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Le charlatan avait aussi précisé à Madou que cette sorcière qui était d’un genre vicieux apprêtait la chair de son enfant en mettant son âme auprès d’un grand feu et lorsque la trop forte chaleur risquait de le tuer avant l’heure, elle le plongeait dans une grande calebasse d’eau et Madou avait compris pourquoi son enfant faisait de très fortes températures qui baissaient brutalement quelque-fois avant qu’il n’ait eu le temps de lui donner le moindre comprimé.

Du reste, le charlatan lui avait conseillé de ne plus aller à l’infirmerie, avant de lui remettre des poudres et des racines qui selon lui, viendraient à coup sûr, à bout des visées de la sorcière. Avant de s’en aller, Madou déclara au charlatan qu’il connaissait la sorcière et qu’il allait s’occuper d’elle à sa manière.

Et de fait, il y a une dizaine de mois, une jeune dame était venue louer une maisonnette dans cette zone non lotie et y avait logée sa mère qu’elle ne revenait plus voir que de façon fort espacée. Pour tout le voisinage, si l’on se comporte ainsi avec sa vieilles mère, c’est que cette dernière n’est autre qu’une sorcière, bannie du village.

Le lendemain de sa consultation chez le charlatan, Madou se rendit d’un pas décidé chez la vieille et lui tint à peu près ce langage : « vieille sorcière, écoute- moi bien… si tu es venue dans ce quartier pour continuer à manger les enfants des gens, saches que mon enfant n’entrera pas dans ton ventre… si d’ici à demain, il n’est pas relâché, je te jure aux noms de mes ancêtres, que je te ferai quitter la terre … « . Il parla ainsi et s’en alla.

L’épouse de Madou restée seule se dit qu’il n’y avait plus rien à faire, leur enfant mourra, et si l’enfant meurt, la vieille mourait également. Elle se leva, alla au télé-centre le plus proche et appela le frère cadet de son époux qui habitait à l’autre bout de la ville.

Celui -ci qui pressentit un danger, arriva tout de suite accompagné d’un ami, et par le pire des hasards, cet ami-là était un infirmier. Si aujourd’hui, l’enfant de Madou est en vie, c’est grâce à Dieu et à lui. Vite fait, il l’a fait enveloppé dans un linge mouillé avant de se précipiter dans la première clinique venue où les premiers soins intensifs lui firent administrés pour arrêter les convulsions et le coma dans lequel il entrait. Puis, ce fut l’hôpital national où l’on mit plus d’une semaine pour le tirer des griffes de la mort qui s’emparait de lui.

Quant à la vieille prétendue sorcière, bien que sachant l’enfant sauvé, elle n’a pas attendu. Car il lui est revenu que Madou clamait sur tous les toits que c’est parce qu’il l’a menacée qu’elle a relâché son enfant. Obscurantisme, quand tu nous tiens ! L’enfant de Madou a été sauvé de justesse mais combien d’enfants seront à jamais la proie du paludisme et de l’obscurantisme !

Sacré Chédou OUEDRAOGO

source : Sidwaya 2010