion de cadres, aimant bien notre pays, qui avons décidé volontairement de nous abstenir. Nous sommes conscients du manque d’autorité de l’Etat et de l’état de déliquescence dans lesquels végète l’administration publique.

Autrement dit, la légitimité la plus importante n’est pas celle relativement acquise par le vote d’une fraction du peuple mais celle qui sera prouvée par les actes futurs de l’élu.

S’il est tolérable d’accepter comme slogan de campagne «Un Mali qui gagne», il est dangereux, dans la réalité, de le prendre comme tel. Car on ne peut changer, de manière significative et positive, le destin d’une nation par des actions ponctuelles et isolées, fussent-elles nombreuses et de grandes dimensions.

Comme on ne peut assurer un progrès économique et social avec une administration sans goût de l’effort, sans sens de la responsabilité, sans faculté et volonté de réfléchir. Avec une administration dans laquelle il y a beaucoup de choses à faire alors que beaucoup de personnes ne font rien.

L’”ONGisation” de l’administration publique, commencée depuis un certain temps – 1992 – prive non seulement l’Etat de la capitalisation de l’expertise et de la mémoire mais crée aussi les conditions favorables au laxisme et à la mauvaise gestion. Une administration pour laquelle l’initiative et l’impulsion données du dehors sont récupérées et orientées pour servir des intérêts individuels.

En un mot, il est difficile d’envisager un avenir meilleur sans travail, sans effort ni responsabilité, sans ordre ni justice. Ainsi donc, faut-il finir avec la République des “camarades”, des amis et de la démocratie des affairistes. Que la République devienne véritablement “res publica”, c’est-à-dire la chose publique.

Il est temps de mettre le peuple au-dessus de tout et de créer les conditions favorables à l’instauration d’une justice sociale. De mettre, pour une deuxième fois et par la même personne, les pendules à l’heure. Et, comme le dit François Xavier Verschave, «actualiser les règles du jeu et élargir l’espace de ceux qui croient contre l’excessif succès de ceux qui trichent… Cultiver la dignité réciproque des statuts sociaux sans laquelle on n’observe ni démocratie, ni développement, ni civilisation».

Alors, c’est peut-être dans ces conditions que peuvent s’ouvrir les portes de force et de beauté, les portes de lumière et de vérité de la quatrième République.

Ainsi, le Président, déjà figure emblématique, entrera-t-il dans le cercle des catalyseurs de conscience, des révélateurs et des éclaireurs. Et toutes ses victoires, notamment sa victoire à la présidentielle, seront auréolées. Alors, «ad astra per aspera», comme le disaient les Romains: «Jusqu’aux étoiles par des sentiers ardus». Et maintenant, au travail !

Par Bocar Baba Larab, Inspecteur des Impôts- Rue 616 – Porte 262-

Tél. 941 07 42,

Bacodjikoroni ACI

21 mai 2007.