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Dans l’interview qu’il nous a accordée, Ousmane Mohamed Touré, président de la Nouvelle jeunesse africaine nous parle des objectifs de son organisation, du coup d’Etat du 22 mars, du rôle de la jeunesse dans l’édification d’une nation et dresse un tableau sombre du bilan des régimes dits démocratiques

L’Inter de Bamako : Qu’est- ce que la NJA ? Son objectif visé ?

Ousmane Mohamed Touré : La Nouvelle jeunesse africaine (NJA) est une association politique, avec un récépissé reconnu par l’Etat, donc une association légale. La NJA est un regroupement de jeunes de tout bord, Diplômés chômeurs, diplômés travailleurs, mécaniciens, tailleurs, photographes, élèves, étudiants, vendeuses de brochettes etc., mais un tout bord de jeunes qui n ont jamais démarché nuitamment des politicards pour avoir un quelconque prix de thé, des jeunes qui n ont jamais accepté de s’associer à cette corruption bordélique et merdique de nos dirigeants.

Des jeunes qui ont vécu dans une stratégie de survie contre l’immorale politique, des jeunes qui n’ont jamais accepté d’être des applaudisseurs des individus qui sont à la base de leur chômage, de leur affaiblissement intellectuel. Des jeunes dont la seule ligne de conduite est la morale dans toute forme de «dirigeance», des jeunes qui peuvent plier mais ne rampent jamais devant l’injustice .C’est ça la Nouvelle jeunesse africaine Nja.

L’objectif principal de la Nja c’est de faire savoir à beaucoup de jeunes que force peut revenir à la jeunesse, que l’avenir est jeune et jeunesse, «que la jeunesse ait tort ou raison, elle a toujours raison car l’avenir est à sa portée…».

A cet objectif principal, s’ajoute la formation politique, morale, la conscience d’appréhension de ce qui se décide en son nom ou au nom de son peuple, de transporter sa frustration dans le grin à un niveau plus formel et plus sérieux. De leur faire comprendre que diriger ne se transmet pas par chromosome mais par abnégation et surtout de lutte, d’où le slogan «Commencer un combat on peut le perdre, ne pas le commencer on l’a déjà perdu».

L’Inter de Bamako : Un commentaire sur votre slogan «Commencer un combat on peut le perdre, ne pas le commencer on l’a déjà perdu»

Ousmane Mohamed Touré : En fait, ce slogan est plus ou moins similaire au cri de guerre d’Ernesto Cheguevara. De La Cerna Alias Che «le présent est de lutter, l’avenir est à nous».

Ce slogan veut signifier tout simplement mais avec toute la vigueur, que la jeunesse doit être à l’avant-garde de la lutte démocratique, qu’elle doit participer à la charge de la machette s’il le faut contre les importateurs de snobismes, comme avant-garde, elle doit, cette jeunesse avoir une participation énergique et que si une structure démocratique prend du retard ou s’est pétrifiée comme corrupteurs, voleurs, en marge du pas constamment rénovateur de la démocratie, c’est à nous, à la jeunesse qu’il revient de la faire voler en éclats avec parfois de meilleures méthodes révolutionnaires.

Si les dirigeants continuent leur façon éhontée de voler dans les caisses de l’Etat, de prôner l’injustice, aucun jeune ne doit dormir, et doit joindre la théorie de combat à la pratique, (affiches, banderoles, tractes, etc.) tout ce qui peut être permis par les actions démocratiques.

L’Inter de Bamako : Peut-on dire qu’il y a une démocratie en Afrique ? Si oui ou non, justifiez votre réponse. Quel jugement portez-vous sur le cas du Mali ?

Ousmane Mohamed Touré : De façon usuelle et populaire, la démocratie est le pouvoir du peuple par le peuple, à cette définition de rêve se colle une réalité qui pourrait être : L’aspiration à des principes démocratiques.

