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Hier mercredi, la hausse du prix du pain morcelé entre boulangers, livreurs et vendeurs a pris un contour plus net. En effet, la baguette (ou petit pain) est vendue 150 francs et la miche (communément appelée gros pain) est cédée à 300 francs.

L’augmentation du prix du pain en temps que telle, ne constitue pas une surprise, au contraire elle semblait inéluctable pour les maliens, compte tenu de la hausse des prix du blé sur le marché mondial qui fait face en ce moment à une forte tension consécutive aux intempéries intervenues dans les grands pays producteurs du blé (Australie, Ukraine, France, Grande Bretagne, Argentine) et à la montée de plus en plus croissante des besoins de consommation des pays émergents, telles la Chine et l’Inde, ainsi que l’usage crescendo des biocarburants dont la consommation tire aussi les stocks mondiaux de blé vers le bas.

Au téléphone, Sidi Dagnioko, secrétaire à la communication du Cadre de concertation de la filière pain, a confirmé à l’Essor, l’augmentation, en ajoutant que la mesure est tombée tard dans la nuit du mardi au mercredi, à l’issue d’une assemblée générale des membres du Cadre et a aussitôt été ventilée dans la même nuit au niveau de toutes les boulangeries de Bamako.

Avis signés des patrons des deux syndicats des boulangers de la capitale, Mamadou Lamine Haïdara (Syndicat national des boulangers du Mali, SNBM) et Habib Coulibaly (Syndicat patronal des boulangers du Mali, SPBM), à l’intention des gérants de boulangerie et des clients relatif à cette modification, étaient affichées sur les murs des boulangeries.

Ces avis précisent les montants des ristournes et des bénéfices cédés aux livreurs et aux boutiquiers.

Ceux-ci s’élèvent respectivement à 20 et 30 Fcfa. En fait, la réunion du cadre n’a fait qu’apporter des clarifications à une mesure déjà en application depuis plus d’une semaine. Il s’agissait essentiellement de formaliser la part qui revient aux livreurs sur le prix du pain cédé au consommateur.

Cette précision n’avait pas été explicitement prise en charge par le mécanisme de changement des prix appliqué depuis plusieurs jours. Et cette omission avait suscité l’ire des Syndicats de livreurs, a expliqué Sidi Dagnoko.

De quoi s’agissait-il ?

Selon Mr Dagnoko, les livreurs reprochaient aux boulangers de n’avoir pris en compte que leurs seuls intérêts dans l’augmentation du prix du pain et en laissant aux livreurs et aux vendeurs le soin de recouvrer eux-mêmes leurs dus auprès des clients.

Afin de mettre fin à cette situation, ils demandaient l’uniformisation des prix aussi bien à la boulangerie que chez le boutiquier, prix qui incluraient (comme par le passé) la ristourne du livreur et le bénéfice du commerçant.

Cependant, nonobstant ces efforts, certains livreurs remettent en cause la signature de l’accord par leur représentant au sein du Cadre et jugent insuffisante la marge de bénéfice concédée par les boulangers.

Selon Diabaté, agent à la Boulangerie MIG au Badialan I, les 20 Fcfa qui leur reviennent ne suffisent pas pour couvrir leur charge et les risques de perte qu’ils peuvent enregistrer au cours de la distribution.

Aussi, demandent-ils de revoir le montant de la ristourne des agents. Avis contraire professé par le superviseur de la Boulangerie Mèmè Badielika de Torokobougou, Alou Sangaré. Aux yeux de ce dernier, ce sont les livreurs eux-mêmes qui se créent des problèmes en voulant coûte que coûte conserver leur clientèle.

La plupart d’entre eux prennent des risques en livrant aux boutiquiers à un prix inférieur à celui fixé par les différents partenaires. Alors que le pain était vendu à 250 Fcfa la miche, certains livreurs le donnaient aux boutiquiers à 200 ou 210 Fcfa. Le prix carreau à la boulangerie étant de 200 Fcfa, les livreurs et les commerçants se partageant 50 Fcfa, soit 25 F chacun.

Allaye Maïga, livreur à la boulangerie « Allèle » de Hamdallaye ACI, dément l’information en arguant que ce sont les boutiquiers qui refusaient ces derniers jours de s’approvisionner au motif que l’augmentation n’avait pas été officialisée. Faux, rétorque à son tour un boutiquier du Badialan I, « ce sont plutôt les livreurs qui refusaient de nous livrer du pain », dira notre interlocuteur qui a requis l’anonymat.

La guerre des ristournes et bénéfices a pénalisé nombre de consommateurs en début de semaine. Hier, nombre de quartiers du District ont ainsi été touchés par la crise du pain, comme nous avons pu le constater lors de notre passage dans certaines boulangeries.

Entre autres on peut citer la boulangerie de l’ancien carrefour de Magnambougou, la Boulangerie du Niger, Badalabougou, la Boulangerie du marché Diafarana, Hamdallaye et au MIG au Badialan I.

L’atmosphère était hier morose partout, même si assurance a été donnée par certains agents que la situation redeviendrait normale avant la fin de la journée.

Deux raisons, expliquent cette situation selon Mr Dagnoko :

Primo, la réunion de concertation a traîné en longueur, ce qui n’a pas permis de prévenir à temps tous les livreurs qu’un accord était intervenu entre les différentes parties.

Secundo, nombre de boulangers avaient perdu patience devant le flou de la situation. Ils avaient menacé d’aller en grève en cas de nouveau report des négociations sur l’augmentation du prix du pain. Certains avaient même annoncé la couleur dès mardi dernier en diminuant leur production, provoquant donc une pénurie sur le marché.

Aussi, pourquoi ne prenons nous pas exemple sur le Niger qui fabrique son pain avec du mil, matière première qui se trouve en abondance dans notre pays.
A ce rythme, finalement, les maliens ne pouvant plus supporter cette hausse constante des prix, vont se remettre à la bouillie de mil, ou au beignets (Froufrou ou Ngomi) à base de mil.


15 novembre 2007.