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L’escalade des affrontements militaires dans le Nord préoccupe plus d’un Malien. Le député Ousmane Ba, dans cette interview exclusive, crie son ras-le-bol d’une situation qui n’a que trop duré. Il dénonce l’inconséquence des rebelles, l’implication de certains pays voisins et l’inertie de la communauté touareg. Lisez plutôt.

Le Républicain : Depuis quelques jours, on assiste à une recrudescence de la crise du Nord. Pouvez-vous nous dire quels sont vos sentiments sur ce problème récurrent ?

Ousmane Bah : Je réagis à cette situation en tant que député élu à Macina et un citoyen qui se sent humilié par ce qui se passe dans le Nord de notre pays. Je ne parle pas en tant que vice-président de l’Assemblée ni en tant que membre du groupe des indépendants. Il se passe au Nord quelque chose d’inadmissible, de choquant, qui fragilise tous ceux qui sont des amis de la communauté touaregs et tous ceux qui sont épris de paix, notamment le président de la République, Amadou Toumani Touré qui est un homme de paix et qui est de cette communauté qui voudrait résoudre tous les problèmes par la paix. Je suis choqué, je me sens humilié comme tous les Maliens du reste.

Les rebelles veulent le retrait du dispositif militaire du Nord-est de Kidal, cela traduit-il une atteinte à l’intégrité territoriale ?

Cette prétention de Bahanga me paraît vraiment insultante. C’est inadmissible. Quelques mois seulement après la signature de l’Accord d’Alger, ils se sont mis à attaquer une armée nationale parce qu’elle a emprunté une piste nationale sur un territoire national. Qu’est-ce qui se passe exactement ? La réalité est que c’est une zone de non droit qu’on veut créer pour s’adonner au trafic de drogue, de cigarettes et à la prise d’otages. C’est vraiment malheureux qu’on puisse en rester-là. Je me demande dans quel but on peut empêcher une armée d’aller là ou elle veut dans son pays.

L’opération de ratissage de l’armée aurait mis le feu aux poudres ?

Ce qui est certain est qu’il est inadmissible que les rebelles puissent dicter à notre pays là où nos militaires doivent aller. Notre territoire national ne peut pas être négocié. Comme l’a dit le président de la République, pas une parcelle, pas un centimètre, un millimètre de notre terre ne sera cédé à qui que se soit. Il faut trouver la réponse à des questions : où ces hommes ont-ils été formés, et dans quel but ? Qui leur fournit les armes et dans quel but ?

Pensez-vous que la situation est de nature à fragiliser les institutions ?

On fragilise non seulement les institutions, mais aussi on donne l’impression que les populations du Nord sont une communauté qui est brimée et qui n’est pas prise en compte. Mais ce n’est pas exact. C’est une communauté qui est intégrée complètement. Si on prend la proportion de la population de cette communauté, elle est majoritaire à l’Assemblée nationale, au Conseil économique, social et culturel, au Haut Conseil des collectivités. Elle est majoritaire au gouvernement également. Mais aussi à la police, à la gendarmerie dans tous les grands services de l’assiette, comme la douane, le budget et dans tous les services et les structures décentralisées tous les grands projets depuis trois à quatre ans sont concentrés dans le Nord, y compris même la route de Kidal. Toutes les perspectives de développement sont dans cette zone. La recherche pétrolière est concentrée dans cette zone.

Notre histoire nous a enseigné qu’il n’y a jamais eu au Mali une communauté dominante. Chaque ethnie a eu son temps de pouvoir au Mali. Il ne peut pas y avoir une communauté qui est dominée et une dominante. On ne peut pas historiquement dire qu’une communauté a dominé les autres. C’est d’ailleurs ce qui fait la force de notre pays. Toutes ces communautés étant liées entre elles et chacune des communautés a eu son temps de pouvoir, nous avons développé ce qu’on n’a développé nulle part au monde, un esprit de cousinage qui fait que tout le monde s’entend. Ce qui fait qu’on n’a pas de développement de haine des uns vis-à-vis des autres. Le Mali est un pays harmonieux dans ce sens. Il faut éviter toute situation qui amène à créer la haine des uns vis-à-vis des autres. Donc, il faut s’impliquer davantage pour régler ce problème.

Bahanga échappe-t-il à tout contrôle aujourd’hui ? Parce qu’il y a eu une déclaration de la communauté touareg qui condamne les actes de rébellion.

Bahanga n’est pas tombé du ciel. Bahanga est sorti de leurs entrailles, il est sorti des entrailles de la communauté touareg. Il est touareg. Les déclarations d’intentions ne suffisent pas, les déclarations d’apaisement et de désolidarisation ne sont pas suffisantes. Nous les autres communautés, quand il y a des problèmes avec les peuls, les Salsalbés, nous y allons.
Quand il y a eu des problèmes avec la communauté Dogon, le ministre Kafougouna Koné nous a envoyé pour régler le problème. Quand il y a eu des problèmes entre Dogon et Dogon, on est allé régler. Entre Dogon et peulhs, on est allé régler.

