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Les éditions Tombouctou ont organisé, le 10 octobre 2013 au restaurant Bla-Bla une conférence-débat visant à permettre une meilleure compréhension de la crise que traverse le Mali depuis janvier 2012. Elle a été animée par le chercheur français André Bourgeot et son homologue malien Ousmane Oumarou Sidibé.

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Il faut le dire l’initiative tire sa source d’un ouvrage par ladite maison d’éditions intitulé «Le Mali entre doute et espoir». Les deux conférenciers font parti d’un panel de 10 auteurs à avoir exposé leur vision dans ledit ouvrage qui traite de la crise malienne.

Publié en mai 2013, André Bourgeot y affirme que les «rébellions [au Mali, Ndlr] génèrent une chaine opératoire… dont les maillons constitutifs sont : ‘’rébellion-désertion-accords de paix-intégration-rébellion-désertion’’». Le processus de négociation actuellement en cours entre le gouvernement et les groupes armés dérobera-t-il à la «règle» ?

Selon le conférencier, le délitement de l’armée malienne en 2012 face à la rébellion armée tire sa source de précédents accords notamment l’accord d’Alger signé le 4 juillet 2006. Ledit accord a exigé du gouvernement le démantèlement de bases militaires dans le nord du pays. Résultats : Les islamistes dont la présence au nord remonte au début des années 2000 se sont enracinés.

Parallèlement, la gouvernance malienne s’effritait sous de poids de dérives sociétales que sont la corruption et la crise éducatif. «Le pays était gangréné par la corruption», a expliqué Ousmane Oumarou Sidibé, ancien ministre de la fonction publique, qui estime par ailleurs que le délitement avait également atteint le «dernier pilier» de solidité d’un Etat : l’armée nationale.

Les efforts d’équipement des forces de défense et de sécurité seraient régulièrement circonscrits par des pratiques mafieuses. A ce titre, selon le conférencier, 400 Pick-up acquis pour ces besoins d’équipement ont été détournés un an plus tard.

La gestion des effectifs ? A en croire Ousmane Oumarou Sidibé, l’armée malienne compte autant de généraux que l’armée française. Le mode de recrutement au sein de l’armée est purement népotique, a indiqué, pour sa part, la journaliste Ramata Diaouré, modératrice du débat. Mais ce phénomène ne concerne pas que la grande muette. Pour Ousmane Oumarou Sidibé, plus de 10.000 fonctionnaires ont été recrutés ces dix dernières années sans concours.

Celui qui fut pendant toute cette décennie le directeur du Commissariat au développement institutionnel (CDI) reste catégorique : «50 % des fonctionnaires maliens sont inactifs». Le CDI est une structure rattaché au ministère de la fonction publique chargé de conduire la reforme de l’administration publique malienne.

Seydou Coulibaly

© AFRIBONE – Le 11 Octobre 2013