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Ecole de Maintien de la Paix (EMP) Alioune Blondin Bèye, c’est la dénomination retenue par les plus hautes autorités du Mali pour baptiser l’EMP de Bamako dont la cérémonie d’inauguration a eu lieu le 26 mars 2007 sous la présidence de M. Amadou Toumani Touré, président de la République, Chef Suprême des Armées. Elle a enregistré la présence du Premier ministre, des membres du gouvernement, des présidents d’institutions de la République, des ambassadeurs des pays au nombre de neuf qui ont contribué à la réalisation de ladite école. On notait également la présence des chefs d’Etats-Majors et Directeurs des services des armées.

Bâtie sur une superficie de 4.000 m2 pour un coût d’investissement de plus de 7 millions d’euros, soit plus de 5 milliards de francs CFA, l’EMP de Bamako immortalise M. Alioune Blondin Bèye, ce combattant de la paix disparu le 25 juin 1998 en mission commandée dans un accident d’avion au large de la Côté d’Ivoire.

L’EMP, UN PROJET COMMUN A 9 PAYS

Pour la réalisation de l’EMP de Bamako, ce sont au total 9 pays des trois continents (Europe, Amérique et Afrique) qui ont conjugué leurs efforts. Ces pays sont: La France, les Pays-Bas, la Suisse, l’Allemagne, le Danemark, le Canada, le Royaume-Uni, les Etats Unis d’Amérique et le Mali bien sûr.

Si chacun des neuf pays a participé à la concrétisation de ce projet, les contributions ne sont pas les mêmes. La France est le plus grand contributeur, suivi du Mali. Les Pays-Bas et l’Allemagne ont contribué chacun à hauteur d’un million d’euros, soit 13% chacun de budget total. La contribution du Canada est estimée à 9% du budget, celles de la Suisse à 4% , du Royaume-Uni à 3%, du Danemark à 2%, et des Etats Unis à 1%.

Au nom de l’ensemble des pays contributeurs, l’Amiral Guillaud, Chef d’Etat-Major particulier du président de la République Française a affirmé que cette école au service de la paix et de la sécurité en Afrique est le fruit d’une coopération multinationale.

Est-ce à dire que c’est la seule façon de répondre aux défis qui menacent la stabilité de notre continent? En tout cas, la réalisation de l’EMP de Bamako découle d’une volonté de l’Afrique et du monde à relever les défis et les enjeux liés à la paix et à la sécurité.

COMMENT EN EST-ON ARRIVE LA?

En 2000, l’une des conclusions du rapport Brahimi est que “les Etats du continent devraient être incités à constituer des partenariats dans le cadre du système de forces et moyens en attente des Nations Unies afin de créer plusieurs forces homogènes de la taille de la brigade”.

Lors du sommet de Durban, en juillet 2002 en Afrique du Sud, les chefs d’Etat du continent ont décidé d’associer leurs efforts et de promouvoir conjointement la paix et le développement. Les fondements d’une nouvelle architecture de paix et de sécurité commune viennent ainsi d’être posés.

En mars 2005, une feuille de route pour la mise en place de la Force africaine en attente fut signée. En 2006, des travaux de réflexion ont permis l’élaboration d’une doctrine et d’une directive d’entraînement et de formation commune.

L’EMP DE ZAMBAKRO A BAMAKO

L’aventure pour l’Ecole de Maintien de la Paix (EMP) a débutée en 1999 à Zambakro en Côté d’Ivoire. Au commencement donc, c’était un partenariat franco-ivoirien. En effet, vers, la fin des années 1980, la communauté internationale se voit impliquée dans de multiples opérations de maintien de la paix dans le monde. Des pays africains faisaient parties des contributeurs de troupes pour ces opérations.

L’Afrique, à son tour, n’a pas échappé à des opérations de maintien de la paix sur son sol. C’est alors que la nécessité de former davantage d’officiers africains aux techniques des opérations de maintien de la paix a fait son petit bonhomme de chemin. D’où la création de l’EMP à Zambakro en Côté d’Ivoire en 1999.

