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Au regard des derniers soubresauts qui ont secoué l’arène politique, nous avons approché le président par intérim du Parti pour le développement économique et la solidarité, (PDES), Ousmane Bah. Au cours de notre interview, il a été question de l’état de santé du parti, des législatives à venir, son rapport avec le FDR et sa participation ou non à l’opposition.

Le Prétoire : Après la chute de votre mentor, ATT, et l’échec du FDR à la présidentielle, comment se porte le Pdes ?

Ousmane Bah : A priori, je vous rappelle qu’ATT était le mentor de beaucoup de partis qui se réclamaient de lui. Et la plupart des partis ont bénéficié de lui plus que le Pdes. Au sujet du FDR, je ne pense pas qu’il y a eu échec. Car l’objectif recherché était de créer ce front pour obtenir le retour à une vie constitutionnelle normale et de demander l’appui des amis pour libérer notre pays des envahisseurs. C’est objectifs ont été atteints. Je crois que le FDR a gagné.

En ce qui concerne la santé du parti, nous sommes la troisième force politique à l’Assemblée nationale. Malgré les derniers évènements, nous avons maintenu l’équilibre et demeurons sereins.

Quel rôle le groupe parlementaire du Pdes a-t-il joué à l’Assemblée en tant que troisième force ?

L’Assemblée a joué une diplomatie très forte dans la gestion de la crise que nous avons traversée. Là on a vu nos députés sur tous les théâtres parlementaires dans le monde pour mobiliser la communauté internationale autour du Mali. Nous avons joué un important rôle dans la réussite de la libération du pays.

Votre parti est membre du FDR qui ne semble pas véritablement chaud pour animer l’opposition après sa défaite à la dernière élection présidentielle. Le Pdes est-il prêt à assumer ce rôle seul ou avec d’autres ?

Nous sommes un parti qui est ouvert à toute alliance au compte des élections législatives, que ce soit du FDR ou de l’autre camp. Nous prendrons en compte les réalités locales pour ces échéances électorales. Quand on est allié à tout le monde, on n’est pas dans l’opposition.

Les législatives sont des élections de proximité, différentes de la présidentielle. On scelle des alliances pour avoir beaucoup de députés. Cependant, cela ne nous empêchera pas de critiquer les actions négatives du gouvernement. Une chose est sûre, à l’heure actuelle, le Mali n’a pas besoin d’une opposition stérile. Ce qui se passe chez nos voisins doit nous servir de leçon. Heureusement, nous avons la chance d’avoir un Président élu et accepté par tout le monde. Donc, nous ne poserons aucun acte pour freiner la bonne marche du pays. Mais s’il y a des choses qui ne vont pas dans l’intérêt du Mali, nous les dénoncerons.

Dans quel état d’esprit votre parti abordera les prochaines échéances électorales, d’autant qu’il est vrai que le Pdes a été traversé par le vent de la désunion lorsqu’il s’est agi de la marche à suivre lors de la présidentielle ?
Vous savez, il y a trois types d’hommes. Ceux qui sauvegardent leur honneur++, ceux qui ne sont intéressés que par le matériel, et ceux qui essaient de concilier les deux.

Par exemple, en 1968, avec la chute de Modibo Keïta, plusieurs cadres de l’Us-Rda se sont retrouvés à Taoudéni, quand il y a eu le coup d’Etat de 1991, l’Udpm a eu beaucoup de difficultés à se redresser. Avec le coup d’Etat de mars 2012, puisque tout le monde nous traite des héritiers d’ATT, même si les autres ont le plus grand héritage, on a vu tous nos cadres relevés de leurs fonctions sans tenir compte de leurs compétences. Mais c’est grâce à ces évènements que mon fils a recouvré sa liberté. C’est pour vous dire qu’on n’était pas dans le paradis au temps d’ATT.

Bien que nous ayons maintenu la cohésion même après l’élection présidentielle. Mais nous sommes confrontés à un problème. Rares sont les partis qui veulent des alliances avec nous. Car notre parti est victime d’une intoxication. On a tendance à mettre sur le dos du Pdes tout ce qui est négatif dans la gestion d’ATT.

Alors que tous ceux qui crient aujourd’hui ont pleinement participé à la gestion des 10 ans d’ATT. Ils ont bénéficié de lui plus que le Pdes. En son temps, nous avons dénoncé des choses chaque fois qu’il s’agissait de l’intérêt du Mali. Je suis le premier à dénoncer la démilitarisation du nord. Votre Directeur, Birama Fall, est témoin de cela quand il était au journal «Le Républicain », en 2008, j’ai affirmé que ce qui se passe au nord est anormal et que même les Etats-Unis ne pouvaient pas appliquer l’Accord d’Alger. Il ne faut pas que les gens volent la paternité de certaines choses.