Vers la fin des années 1980, un vent dit de l’Est se fait souffler par un discours dit discours de la Baule pour l’aspiration démocratique des peuples africains. Le discours de la Baule, prononcé par le président français François Mitterrand, est une anticipation une fois de plus de la ruse de l’impérialisme car en Afrique de façon générale, les gens en avaient marre du despotisme ; de la gabegie, du marasme, du trafic d’influence, choses qui se sont ficelées encore plus, en ce moment dit de démocratie.

En Afrique, quasiment, tous les dirigeants d’aujourd’hui de nos pays sont des gens qui sont soit des sujets de l’impérialisme rampant national ou extra national, soit ont accédé frauduleusement par une façade d’élections : c’est le cas de Paul Biya du Cameroun, d’Idriss Deby du Tchad, de Faure Eyadema du Togo et d’autres qui risquent de me donner l’envie de vomir bref, on pourrait dire avec aisance que la démocratie est une denrée rare en Afrique.

Au Mali depuis 1991, notre pays s’effraye un chemin vers l’aspiration démocratique , aspiration démocratique arrachée dans une douleur indescriptible, plus de trois cents morts sous les canons d’un dictateur, dictateur affaiblit par la vigueur d’un peuple dont le fer de lance a été la jeunesse , jeunesse aujourd’hui méprisée, abandonnée comme si le président qui nous dirige aujourd’hui est atteint d’amnésie car en mars 1991 il affirma à un des dirigeants de l’Association des Elèves et étudiants du Mali (AEEM) de l’époque ceci : «Les élèves et étudiants ont montré le chemin de la dignité et de l’honneur a tout le peuple malien.»

Avant 1991, les dirigeants d’aujourd’hui disaient qu’il n’était pas normal, disaient même qu’il était anormal qu’un seul homme et un seul régime puisse faire plus de 23 ans au pouvoir.

Aujourd’hui, après 20 ans, ce sont les mêmes gens, les mêmes discours, les mêmes rapines, le même chômage, les mêmes injustices et, à cela s’ajoute un mépris total à l’encontre de la jeunesse et depuis, le rôle d’une certaine jeunesse est réduit ou cantonné à l’animation politicienne, sans formation aucune. Comment comprendre qu’après vingt ans de démocratie, la corruption à tous les niveaux est devenue banale, est quotidienne, le débat d’idées n’existe plus.

En somme, je dis qu’il y a plus de ploutocratie que de la démocratie si on s’en tient à la définition première de l’idée de la démocratie.
Dans ces conditions, la démocratie dans notre pays est une utopie lointaine avec quelques soubresauts d’aspiration démocratique.

L’Inter de Bamako : Pourtant, on entend souvent dire qu’une élection n’est pas la preuve de la démocratie. Vrai ou faux ?

Ousmane Mohamed Touré : Vous savez, les élections en Afrique c’est comme déshabillé Jean et habillé Paul. Comme déjà dit plus haut la démocratie c est le pouvoir du peuple, mais véritablement, en Afrique et même dans d’autres continents la démocratie n’est pas populaire. Elle se résume à une forme de l’égalité sans se soucier de la légitimité, c est le cas des élections au Togo, au Gabon. Ce serait fastidieux de tout citer.

Les élections seulement ne peuvent pas être gage de démocratie, la démocratie c’est le droit à la sécurité, c’est le droit à l’information, le droit à la santé des populations, à l’éducation, est- ce que ces conditions sont satisfaites ou résolues, je dis tout simplement non.

L’Inter de Bamako : Que pensez-vous du coup d’Etat du 22 mars ?

Ousmane Mohamed Touré : Après les défaites de Ménaka, l’horreur perpétré par l’agrégat de farfelus ignorant et ignobles du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) et les «djihadistes» dits islamistes, après les mensonges répétés des dirigeants d’ATT et la prise de Tessalit tout cela embaumé par le moral très bas des troupes, l’inexistence d’une réelle chaîne de commandement , tantôt c’est Poudiougou, tantôt c’est Gamou, parfois c’est Gassama, parfois aussi c’est ATT, avec cette confusion générale, l’essence même de l’Etat régalien était mise en cause.

