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Le premier tour de l’élection présidentielle au Mali s’est tenu le 29 avril dernier. Les observateurs (nationaux et internationaux) sont unamines que le scrutin est libre, crédible, paisible et transparent. Mais les quatre candidats du Front pour la Démocratie et la République (FDR) ne sont pas de cet avis. Comme on pouvait s’y attendre, ce front conteste l’élection et a même déjà introduit une requête auprès de la Cour Constitutionnelle pour demander son annulation. Seulement, cette attitude de la part d’IBK, de Soumeylou Boubèye Maïga, de Tiébilé Dramé et de Blaise étonne les observateurs du jeu politique malien qui avaient pensé que les querelles de chapelle qui ont marqué la première décennie de la démocratie au Mali ont servi de leçon. Alors au quatuor qui s’agite aujourd’hui, la question suivante se pose : Avez-vous oublié comment se sont déroulées les élections générales de 1997? Ousmane Sy, ex-ministre de l’Administration territoriale et membre du FDR répond.

Si Ousmane Sy mène le même combat que tous les frontistes, en revanche, il ne semble pas être d’accord avec eux lorsqu’il s’agit de contester le scrutin pour le plaisir de contester. On le sait, ceux qui s’agitent aujourd’hui se doivent de se souvenir qu’ils ont eu à organiser les plus mauvaises élections dans ce pays. La suite on la connaît: des opposants en prison, un front social en ébullition et un avenir incertain qui a eu pour conséquence, plusieurs années scolaires perturbées dont une année blanche.

Comme si le ridicule ne tuait pas dans ce pays, ceux qui ont préparé cette bouillie électorale de 1997 sont ceux-là mêmes qui osent crier pour parler d’élections crédibles, paisibles et transparentes. Il s’agit d’Ibrahim Boubacar Kéïta, le chef du gouvernement qui a organisé le cauchemar électoral d’il y a dix ans. Pour bastonner les opposants, il a bénéficié du concours de Soumeylou Boubèye Maïga, alors Directeur de la Sécurité d’Etat.

Quant à Blaise et Tiébilé Dramé, ils étaient tous de la mouvance présidentielle en tant qu’alliés du parti Adéma au pouvoir.Ne sont-ils pas rattrapés par leur passé en osant critiquer le scrutin du 29 avril ? Les élections de 1997 sont-elles comparables au premier tour de la présidentielle de cette année?

A cette dernière question, une voix autorisée a déjà répondu. En effet, le 13 mai 2000, le Ministre de d’Administration Territoriale et des Collectivités Locales d’alors, M. Ousmane Sy, animait, dans la salle de conférence de son département , une conférence de presse au cours de laquelle il avait été beaucoup question de l’organisation des élections de 2002.

Ce jour, l’ancien chef de la mission de la décentarlisation au Mali, situant le cadre de la rencontre avec la presse, déclarait:
… Aujourd’hui, ce dont il est question, c’est organiser des élections nettes, propres, acceptées par tous en 2002, ce n’est pas en dehors de notre portée… Voyez tout le monde a parlé de la débâcle de 1997. Une des raisons, c’est qu’en 1997 on a oublié que les élections c’est une affaire de professionnels. On a mis les professionnels à côté. On a voulu les donner à des non-profesionnels.

Bon ! tout le monde a vu ce qui est arrivé. Je prends un seul exemple. Je suis désolé, on peut dire tout ce qu’on veut. Si une urne doit être placée à un endroit à telle heure, si ce n’est pas là à l’heure dite, c’est une catastrophe. Et c’est ce qui s’est passé. C’est, entre autres, une des choses qui s’est passé en 1997. Ces gens se sont pointés devant les bureaux de vote, il n’y avait pas d’urne..Celui qui était chargé de mettre là l’urne, c’est pas un technicien, c’est pas un professionnel. Il n’a souvent même pas conscience de l’importance de cela. Il a dormi tranquillement. Il s’est reveillé à 9 heures. Il a amené l’urne. Si c’est un technicien, il sait les implications.

