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Les travaux de la deuxième session ordinaire de la Cour d’Assises poursuivent dans la salle Lamissa Bengali. Pour la journée du mercredi 23 avril 2008.

Kadidia T., fille de Mâni K., assassinée par sa coépouse, le 22 septembre 2005, a estimé que la peine de 10 ans de réclusion infligée à Oumou Traoré est insuffisante. Elle a demandé à la Cour d’augmenter cette peine, mais n’a pas été entendue.

une-5.jpgAccusée pour avoir volontairement donné la mort à sa coépouse, le 22 septembre 2005, dans le village de Tingolé, sur l’axe Bamako-Ségou, Oumou T. répondait de son acte, ce mercredi 23 avril 2008, devant les magistrats. Son mari, cité comme complice dans cet assassinat, comparaissait également à la barre.

Aux dires d’Oumou, tout est parti du fait que sa victime et coépouse était venue garer sa charrette devant sa porte à elle! Oumou l’aurait déplacée, ce qui n’a pas plu à sa coépouse. Une dispute s’en est alors suivie.

Durant tout le temps que les deux dames s’insultaient, leur mari commun, Sékou T., était couché dans sa chambre. Il n’a pas levé le pouce pour les séparer. Dans le feu de la dispute, Oumou, qui en est à son cinquième mariage, rentra dans la cuisine et se munit d’un couteau très tranchant, qu’elle cacha sous son pagne. Puis elle fonça sur sa coépouse qu’elle frappa mortellement au coeur.

Oumou dira plus tard qu’elle avait seulement l’intention de déchirer la bouche injurieuse de sa coépouse et que, involontairement, le couteau l’a atteinte à la poitrine…

Elle a soutenu n’avoir pas voulu tuer Mâni, alors que les témoignages de Konaté, de Kéïta et surtout de la fille de la victime font ressortir qu’Oumou disait tout le temps que si Mâni ne voulait pas la savoir épouse de Sékou, elle la tuerait et garderait le mari !

Ces mots, selon Konaté, auraient été utilisés aussi par le père d’Oumou, qui aurait dit à Mâni que si elle ne laissait pas sa fille en paix, sa vie en dépendrait. Celui-ci n’avait pourtant pas été inquiété après ses menaces de mort proférées à l’encontre de la pauvre Mâni, mère de huit enfants, tous de Sékou. Au passage, il s’avère qu’Oumou n’a eu aucun enfant avec Sékou.

Contrairement aux propos tenus plus tard par l’assassin et son complice de mari, Kadidia a ajouté que la veille, avant que sa mère ne soit mortellement poignardée par Oumou, elle avait fait l’objet de maltraitance de la part de son père. Qui plus est, menaçait à tout bout de champ de divorcer la malheureuse Mâni au profit d’Oumou, ne se souciant pas des huit enfants qu’elle lui avait donnés.

Dans les propos des témoins, il ressort qu’avant que Sékou ne prenne Oumou pour femme, ils avaient d’abord été pris en flagrant délit d’adultère en brousse et que, pour laver cette honte, il a pris son courage à deux mains pour célébrer le mariage.

Oumou, qui rigolait à la barre, a été rappelée à l’ordre par le Président de séance, Mohamadou Bakayoko.

Après établissement de la culpabilité de la femme, accusée d’avoir volontairement donné la mort à sa coépouse le 22 septembre 2005 à Tingolé, et emprisonné depuis le 30 septembre de la même année, la Cour a requis contre elle une peine de dix ans de réclusion.

Sékou, l’époux ingrat, coupable de complicité, a écopé de cinq ans de prison ferme.

La Cour, ayant à nouveau appelé à la barre la fille de la défunte, a refusé de prendre en considération le souhait de cette dernière de la voir réviser à la hausse la peine infligée à Oumou. Kadidia avait estimé que les dix ans de réclusion étaient peu de chose comparée à l’assassinat de sa mère.

Elle s’est retirée en disant que personne ne peut ramener sa mère à la vie, et qu’elle s’en remettait à Dieu.

Zhao Ahmed BAMBA

Envoyé spécial

25 Avril 2008