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C’est bien parce que le gouvernement Django Sissoko n’a rien d’une page blanche qu’il peut refléter aussi bien nos pensées et nos attentes. Nous avons entendu parler de doublure. Nous nous intéressons ici à un cas de figure, peut être parce que nous avons un rapport un peu sentimental avec ledit confrère de l’audiovisuel.

Faut-il s’enthousiasmer de voir le sieur Manga Dembélé comme ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement ? Nous commencerons par lui dresser nos meilleurs vœux de réussite dans sa nouvelle mission. Formé dans la pure tradition de notre journalisme au CESTI de Dakar, M. Dembélé fera ses premières armes à « Cauris Magasine », « Le Miroir »… Entrée à l’ORTM, divers postes de rédaction, puis Directeur national de la télévision en 2004. C’est de Paris où il occupait le poste de Conseiller à la communication à l’ambassade qu’il sera appelé pour prendre la tête du département de la Communication. Et ce n’est pas tout : M. Manga Dembélé est aussi le porte-parole du gouvernement.

Alors question : faut-il penser que la direction de l’ORTM est l’école, c’est-à-dire un endroit idéal pour apprendre tout de la vie d’un futur ministre de la Communication ? Faut-il donner du crédit à ce geste venant à la nomination d’un journaliste de l’ORTM à la tête du département, ou est-ce que le gouvernement s’ingénue seulement à amadouer la communauté internationale ? Il est vrai qu’on ne saurait rattraper autrement cet optimisme qui commençait à s’épuiser face aux difficultés de la transition.

Manga Dembélé est un spécialiste des médias. Sera-t-il fin porte-parole ?

La nomination de M. Dembélé a tout l’air d’une inflexion dans la voix du gouvernement avec seul objectif, nous semble t-il : rallier ou ramener tous ceux qui ont pris l’habitude de s’asseoir devant leurs postes télé. Quand on revoie la photo de M. Dembélé, on pense à celle de Sidiki N’Fa Konaté, directeur de l’ORTM puis ministre de la Communication sous le Président ATT. Le cliché n’a rien de gratuit. Nous revoyons ainsi M. Dembélé avec son équipe de professionnels s’activant sur le terrain, dirigeant avec dextérité le flot de caméras afin de façonner l’image du mouvement. Pourquoi la petite taille de M. Dembélé nous ferait-elle penser à celle du Corse devenu Empereur des Français ? Sans doute une idée étrange, mais observons ensemble le mouvement : il est parmi les premiers à rejoindre son nouveau job à partir d’une Ambassade.

Un mouvement inverse suivra bientôt où l’on verra les premières nominations dans les ambassades et consulats durant cette transition. M. Manga a longtemps travaillé pour la télévision. Le voyez-vous se rendre au pied levé devant les caméras pour répondre aux questions ? Faut-il croire à « un second mouvement » pour la communication du gouvernement ? On se souvient encore des premiers errements de son devancier, Gaoussou Drabo, au moment de l’affaire dite des otages sous ATT. Que ne lui a-t-on pas facilité la tâche ? La compétence dont il sera question lorsque viendront ces temps incertains de l’intervention armée au Nord du Mali, c’est la puissance des mots à travers des initiatives prises.

Le département aura-t-il en cela une stratégie bien huilée ?

S. Koné

Le Combat du 18 Décembre 2012