En réalité, l’Etat au Mali n’existait que sous la forme formelle d’aspirer de l’argent aux bailleurs et organismes pour préparer des retraites dorées à tous les généraux qui ne sont que des généraux de salon feutré.

L’Etat était en faillite avec la déliquescence même de la notion d’un Etat démocratique, des choses se tramaient pour faire quitter ATT mais par d’autres hauts gradés avec des complicités volontaires des prédateurs politiques qui sont à la base de la situation avec ATT et qui ont pensé tirer toutes les ficelles pour changer sans que personne ne bronche.

Le problème est que tous ces gens ont été pris de cours par ces jeunes officiers, sous officiers et homme de rang qui n’ont connu rien d’autre que la discipline militaire et qui pour leur survie ont opéré le coup d’Etat sans peut- être le vouloir ou le souhaiter (coup du destin).

Savez- vous que ces jeunes n’avaient pas au départ une intention de faire un coup d’Etat en préparation mais puisque Dieu existe il y a eu ce coup d’Etat et pas l’autre car un homme politique qui était respecté au moins au milieu des jeunes mais qui est entrain d’être démasqué disait en substance ceci : «Dans tous les cas si ce coup n’avait pas lieu il y allait avoir un autre».

C’est clair qu’on préparait une conspiration contre le peuple malien, mais le bon Dieu a contre carré cela. C’est pour cela que tous les collaborateurs, les acolytes, les détourneurs sont perturbés, émoussés ulcérés, et même déçus de la vie. Savez- vous qu’il a fallu que le monde entier condamne le putsch pour que certains deviennent des héros de la condamnation, il a fallu cinq jours de stratégie pour une simple condamnation.

L’Inter de Bamako : Vous voulez parler du FDR?

Ousmane Mohamed Touré : Pas seulement du Front uni pour la Démocratie et la République (FDR), mais tous ces gens là qui ont pris de façon extrémiste des positions pour condamner les militaires et qui de façon inconséquente nous parle de principes démocratiques.

Ce qu’il faut rappeler de quel principe démocratique parlent-ils ? La trahison de la nation n’est- elle pas inscrite dans la Constitution comme une antiphase de principe.

Les gens qui nous disent qu’il fallait attendre les élections et que dans un pays démocratique le coup d’Etat est proscrit, ces gens là sont des véritables fantassins qui pullulent par ce système réactionnaire d’élections et d’alternance planifiée, ces gens là qui pourraient être même très brillants mais qui aujourd’hui sont submergés par la malhonnêteté et ne sont pas capables de sortir une analyse réelle ils sont même devenus des spécialistes des coupures de journaux qu’ ils balancent pour justifier leur contre coup dans un pays ou des journaux et des journalistes sont dans des stratégies de survie due par leur propre carence leur compromission, leur complicité et qui ont mis en faillite la crédibilité journalistique.

L’Inter de Bamako : Que pensez-vous du Capitaine Amadou Aya Sanogo ?

Ousmane Mohamed Touré : Tout d’abord, il faut rappeler que la NJA, sous la coupole de l’AJDJ, avait clairement soutenu les militaires le tout premier jour du coup, car nous nous sommes dits clairement que le Mali va retrouver un nouveau souffle avec ces jeunes militaires qui ne sont pas issus de la classe militaire classique corrompue et avec laquelle nous ne faisons pas de différence avec la classe politique véreuse, voleuse, rétrograde qui a foutu notre pays dans cette situation.

Notre souhait était que le Mali venait de se débarrasser d’un système démocratique cosmétique, il fallait immédiatement aider cette dynamique, car déjà, nous avions réclamé la déchéance du pouvoir d’ATT quand nous marchions avec le collectif «Touche pas à ma constitution». Je me rappelle quand nous marchions et certains jeunes de la NJA disait : «ATT dégage», certains barons de cette démocratie cosmétique rougissaient et me disaient, «dit à tes jeunes d’éviter de dire cela» comme si nous étions à leur ordre et moi je répondais ceci : «On ne peut pas avoir du miel sous la langue, sur la langue et dire qu’on n’aime pas le miel».