Quand il y a problème avec Bahanga, et puis des problèmes qui se répètent, il ne suffit pas simplement de faire des déclarations d’intention. Il faut régler ce problème de façon définitive. Il faut s’impliquer un peu plus. On ne peut pas rester aux affaires et dire qu’on se désolidarise. Pendant ce temps, le type tue des gens. Il y a des orphelins partout. Il tue des innocents prend des militaires en otage. Et dans quel but ? Bahanga tout seul peut-il prendre des militaires maliens en otages ?


Est-ce qu’il est soutenu donc par des forces étrangères ?


Ceux qui pensent qu’ils ont les moyens de lui permettre autant d’arrogance, autant d’humiliation de notre peuple, autant de mépris, Dieu vous donne une petite parcelle de richesse, ce n’est qu’un petit don de Dieu. Ce n’est rien du tout. Cette parcelle de richesse ne peut pas vous permettre de tuer des innocents. Ce petit pétrole que les uns et les autres peuvent avoir ne peuvent servir à rien, si on pense qu’à cause de ça, on peut former des gens pour venir tuer notre peuple, on se trompe. Dieu qui a donné peut autant détruire ceux qui pensent qu’ils ont la richesse. Puisque sans cela un type comme Bahanga ne pourrait jamais rêver d’attaquer notre armée. On se connaît dans ce pays et l’histoire nous a appris qu’on a tous vécu ensemble et personne n’a jamais prétendu dominer les autres. Il faut que cela s’arrête maintenant. Il faut s’impliquer davantage à trouver une solution, sinon les conséquences seront incalculables.

Le retour cyclique de la crise du Nord pourrait finalement compromettre le développement de la nation entière ?

C’est évident. Quand on est obligé de stationner les troupes. C’est 300 millions par jour.

C’est beaucoup de frais, beaucoup d’argent, la recherche pétrolière va s’arrêter. Même sur le site Internet, les Américains ont signalé que le Mali n’est pas un pays sûr, on prend des otages, le Mali est devenu un pays de terroristes. Il y a une zone de non droit, ou on fait le trafic de drogue. On ne peut pas faire de développement. Le budget malien, au lieu d’être utilisé dans le développement, va être utilisé pour pouvoir défendre le territoire national.

Tous nos projets de développement sont bloqués. Les autres ont de l’argent et les soutiennent, qui les forme contre nous. Ils peuvent se permettre, ils ont de l’argent à jeter par la fenêtre, le prix du pétrole augmente.

On ne peut pas continuer à nous humilier, à nous tuer parce qu’ils ont les moyens.

Croyez-vous en la possibilité d’un règlement de ce problème du Nord par le dialogue ?

Le président Amadou Toumani Touré est un homme responsable. Il ne peut pas régler ce problème par un conflit armé. Si on prend l’option militaire, ce n’est pas contre Bahanga qu’on va se battre. On sait très bien que c’est ce que certains cherchent. Qu’ATT ouvre un front. S’il ouvre un front, ce n’est pas contre Bahanga qu’il va se battre. On sait que c’est contre d’autres. On veut l’amener à se battre contre des forces qui ne seront jamais des forces visibles. Mais qui en réalité vont venir nous mettre à feu et à sang, vont venir nous dominer, vont venir créer un grand Sahara pour d’autres fins. Ils vont venir nous créer toutes sortes de problèmes.

Puisque c’est des gens qui ne travaillent pas, des gens qui n’ont jamais pris la houe pour cultiver, des gens qui élèvent très peu, des gens qui ne vivent que de razzias. Ils ne peuvent pas faire autre chose. Je pense qu’il est important qu’on se mettent d’accord, qu’on vive ensemble en symbiose comme nous avons l’habitude de vivre dans nos communautés et qu’ils nous laissent vivre tranquillement. Nous, nous avons toujours vécu en bonne entente avec les Touaregs, avec les Arabes, entre nous peulhs, touareg, arabes, bambara, bozos, toutes les communautés ensemble. On a tous vécu ensemble en symbiose. Vraiment qu’on nous foute la paix.

Une organisation en rapport avec le grand Sahara se prépare pour entrer en scène au Nord. Qu’en pensez-vous ?

Qu’on nous foute la paix, nous pouvons trouver des solutions chez nous. On a vu que certains ont fait des cartes d’un grand Sahara où ils contournent bien la frontière algérienne, prennent une partie du Mali, une partie du Niger et ils élargissent leur chose. C’est pour cela que des otages sont allés jusqu’au Tchad. Cela veut dire que réellement ces gens nous méprisent. Ils croient que nous sommes à leur disposition, qu’ils peuvent faire de nous ce qu’ils veulent parce que Dieu leur a confié un petit pouvoir, un petit moyen avec l’argent et ils sont devenus arrogants, insolents et déversent leur mépris sur nous. Qu’ils sachent que Dieu n’aime pas le mépris, la haine. Personne ne parle de ceux qui sont morts. On fait la paix, on n’en parle même pas. On amène notre président à voyager en Algérie, pour accueillir les otages, à Gao, à Tombouctou, à Kidal. Vraiment c’est malheureux. Il fait tout pour pouvoir ramener la paix, mais ils font tout pour nous humilier.

Propos recueillis par Boukary Daou

27 mars 2008.