Partager

Le président de la République par intérim, Dioncounda Traoré, à dépêché le week end dernier des émissaires auprès du président mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz, pour l’aider à ouvrir des négociations avec la rébellion armée. Ce geste et tant d’autres de différents acteurs donnent raison au président de la République sortant, Gal. Amadou Toumani Touré, qui voyait dans le dialogue et la concertation, l’unique voie de sortie de crise.

Les faits semblent aujourd’hui lui donner largement raison dans la mesure où tous les acteurs appellent finalement à la négociation. Dela CEDEAOà l’Union européenne en passant par la junte militaire, les partenaires au développement et même le nouveau président par intérim, Dioncounda Traoré, tous appellent à la négociation. Pourtant, c’était ce que les va-t’en guerre reprochaient au Président Touré.

Pour éviter la guerre à notre pays, le président sortant avait appelé les rebelles à négocier sur tout sauf l’intégrité du territoire national. C’est le refrain préféré de tous les acteurs impliqués ou non dans la gestion de la crise au nord. Tout le monde s’accorde sur la nécessité de négocier maintenant. Quelque mois plutôt, c’était le leitmotiv du Général Amadou Toumani Touré. L’homme a tout fait pour expliquer que la guerre ne conduira qu’au désastre et au regret. En tant que Général, il a toujours dit qu’il connait les conséquences d’une guerre.

Les Maliens l’auront compris à leurs dépens. Nous avons été humiliés et remis pieds et mains liés à nos ennemis, les rebelles. Après cette humiliation et l’occupation des régions de Kidal, Tombouctou, Gao et une partie de Mopti, on se rend compte de l’évidence. Le Mali divisé malgré les Maliens, qui n’ont d’autres choix que d’appeler au secours la communauté internationale. Celle-ci ne fait que constater les dégâts et appeler les parties en conflit à la retenue. Personne ne viendra faire la guerre à la place des Maliens. Il faut se battre ou laisser le nord aux bandits armés, trafiquants de drogue et islamistes sans foi, ni loi.

Amadou Toumani Touré a envoyé des émissaires dans les collines de Kidal, à Nouakchott, à Alger, à Ouaga, et à Niamey pour faire comprendre aux rebelles et aux amis du Mali que seul le dialogue est la voie du salut. Mais l’homme n’a pas été entendu. Pis, il a été traité de tous les maux pour avoir voulu éviter la guerre à son pays. Dans un article intitulé « ATT et la crise de Kidal : Eviter la guerre » (publié dans L’Aube 393 du jeudi 22 décembre 2011), notre rédacteur explique les efforts du président Touré pour éviter la guerre entre les Maliens (lire l’article en contre bas).

Des parlementaires maliens comprenant ceux du nord ont été envoyés en mission auprès des rebelles pour engager les pourparlers. Ces initiatives du Président n’ont pas trouvé d’échos favorables. Et voilà où nous en sommes. Le nord occupé, les populations déplacées, violées et violentées ; une catastrophe humanitaire s’annonce. Ce n’est pas fini,la CEDEAO qui a promis de venir libérer le Mali, est entrain de retarder son opération, si elle n’envisage de l’annuler.

Aujourd’hui, comme si de rien n’était, les parties d’hier appellent à négocier avec le Mnla et ses complices d’AQMI et d’Ançardine. Dioncounda Traoré, président par intérim, a envoyé Tiébilé Dramé et Moustapha Dicko pour baliser le terrain des négociations avec les rebelles. Ces émissaires qui ont eu des contacts avec les représentants du Mnla, ont aussi remis au Parrain de ce mouvement, une correspondance du président par intérim.

Le nouveau Premier ministre, Cheick Modibo Diarra, est dans la même dynamique : dialoguer à tout prix. Pour lui aussi, il n’est pas question de céder un centimètre carré du territoire national. Concernant le nord, il n’y a pas eu de changement. Les successeurs d’ATT sont dans sa logique. ATT avait pris les mêmes initiatives en mettant les parties en garde contre une guerre aux conséquences dévastatrices pour notre pays.

Mais le hic de tout cela, c’est que sous ATT, une connexion dangereuse avait été établie entre les mouvements rebelles et certains partis politiques du Mali dont les leaders fréquentaient dans la clandestinité la capitale mauritanienne. Complotaient-ils contre ATT ou contrela République ? Ce qui est sûr dans cette affaire, c’est que le Mali a été victime d’un complot ourdi et soutenu par un pays de l’occident (voir L’Aube du 10 avril 2012). Tenez-vous bien, si les rebelles acceptent les négociations aujourd’hui, ce serait sur quelle base. A part le fait qu’ATT a quitté le pouvoir, va-t-on leur cédé une partie du Mali ? Si ce n’est pas le cas, il n’y a donc aucune raison de faire la guerre.

ATT avait dit que le Mali reste un et indivisible, Dioncounda Traoré répète la même phrase et promet comme ATT de faire une guerre totale à la rébellion si elle refuse la négociation. Les rebelles ont été utilisés pour détruire leur propre pays à des fins sordides et pour des intérêts particuliers des comploteurs. Il faut à tout prix faire partir ATT pour permettre à la France, à l’Algérie et à la Mauritanie de mener sur notre territoire une guerre contre AQMI et protéger en passant leurs ressortissants qui se hasardent à venir dans les pays de la bande sahélo saharienne.

Idrissa Maïga

L’aube du 24 Avril 2012