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Sa frêle silhouette cache une farouche détermination à défendre sa patrie et ses convictions. Ce n’est donc pas par hasard que l’hebdomadaire Jeune Afrique a classé Mme Oumou Sall, c’est d’elle qu’il s’agit évidemment, parmi les « dix personnalités africaines à suivre » dans les années à venir. Par sa foi inébranlable en la République, en la démocratie et surtout en l’unité nationale comme socle du développement, elle a contribué à tenir en échec les sombres desseins du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) et des islamistes. Zoom sur une Amazone aux allures de fennec du désert.

Ne vous fiez pas à sa fine taille de reine de beauté dans la splendeur de l’âge ! Son apparence timide et réservée cache un tempérament de feu, un courage de lionne et une volonté de fer, surtout lorsqu’il s’agit de défendre l’unité et l’intégrité territoriale de sa patrie. Sur ce plan, elle ne fait point de cadeaux à ses adversaires.

On comprend alors aisément que Mme Oumou Sall Seck, c’est d’elle qu’il s’agit, soit devenue la « bête noire » du MNLA puis des forces obscurantistes opportunément rassemblées sous la bannière de l’islam. Par sa détermination et sa connaissance du septentrion malien, elle a fait bouger les lignes de la diplomatie en mettant à nu les vraies motivations de ceux qui revendiquaient l’indépendance d’une région qui n’a existé que dans leur imagination de trafiquants d’armes et de drogues…

Les observateurs reconnaissent que le passage au Parlement européen en mai 2012, en compagnie du député Assarid Ag Imbarkawane, a fait basculer l’opinion internationale en faveur du Mali contre les lobbies qui soutenaient le MNLA en faisant passer ses leaders pour des gens persécutés.

La quarantaine assumée avec bonheur et élégance, « Madame le Maire » de Goundam (région de Tombouctou, 800 km au nord de Bamako) depuis 2004 a dû quitter sa ville le 13 avril 2012 sous la pression de ses administrés qui craignaient pour sa vie. En effet, le lendemain à l’aube, la ville était tombée aux mains des rebelles du MNLA, puis des islamistes touaregs d’Ançar Eddine.

« J’ai quitté Goundam mi-avril. J’ai assisté à la destruction de tous nos biens : écoles, archives, santé… La population est traumatisée, des enfants sont abandonnés, ils ne vont plus à l’école. Les islamistes ne supportent pas qu’une femme gouverne dans leur charia et donc, je suis leur ennemie, c’est sûr… », avait-elle alors dénoncé dans l’un des nombreux entretiens accordés à la presse internationale.

« Ils ont tout cassé, tout pillé. Il n’y a plus ni état civil, ni écoles, ni centres de santé… Et ils se sont installés dans notre centre multifonctionnel », avait dénoncé celle qui symbolise à souhait le brassage ethnique au Mali, car fille d’un Peul et d’une Ifoghas et s’exprimant aisément en sonrhaï.

L’occupation du centre multifonctionnel était un crime d’autant plus que l’élue clairvoyante était parvenue à en faire une vitrine du développement local, c’est-à-dire « un lieu où les anciennes exciseuses, reconverties en commerçantes, fabriquaient savons, fromages et aliments pour bétail, et où les jeunes femmes pouvaient apprendre à lire ».

Une communication bien maîtrisée

« Nos efforts de développement ont été détruits », dénonçait-elle dans une tribune publiée dans le « New York Times » en décembre 2012. Mais, il fallait plus pour désarmer et abattre Oumou Sall qui s’est alors engagée sur le terrain diplomatique pour faire échouer la campagne de désinformation engagée par les rebelles touaregs et des parrains européens.

Pour tenir en échec les sombres desseins du MNLA et des jihadistes, l’élégante amazone a multiplié les tournées dans la sous-région, en Europe et dans le monde afin d’attirer l’attention de la communauté internationale sur la situation des femmes et de leurs filles, « violées et battues par les occupants de sa ville ».

Comme l’écrivait si pertinemment un confrère ébloui par sa combativité, « elle n’a ni les moyens de financer les milices, encore moins d’acheter des armes pour combattre les forces d’occupation, mais elle a son énergie, son courage pour attirer l’attention du monde entier sur le drame que vivent les populations martyres de Goundam, Tombouctou, Diré, Tessalit, Gao, Bourem, Ansongo, Ménaka… ». Dans ce combat, elle comprend vite que les médias sont ses meilleurs alliés. Ceux-ci sont aussi séduits par son franc-parler, la cohérence de ses arguments et la justesse de ses propos.