Justement, vous annoncez que personne ne veut aller avec le Pdes aux législatives, et pourtant, vous êtes dans le FDR et vous avez respecté vos engagements par rapport à la stratégie élaborée. Est-ce à dire que vos amis du FDR sont en train de vous trahir au moment où vous-vous apprêtez à aborder les législatives ?

De toutes les façons c’est de bonne guerre, l’objectif principal d’une formation politique, c’est la conquête du pouvoir. Si on n’est pas aux affaires, on n’a pas d’affaires. Je constate que le peuple envisage de donner au Président élu les moyens d’appliquer sa politique. Après mes analyses, je ne serai pas candidat à Macina cette fois-ci. Mais ce qui me gêne, c’est la position des gens qui sont allés avec nous au premier tour de la présidentielle et qui ont changé de camp au deuxième tour.

Nous avons une éthique qui ne nous permettait pas cela. Toutefois, nous apporterons notre aide au pouvoir exécutif tout en attirant l’attention de l’Assemblée à jouer son rôle de contrôle de l’action
gouvernementale.

Nous savons que le FDR s’est beaucoup fragilisé pour être allé en rangs dispersés au second tour de la présidentielle, et par le retrait de certains de ses membres, notamment les Fare. Que reste-t-il donc de l’Alliance pour la démocratie et la République (ADR) à l’orée des élections législatives ?
C’est un peu tôt de dire ce qui reste de l’ADR, parce que vous dites ce que vous connaissez. Peut-être vous ne connaissez pas toutes les réalités. Car il y en a qui se réunissent. De toutes les façons, d’une manière générale, je ne pense pas que le FDR soit une force négative par rapport au pouvoir en place. Parce qu’en démocratie, il faut un contre-pouvoir pour qu’il y’ait un pouvoir.

N’est-ce pas un échec de l’ADR que des partis membres de cette alliance pactisent avec la mouvance présidentielle dans le cadre des législatives ?

Au point où nous sommes, le Mali a besoin de tous ses fils pour relever les défis qui nous attendent. Notamment la question de Kidal, Kati, la relance économique et le retour des partenaires. La résolution de ces différentes questions nécessite la participation de toutes les compétences. Si nous ne sommes pas tous unis autour de ces problématiques et qu’il y’ait quelqu’un qui aille dans le sens inverse, on risque de fragiliser les actions de l’exécutif. Mais s’il y a des dérapages, nous le rappellerons à l’ordre. Nous l’accompagnons pour la résolution de ces problèmes, à ce niveau, il n’y aura pas d’opposition.

A vous entendre parler, on a l’impression que vous êtes d’accord qu’on donne à IBK la majorité absolue à l’Assemblée. Ne pouvez-vous pas proposer un autre Mali pour avoir la majorité parlementaire afin que les choses avancent normalement pour ne pas retomber dans les mêmes travers de la gestion consensuelle ?

Avec la situation qui prévaut dans notre pays aujourd’hui, quel que soit le Président élu, il a besoin des moyens nécessaires pour appliquer sa politique de gouvernance. Je ne dis pas qu’il n’y aura pas d’opposition, il y en aura certainement. Mais connaissant notre peuple, je vous assure qu’il y aura une opposition faible. Car les gens regardent la direction du vent, ils vont lui donner une majorité confortable. Mais cela n’empêchera pas des critiques qui viendront d’ailleurs de partout.

Est-ce que vos propos ne vont pas en contradiction avec ceux de Soumaïla Cissé, votre allié qui a clairement affirmé qu’il ira dans l’opposition ?

Je ne suis pas en contradiction avec lui. Il est allé voir IBK tout en reconnaissant sa victoire. M. Cissé a aussi, lors d’une interview, souligné que le Mali n’est pas habitué à un tempérament d’opposition. Et qu’il entend animer une opposition constructive. Ceci ne va pas en contradiction avec ce que j’ai dit. Tout comme Soumaïla Cissé, nous allons dénoncer toute action négative du président de la République.

Interview réalisée par Oumar KONATE

Le Prétoire du 07 Octobre 2013


Le président par intérim du PDES, Ousmane Bah à propos de la sortie de crise : « Le pouvoir actuel n’a pas besoin d’opposition stérile mais des dénonciateurs »

Dans un entretien qu’il nous a accordé, le président par intérim du Parti pour le développement économique et la solidarité (PDES) non moins vice-président de l’Assemblée nationale et député de Macina revient sur les péripéties que son parti a traversé, la grande victime du coup d’Etat « , le pouvoir actuel, les préparatifs des prochaines élections législatives auxquelles il n’est pas candidat. Pour lui, le pouvoir du nouveau président IBK a besoin des moyens de son plein exercice. Il n’a pas besoin d’une opposition qui pourrait le fragiliser dans un Mali encore convalescent au plan sécuritaire et institutionnel, il a plutôt besoin d’acteurs politiques prêts à dénoncer toutes les dérives.