Si l’urne doit être là à 6 heures. Parce qu’il sait que si ce n’est pas là ,c’est lui qui va payer. Voilà l’importance des professionnels dans l’organisation des élections. On a voulu faire l’économie de ça en les confiant à des “tout venant”. Bon ! on a payé le prix. Ces élections nous ont coûté affreusement chères pour des résultats… bon ! tout le monde a apprécié. On tire les leçons de ça aujourd’hui
” .

Alors, contrairement à ce qui s’est passé en 1997, le 1er tour de l’élection présidentielle de cette année a été l’oeuvre des professionnels. A commencer par l’instauration du bulletin unique qui a eu l’avantage de réduire le temps de vote (l’électeur n’a plus besoin de s’encombrer avec des bulletins dont il n’a pas besoin) et d’annihiler la corruption (on ne peut plus sortir avec le bulletion d’un candidat comme preuve qu’on n’a pas voté pour lui pour qu’on lui file 2000FCFA, 5000 F CFA, selon le cas).

Ensuite, le Général Kafougouna Koné est sur son terrain. Avant de devenir ministre de l’administration territoriale et de collectivités locales, il a dirigé la Délégation Générale aux Eléctions (DGE) sans coup férir. Or, cette structure est une pièce maîtresse dans l’organisation des élections (elle procède à la révision des listes électorales). C’est son adjoint, le colonel Siaka Sangaré, qui le remplace aujourd’hui à la DGE.

Dans ce cas, si on doute de la neutralité du Kafougouna Koné, en tant que militaire, on devait douter aussi de la neutralité de Ousmane Sy qui est militant du parti Adéma. L’ex-ministre de l’administration territoriale qui a organisé, au nom du gouvernement, les élections de 2002, aurait pu tripatrouiller ces élections pour faire gagner le candidat de son parti, à savoir Soumaïla Cissé qui est son ami.

M Sy a plutôt prouvé que le ministre ne fait pas les élections mais plutôt les partis. Le ministre ne fait que collecter les résultats du vote des électeurs qu’il transmet à la Cour Constitutionnelle, seule habilitée à dire qui a gagné l’élection.

Quant à la CENI, elle dit, par la voix de son président Fodié Touré, qu’elle n’a jusqu’à présent reçu aucune anomalie, aucune irregularité de nature à remettre en cause la sincérité et la crédibilté du scrutin.

La loi veut que s’il y avait des cas, la structure de supervision doit en être informée. C’est la classe politique qui a été à toutes les étapes de la préparation des élections générales, qui l’ont voulu ainsi. Aussi, aucun cas d’irrégularités manifeste n’a été décélé par les observateurs nationaux et internationaux, tant entendu que les délégués des candidats qui étaient dans les bureaux de vote ont signé les PV. Cela veut dire que leurs signatures les engagent parce que les candidats leur avaient délégué leur pouvoir de les représenter dans les bureaux de vote.

Quoi qu’on dise, il y a beaucoup de contradictions dans les agissements des frontistes. Cela se comprend parce qu’ils ont crié victoire à l’avance. A preuve, le RPM avait lancé l’opération 3 millions de femmes pour IBK mais qui fut soldée par un échec.

Le bilan d’ATT a largement plaidé en sa faveur. Les autres candidats ont été sanctionnés par les électeurs qui ne comprennent pas qu’on puisse travailler avec le chef de l’Etat pendant 5 ans et à la dernière minute, enfiler la tenue d’opposants pour critiquer le même bilan qui est aussi le leur.

En définitive, cette appréciation de l’organisation des élections de 1997 par l’ex- ministre de l’administration et des collectivités locales renforce si besoin en est la thèse selon laquelle “les institutions actuelles ne sont pas légitimes parce qu’émanant d’élections non-transparentes”. Cela dénotait déjà une volonté salutaire de rectifier le tir à l’avenir.

Une rectification qui passait également par le nécessaire audit de la CENI qui organisa des “élections qui nous ont coûté affreusement chères pour des résultats…”. Et l’engagement pris par les autorités maliennes en 2002, d’éviter le cas de 1997 a été confirmé et respecté lors du premier tour de la présidentielle de cette année.

Oumar SIDIBE

08 mai 2007.