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Sur le site du Forum des peuples de Gao, l’actualité c’est bien sur les accords d’Alger. Vieux, enfants, femmes… tout le monde en parle négativement. « Les assauts du 23 mai sont pour nous un non-événement, mais le problème ce sont les accords, les faveurs accordées à une frange de la population au détriment des autres. Nous ne sommes pas d’accord », déclare un animateur d’une radio libre de Gao.

Abondant dans le même sens, Allaye Cissé un des participants au Forum des peuples ne mâche pas ses mots : « je suis contre ces accords, car leur application va soulever des problèmes dans tout le pays. On ne peut pas engager tout un pays dans ces accords bidons. Si c’est comme cela, un groupuscule d’une autre localité peut se lever demain ou après-demain pour réclamer les mêmes choses et ça c’est très dangereux pour le pays ».

A Gao, ils étaient nombreux dimanche à s’inscrire sur la liste des pétitionnaires ouverte par les Maliens de France qui comptaient organiser un sit-in lundi soir devant l’ambassade du Mali à Paris pour dénoncer la signature des accords.

Des langues se délient

Selon l’un des signataires de la pétition, Alpha Cissé, « le gouvernement devait rencontrer les partis politiques et les collectivités territoriales avant de signer les accords. Lisez le contenu et vous verrez que c’est inacceptable : un budget spécial, des exonérations fiscales sur 10 ans et patati et patata. Nous ne sommes pas d’accord, Amadou Toumani Touré a signé ces accords dans le seul but de sauver son second mandat, Il n’a vraiment pas agi en bon patriote ». Cette réflexion est partagée par Maïga Hamsetou qui dit ne pas être convaincue par les explications d’ATT à Kita sur le contenu des accords.

Selon certaines de nos sources dans la Cité des Askia, le plan des insurgés aurait échoué car leur ambition était de sauter toutes les trois régions du Nord (Gao, Tombouctou et Kidal). « Beaucoup de responsables au nord et à Bamako qui sont impliqués dans cette affaire ont été menacés car l’armée était informée », témoigne un de nos interlocuteurs qui a requis l’anonymat.
Selon lui, les accords d’Alger sont loin de calmer les « ardeurs des insurgés ». Si le président pense que c’est fini, il se trompe ce n’est même pas commencer d’abord car le mouvement Gandha Koy est en route pour réclamer les mêmes faveurs pour les autres régions du Nord.

Pour le président de la commission régionale d’organisation du Forum des peuples, « ces accords fragilisent l’Etat ». Il a dénoncé le « laxisme des autorités » qui ont accordé, selon lui, trop de marge aux insurgés. « Les insurgés ont occupé des postes au plus haut niveau sans diplôme alors que des intellectuels sont là avec leur diplôme depuis des années. Et malgré tout, ils réclament je ne sais quoi et l’Etat se laisse aller. C’est ce laxisme qui va amener des divisions et des révoltes », prévient-il.

Insécurité : Un véhicule de Satom enlevé par des bandits armés

Un véhicule pick-up de la société Satom a été enlevé dimanche à 25 km de Gao sur la route d’Ansongo. Le braquage s’est produit en pleine matinée, aux environs de 11 h du matin au moment où le chauffeur conduisait sept employés sur le chantier.

« Nous avons été arrêtés par cinq hommes surarmés et encagoulés qui ont pris la clé du véhicule et nous ont dépouillés de nos téléphones portables. Ils nous ont ensuite conduits à environ trois kilomètres de la route pour nous jeter dans le sable chaud comme des malpropres », explique le chauffeur du véhicule.

Les huit employés ont dû marcher tout ce trajet avant de tomber sur un village où ils ont téléphoné au poste de contrôle et aux responsables de l’entreprise. Entre-temps, les bandits avaient détalé avec le véhicule volé. « Si nous sommes sortis indemnes c’est parce que nous avons respecté leur recommandation à la lettre », explique l’un des passagers qui voit derrière cet enlèvement la main des insurgés de Kidal. « Je suis sûr que ces gens ont des liens avec les insurgés qui se préparent activement », ajoute-t-il.

Aujourd’hui, à Gao, nombreux sont les observateurs qui pensent que « des choses se profilent à l’horizon dans le Septentrion malien ». « Si l’Etat malien pense pouvoir assurer la sécurité et éviter une guerre inutile à travers la signature du fameux accord d’Alger, il se trompe. Cet accord n’a fait que ragaillardir les insurgés qui pensent que tout leur est permis dans le Nord du Mali », regrette un chauffeur de Satom.

C’est le deuxième véhicule de l’entreprise Satom, chargée de l’exécution de la route Gao-Ansongo-Labbezanga, qui vient d’être enlevé en l’espace de deux mois. Le 28 mai dernier, une semaine après les attaques des camps de Kidal et de Ménaka, un 4×4 de Satom (Boulboul) a été enlevé par des hommes armés dans la même zone. En plus des véhicules, les animaux des paisibles citoyens sont enlevés chaque jour par des bandits armés.

Sidiki Y. Dembélé/(envoyé spécial)

18 juillet 2006