Ces dits démocrates pensaient que nous marchions tout simplement pour la forme pour qu’ils reviennent encore après avoir fait la bêtise de donner le pouvoir à ATT. Ils ne savaient pas que pour nous et ATT et eux sont bonnet blanc, blanc bonnet.

Donc après le coup d’Etat, nous avons soutenu clairement le coup d’Etat, nous avons soutenu le coup d’Etat en pensant qu’une dynamique allait s’engager pour libérer le Nord et amortir la classe politique mousaiste, Ademaeiste Atteteiste pour l’imprégner d’une nouvelle recomposition de gens neufs qui n’ont jamais été associés a ces différents régimes pourris qui ont mis notre pays dans la situation.

Mais le capitaine a capitulé sous la pression des apatrides et des farfelus passéistes d’Alassane D. Ouattara et Blaise Compaoré qui tous les deux pour avancer dans leur vie doivent détruire, notre soutien ne peut jamais être un soutien dogmatique intéressé, car dans ce pays dès que l’on soutien quelqu’un c’est qu’on doit percevoir ou on a perçu, nous pensons que dans ce pays il y a des gens et précisément des jeunes qui peuvent soutenir ou décrier un système sans avoir de parrain et c’est le cas de la NJA.

Nous comprenons que certains soient virulents contre le coup d’Etat car certains ont directement vu leurs intérêts s’effrités se volés et de nature l’être humain est parfois réfractaire au changement mais de là a vouloir des embargos et des sanctions ignobles contre le peuple, leur peuple c’est hors proportion d’apatridies.

Nous pensons que le capitaine n’a pas tenu à ces engagements de déclencher un toilettage contre la restauration, contre la corruption, toute chose pour la quelle nous l’avions donné notre soutien le premier jour, nous le jugeons pas pour ce qu’il a fait mais pour ce qu’il devrait faire qu’il n a pas fait, donc on a plus rien avoir avec lui, c’est clair et net, mais une fois de plus nous disons que parmi les mauvais il y’a les moins mauvais et avec conviction nous pensons que ces militaires valent mieux que les gens des anciens régimes de Moussa et la plupart des gens de l’Adema et acolytes d’ATT et ces bouffons.

Aussi, à la NJA, nous ne faisons pas la différence entre les gens de l’Union démocratique du Peuple malien (UDPM), de l’ADEMA et acolytes d’ATT, qui a choisi comme Premier ministre, un ancien ministre de Moussa. C’est Alpha qui a nommé un Premier ministre, un secrétaire général de la présidence et la femme d’un ancien ministre de Moussa comme ministre, c est ATT, alors certains incrédules me diront et s’ils sont compétents, bon sang ! La compétence n’exclut pas la relève.

L’Inter de Bamako : La NJA est- elle membre de la COPAM ?

Ousmane Mohamed Touré : Non, nous ne sommes pas membre de la Coordination des Organisation des Patriotes du Mali (COPAM), ni d’aucune autre organisation. Nous sommes indépendants de toute organisation. Nous avons été membre de l’Alliance de jeunes pour la démocratie et la justice.

L’Inter de Bamako : Que pensez-vous de Cheick Modibo Diarra ?

Ousmane Mohamed Touré : Cheick Modibo n’est qu’un restaurateur. Il parait que quand on arrive à la primature, on sent de loin l’odeur nauséabonde du Bureau exécutif central (BEC) de l’UDPM, des gens qui ne peuvent plus jamais faire autre chose que voler encore les maigres ressources des Maliens, des gens qui certainement ne savent même pas utiliser Word.

Je n’arrive pas à comprendre qu’un homme dit intelligent, au lieu de se défaire de ces gens là il s’embrigade par un système pourri et corrompu.
A cela, s’ajoutent des fautes élémentaires en politique, prendre comme conseillers de vieux chômeurs inertes. Alors qu’il y a beaucoup de jeunes chômeurs compétents et efficaces.

Réalisée par la rédaction

17 Septembre 2012