C’est donc naturellement France 24, Arte, TV5, ORTM, France culture, Jeune Afrique, New York Times, RFI… se l’arrachent. « Sauvez le Mali avant qu’il ne soit trop tard ! » Tel était par exemple le titre de la tribune parue dans le New York Times du 28 décembre 2012 et signée de la première femme élue maire au nord-Mali.

Consciente de l’urgence d’une intervention militaire, Oumou Sall a farouchement milité en faveur d’une intervention militaire rapide pour soulager les populations du septentrion malien. « Sinon, ce sont les milices qui vont s’en mêler. Et ce sera la guerre civile », se défendait-elle. Belle plume engagée, elle a profité de toutes les opportunités pour défendre son pays et ses convictions.

Un engagement au péril de sa vie

« Nous n’avons pas le choix. Nous devons faire la guerre pour reconquérir notre territoire. Par ailleurs, il faudrait aussi que l’on ne fasse pas d’amalgame, tous les Touaregs ne sont pas des rebelles, mais nous serons impitoyables avec ceux qui nous provoquent et nous blessent. Tous les Maliens sont témoins de ce qui a été fait en 91, il est grand temps que le Mali prenne ses responsabilités », avait-t-elle plaidé pour convaincre les Nations unies de la nécessité d’une intervention rapide au Mali.

Le mérite de cette infatigable combattante, c’est s’être oubliée pour la liberté de ses administrés et l’unité de son pays. Sans haine ni esprit de vengeance, elle s’est donc faite l’avocate d’une cause noble, l’ardente porte-parole de cette population décimée, mutilée dans sa chair et ses espérances.

Ceux qui la connaissent disent que « son éducation, ses convictions et son sens élevé de l’être humain ne sont sans doute pas étrangers à la détermination qu’elle affiche à prendre le parti des opprimés ». Pour ce confrère qui l’a côtoie régulièrement, « une impérieuse nécessité l’invite en permanence à secourir, à atténuer les souffrances des populations. Ce qui explique son attachement inébranlable aux valeurs de solidarité et de justice ».

En croisant le fer avec des trafiquants et des terroristes, Mme Seck est consciente qu’elle prend des risques énormes. Mais, évidemment pour elle, aucun sacrifice n’est de trop pour défendre ses convictions et sa patrie.

« Mon souhait le plus cher est qu’on chasse ces terroristes, ces islamistes du Nord du Mali, le plus rapidement possible. Et que l’armée puisse s’installer. Aussi, il faut militariser cette zone parce qu’elle a été pendant longtemps démilitarisée. C’est ce qui nous a mis dans tout cela. Il faut également que le gouvernement malien, rapidement, organise des élections crédibles et transparentes pour reconstruire le tissu social parce que le plus grave aujourd’hui, c’est la cohabitation. Ça sera difficile la cohabitation », avait-t-elle répondu à un confrère d’une radio internationale qui lui demandait d’exprimer un vœu pour le nouvel an.

Porteuse de l’espoir d’une classe politique responsable

Créditée d’un tour de force en se faisant élire et réélire maire dans cette région très conservatrice du Nord-Mali, Oumou Sall Seck avait l’ambition de faire de sa commune de 15 000 habitants une référence mondiale en matière d’éducation, de santé, de développement économique.

Un rêve qui était en voie de réalisation avec la réalisation d’un centre de santé, d’une classe d’alphabétisation, un institut de formation pour les femmes, l’installation de l’éclairage public dans la ville… Des acquis anéantis par des rebelles puis des islamistes d’Ançar Eddine et du Mujao.

Aujourd’hui, l’espoir est permis. « Même si nous retrouvons ce territoire, tout est à refaire », prévient Oumou Sall Seck consciente de l’ampleur des défis à relever après la reconquête. Mais, les populations de Goundam ont au moins la chance de pouvoir miser sur un leader éclairé, dynamique qui recule devant aucun sacrifice pour qu’elles soient heureuses.

Humble et réservée, Mme Seck a été obligée de sortir de l’ombre de sa municipalité par la crise malienne. Elle est aujourd’hui un membre du Collectif des élus du Nord dont la célébrité est aujourd’hui incontestable. Et parce qu’elle a pris ses responsabilités et elle s’est assumée comme une femme de caractère, un leader conscient du poids de ses responsabilités politiques.

Et, aujourd’hui, elle est fort justement une figure politique incontournable du Mali de demain ! Elle sera sans doute une figure emblématique de la nouvelle classe politique dont l’émergence est attendue pour révolutionner la gouvernance et véritablement impulser le développement du pays !

Dan Fodio

Les Echos du 25 Février 2013