Cependant, en septembre 2002, une crise aiguë éclate en Côté d’Ivoire de ladite école. C’est alors que les autorités françaises ont décidé du transfert de l’EMP de Zambakro à Koulikoro au Mali. Elle fut installée dans un premier temps au sein du centre d’instruction « Boubacar Sada Sy », à 60 km de Bamako. Puisque cet endroit n’offre pas toutes les conditions requises pour le développement de l’EMP, son transfert à Bamako à l’ACI 2000 fut décidé.

Le chef de l’Etat M. Amadou Toumani Touré a posé la première pierre de l’EMP de Bamako le 7 novembre 2005.

Me ALIOUNE BLONDIN BEYE IMMORTALISE

Me Alioune Blondin Bèye est né le 08 janvier 1939 à Bafoulabé dans la région de Kayes. Ce valeureux et digne fils du Mali au destin africain et mondial a eu une carrière riche: professeur, avocat, ministre et diplomate. Mais, c’est surtout dans le domaine du maintien de la paix que l’homme se révéla à la communauté internationale.

“En effet, nommé Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies en Angola, il a réussi, grâce à son sens de la médiation et de la diplomatie, à sa très forte personnalité et son profond engagement pour la paix, à réunir autour de la table de négociations les protagonistes de la guerre civile angolaise”, a déclaré le Général Sadio Gassama, ministre de la Sécurité Intérieure et de la Protection Civile, représentant son homologue de la Défense et des Anciens Combattants.

Il mourra dans des conditions douteuses le 25 juin 1998 dans un accident d’avion au large de la Côte d’Ivoire alors qu’il était en mission commandée de l’ONU.

Pour immortaliser Me Bèye, le conseil des ministres du jeudi 22 mars 2007 a adopté un projet de décret portant dénomination de l’Ecole de Maintien de la Paix de Bamako. Aux termes dudit projet, l’Ecole de Maitien de la Paix de Bamako reçoit la dénomination de l’Ecole de Maintien de la Paix Alioune Blondin Bèye.

LES MISSIONS DE L’EMP

L’Ecole de Maintien de la Paix Alioune Blondin Bèye a pour missions de donner aux officiers africains la connaissance indispensable sur le droit international humanitaire, les procédures et savoir-faire techniques dans un monde multinational en vue de les familiariser avec le contexte particulier des opérations de maintien de la paix.

Elle dispense une formation pratique qui rassemble des officiers africains autour du thème de la sécurité et développe leurs capacités d’action commune dans le cadre des opérations de maintien de la paix en Afrique.

En somme, l’Ecole de Maintien de la Paix Alioune Blondin Bèye, unique du genre en Afrique francophone est chargée d’assurer la partie tactique du continent africain de formation aux opérations de soutien à la paix.

Ce faisant, elle entend développer des axes de complémentarité avec d’autres structures partenaires évoluant au niveau opératif et stratégique. Il s’agit notamment de Koffi Anan International Peacekeeping Training Center du Ghana, et de l’Ecole de Guerre d’Abuja afin de fournir à la CEDEAO, voire à l’Afrique entière, un dispositif de formation cohérent complet et rationnel.

Le président de la République, dans son intervention, a rappelé que le Mali a une histoire dans le domaine de maintien de la paix.

Bien avant son indépendance en 1960, des contingents, sous la Fédération Mali-Sénégal, ont participé à une mission de paix en RD Congo ex-Zaïre. De nos jours encore, on retrouve des soldats maliens en Haïti, au Darfour, en République Centrafricaine hier à des opérations de maintien de la paix, a témoigné ATT.

Ma petite expérience m’a permis de constater qu’il y a une culture de violence dans certains coins d’Afrique. Il faut qu’on revienne à une culture de la paix”, a-t-il conclu.

Daba Balla KEITA

27 mars 2007.