Pour Ousmane Bah, le Mali d’aujourd’hui doit faire en sorte que le président actuel ait les moyens d’exercer pleinement son autorité. Cela n’empêche pas que quand il y a des choses à dénoncer, on ne le fasse pas. Même au sein du camp du président de la République, les dénonciations se feront s’il y a lieu. « Tout ce qui porte atteinte aux intérêts du Mali sera vigoureusement combattu. Mais je crois qu’au Mali, les gens sont très opportunistes et tout le monde se rapproche du pouvoir. Si on doit parler d’opposition dans ces conditions, elle sera très faible.

Et ce que je crains, c’est qu’il y ait bientôt une race de laudateurs autour du chef de l’Etat, des gens qui vont lui donner de mauvais conseils et peut-être le monter contre certains… «

Parlant de la situation difficile que traverse le PDES, le 2ème vice-président du parti dira : » depuis le coup d’Etat, tous nos cadres ont été systématiquement relevés de leurs postes quelle que soit leur compétence. Est-ce que c’est comme cela que le pays doit être géré. C’est en cela que nous sommes les plus grandes victimes de ce coup d’Etat. Tout ce qui est mauvais est montré comme relevant de notre responsabilité. Or, toute la classe politique a participé à la gouvernance de ces vingt dernières années. Citez-moi un seul parti qui n’a pas collaboré avec le président ATT. Je crois que, comme quelqu’un le dit si bien, il faut savoir raison garder « .

Et le député de Macina de préciser qu’en ce qui le concerne personnellement, il a été élu en tant que député indépendant, même pas comme Mouvement citoyen. Et dans l’héritage d’AT, il n’y a pas que de mauvaises choses. D’autres partis politiques ont tiré profit du régime du président ATT que le PDES. C’est l’occasion de le dire.

Et Ousmane Bah de rappeler qu’en 2008 déjà dans une interview dans les colonnes de Le Républicain il dénonçait la gestion qui était faite du problème du Nord. Il avait même relevé que l’Accord d’Alger était difficile à appliquer. Ce qui lui avait valu des inimitiés dans certains milieux politiques… « Nous demeurons libres de nos opinions et à l’Assemblée nationale, nous l’avons suffisamment prouvé à travers les interpellations, les questions orales ou écrites, des huis clos avec les membres du gouvernement pour snous imprègner des problèmes de défense, et de sécurité, etc »

A propos des législatives, à venir, Ousmane Bah déclare qu’il n’est pas candidat. A 73 ans, compte tenu de la situation, il ne veut plus briguer un mandat de député mais au sein du parti ou au FDR, la latitude est laissée aux responsables politiques de nouer les alliances selon les réalités locales. « Les élections législatives sont une élection de proximité, il faut donc tenir compte de plusieurs facteurs « .

C’est pourquoi il est possible que le PDES fasse des listes avec tous les autres partis dont le RPM, sans considération des réalités de la présidentielle. « Nous n’avons rien à nous reprocher. Je dis souvent que quand on n’est pas aux affaires, on n’a pas d’affaires. Mais tout doit se faire pour conduire à l’apaisement du climat politique, à la réconciliation des cœurs et des esprits. Le Mali actuel a besoin de tous ses fils », souligne-t-il. Il a plaidé pour que chaque acteur évite le discours de la stigmatisation, de la diabolisation qui consiste à désigner certains dont le PDES comme des « pestiférés« . « Le coup d’Etat fait de nous des boucs émissaires, mais je dois personnellement dire que ce sont ces événements qui ont permis la libération de mon fils innocemment emprisonné… »

Au niveau du PDES, Ousmane Bah précise qu’il n’est devenu président du parti que « par défaut ». Il ne l’a pas demandé. Il n’avait d’ailleurs voulu qu’une présidence d’honneur, mais ses camarades ont refusé et ont fait de lui le 2ème vice-président. Avec le départ du président (le ministre Hamed Diané Séméga, avec les événements du 22 mars), le 1er vice-président ayant démissionné, il s’est retrouvé président intérimaire. Et d’ajouter qu’il est pressé de voir le président revenir pour reprendre la direction du parti. Il s’est toutefois félicité du fait que depuis le coup d’Etat, lui et ses collaborateurs ont pu tenir à bout de bras le parti grâce à leurs propres ressources financières parfois en bravant les menaces.

Bruno D SEGBEDJI

L’Indépendant du 0 7 Octobre 2013.