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“On ne saurait indéfiniment abuser de la patience et de l’esprit de tolérance du peuple malien”. Tel est l’avertissement lancé par le président de l’Assemblée nationale, Dioncounda Traoré, à l’occasion de l’ouverture de la deuxième session ordinaire des élus de la nation.

En effet, le lundi 7 Avril 2008, le Parlement malien a repris du service, avec l’ouverture de sa deuxième session ordinaire. Mais cette année, ladite ouverture était rehaussée d’un cachet particulier: la présence aux côtés de leurs homologues maliens, d’éminents parlementaires et personnalités venus de pays frères de la sous région.

Au nombre de ces élus des pays voisins, on notait la présence des présidents de l’Assemblée nationale du Burkina Faso, M. Roch Marc Christian Kaboré, de l’Assemblée nationale de la République Islamique de Mauritanie, M. Messaoud Ould Boukheir, du 3e vice-président de l’Assemblée nationale de la Guinée, Elhaj Mamadi Coulibaly, et de M. Robert Kadim Tabet, représentant le président de l’Assemblée nationale du Sénégal.

Côté malien, on notait la présence du Premier ministre Modibo Sidibé, des membres du gouvernement, des présidents d’institutions et de partis politiques, du Gouverneur du District, des représentants des ordres professionnels, et des chefs de familles fondatrices de Bamako, des notables et chefs traditionnels, de la société civile, des représentants de corps diplomatiques et consulaires accrédités dans notre pays…

Dans leur intervention, les différentes personnalités invitées ont toutes manifesté leur fierté pour l’honneur ainsi fait à leurs parlements respectifs. Tous ont mis l’accent sur l’excellence des rapports existant entre leurs pays et le Mali qu’ils considèrent d’ailleurs comme leur propre pays.

Selon le représentant de l’Assemblée nationale du Sénégal, le Mali est l’un des rares pays avec qui le Sénégal a développé des fidélités incorruptibles ainsi que des liens inaltérables qui, par delà la frontière et le temps, s’inscrivent dans le même héritage culturel et social, et la même continuité historique.

Le parlementaire sénégalais a donc saisi l’occasion pour saluer les nombreuses initiatives internationales prises par le président Dioncounda Traoré en vue de renforcer la coopération interparlementaire à tous les niveaux. Lui et ses autres homologues ont du reste évoqué des domaines dans lesquels les parlements des différents pays doivent coopérer.

Quant au président Dioncounda Traoré, il a chaleureusement remercié ses homologues pour leur présence au Mali, aux côtés des parlementaires maliens. Il en a aussi profité pour saluer l’excellence des rapports entre les pays de la sous-région.

Le président Dioncounda a rappelé qu’au cours de sa première session ordinaire, le Parlement du Mali a eu à légiférer sur la Loi de Finances pour l’année 2008 et 36 autres projets de loi. Il en a voté 31, y compris la Loi de finances. C’est pourquoi il s’est dit persuadé que, durant cette session, les députés sauront aussi faire preuve d’une telle performance.

Ce fut également l’occasion, pour le président de l’Assemblée nationale malienne, d’évoquer la crise au Nord du pays. Les 19 et 20 Mars dernier, des convois militaires de ravitaillement et le personnel du Comité international de la Croix Rouge en mission d’évacuation des blessés ont été attaqués par une bande armée, informera le président Dioncounda. “Cette action a été revendiquée par Ibrahim Ag Bahanga, conseiller national, membre du Haut Conseil des Collectivités Territoriales“, ajoutera-t-il.

Le président de l’Hémicycle malien a également évoqué l’attaque de la garnison d’Aguelhoc, par des agresseurs se réclamant de la même mouvance que Bahanga. Aussi, devant la gravité de la situation, Dioncounda Traoré a invité ces hommes en rupture de ban avec la nation malienne, et particulièrement avec la communauté touarègue -dont ils se réclament pourtant- à se ressaisir en saisissant les opportunités qui leur sont encore offertes, en vue d’un règlement fraternel et pacifique de la crise qui n’a que trop fait saigner le pays. Au nombre de ces opportunités: le récent protocole d’entente de Tripoli (Lybie).

Mais le président de l’Assemblée nationale n’a pas manqué de s’interroger sur les motivations réelles des insurgés du nord, malgré l’adhésion du peuple malien aux efforts de règlement pacifique déployés par le Chef de l’Etat, qui consistent à résoudre la question du Nord Mali par le dialogue.

Le président Dioncounda Traoré, très remonté contre les recentes agressions, a-t-il déclaré : “On ne saurait indéfiniment abuser de la patience et de l’esprit de tolérance du peuple malien tout entier”. Aussi, il reste convaincu que Bahanga et sa bande constituent aujourd’hui les seuls obstacles au développement du septentrion malien.

De l’avis du président Dioncounda Traoré, il ressort que l’école malienne est devenue une véritable source de préoccupation. A ses dires, partout en République du Mali, l’école malienne est en panne; l’école publique s’éteint lentement, mais inexorablement ; et le système éducatif périclite.

Au cours des restitutions, les députés ont pu mesurer, selon lui, l’ampleur de l’angoisse nationale, concernant l’école. Mais le président de l’Hémicycle demeure certain qu’une nation dont l’école est en déperdition est une nation sans avenir.

Aussi, dans la crise actuelle de l’école, chaque citoyen malien a sa part de responsabilité. “Sans un sursaut national et patriotique, l’indispensable refondation du système éducatif ne sera pas possible“, a déclaré Dioncounda Traoré.

Aussi, au Premier ministre et Chef du gouvernement, le président de l’Assemblée nationale a donné l’assurance que son institution aura à coeur de jouer parfaitement sa partition dans les efforts de résolution de la crise actuelle -notamment durant la session qui s’ouvre- avec “le seul souci de contribuer au renouveau de l’école malienne”, dira-t-il.

Par ailleurs, le Chef du Parlement a mis l’accent sur la cherté de la vie et la flambée des prix des produits de première nécessité. Mais il indique que si nous assistons partout à une flambée des prix, c’est que, d’une part, le phénomène est mondial, parce que le moteur de la croissance mondiale réside moins dans la production et la commercialisation des biens que dans la spéculation. Et d’autre part, parce que l’humanité entre dans une ère de fin du cycle de l’énergie pétrolière dont les cours se fixent structurellement à des niveaux particulièrement élevés.

Aussi, Dioncounda Traoré a félicité le gouvernement et le peuple maliens qui, malgré ce contexte défavorable et singulièrement difficile, “ont su préserver le climat de paix social sans lequel aucune recherche de solution réelle de ce problème n’est réalisable“, dit-il.

Dioncounda a ainsi saisi l’occasion pour évoquer, entre autres, les différentes actions entreprises par le Parlement. Aussi a-t-il rappelé le séminaire parlementaire sur la coopération Mali-Union Européenne, pour la période 2008-2012, le séminaire de formation des cadres de l’administration parlementaire sur les thèmes “Organisation et fonctionnement des services d’un parlement”, le statut des personnels des Parlements, la rédaction administrative et la communication, les missions conduites à l’extérieur par le Parlement…

Au cours de cette session, l’Assemblée nationale doit également examiner plusieurs projets de loi, dont ceux qui ont été renvoyés, lors de la dernière session.

Laya DIARRA

09 avril 2008.