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En déplacement à Cotonou pour le compte des Forces Patriotiques de Résistance (FPR), dont il est le chargé des Relations Internationales, notre compatriote Oumarou Arboncana Maiga, Assistant (RPM) en charge des Questions Politiques, de Paix et de Sécurité au Parlement de la CEDEAO, s’est prêté à une interview. Principal sujet: la situation actuelle au Nord de notre pays.

Mr Dicko, pouvez-vous nous présenter les FPR?

Les FPR sont un regroupement de mouvements politico-militaires, couramment appelés d’autodéfense, créés pour libérer les régions occupées du Mali, notamment Gao, Tombouctou et une partie de Mopti, dont sont originaires les cadres fondateurs appartenant aux communautés Songhaï et Peulh. Nous sommes en rapport étroit avec le courant Touareg anti-séparatiste, incarné par le Col El Hadj Gamou, actuellement à Niamey, mais aussi avec l’Alliance Démocratique, fondée en Mauritanie par les cadres Arabes, avec lesquels nous partageons la même vision, à savoir éradiquer le séparatisme et l’intégrisme. Nous espérons aboutir au rassemblement de toutes ces forces au sein du FULIMA, le Front Uni pour la Libération du Mali.

Et l’armée dans tout cela? Vous parlez comme si le Mali n’avait pas d’armée?

Les FPR se sont créées suite au triple constant suivant: la gravité de la situation dans les régions occupées, où sévissent exactions de toutes sortes, mais aussi privations humaines (plus de nourriture, plus de services de santé, plus d’éducation). C’est le lot quotidien des populations, croupissant sous la terreur des fanatiques après celle du MNLA; l’inertie de l’Etat qui, depuis le 22 mars, date du coup d’Etat, est empêtré dans une crise politique et institutionnelle inédite, qui détourne de l’essentiel, à savoir la récupération des 2/3 du pays; enfin, le plus grave est l’absence de perspectives optimistes quant à une réelle volonté de consacrer toute l’énergie et les moyens à la reconquête des territoires occupés. Nous venons de sortir des querelles de partage de portefeuilles ministériels et nous ne savons pas si c’est la fin des hésitations ou le début d’autres péripéties. Face à ces constats amers et malheureux, ceux qui ne peuvent pas attendre, qui vivent quotidiennement dans leur chair et leur âme ce qui se passe au Nord, ont décidé de se mobiliser et d’aller au sacrifice ultime. D’où la création de des FPR, le 21 juillet dernier. Les FPR, c’est l’expression de la résistance et du combat de libération des populations des régions occupées.

Pouvez-vous nous dire quels sont les buts précis et les moyens dont disposent les FPR?

Les buts, c’est mobiliser et organiser les populations pour assurer leur autodéfense, assurer la résistance et préparer la libération. Les FPR ont des cellules dans toutes les contrées des régions occupées et ce sont elles qui mobilisent. Les manifestations à mains nues prouvent le courage et la détermination des populations, mais aussi leur refus de toute forme d’embrigadement. Les moyens, c’est d’abord et avant tout la détermination, l’esprit de sacrifice, la conviction qu’il n’y a pas d’autre alternative que de se battre, se battre et toujours se battre, jusqu’à la libération. C’est cette détermination qui a permis de mobiliser plus de 4000 volontaires, actuellement répartis dans les différentes bases d’entrainement.
Les moyens, c’est aussi le soutien certain et légitime de tous les Maliens, de toute la diaspora et de tous les peuples issus et alliés du Songhaï et du Macina. Comme nous sommes au Bénin, l’un des plus forts soutiens attendus par les FPR est la mobilisation du Dendi, sa prise de conscience que Gao et Tombouctou sont la terre de leurs aïeuls et qu’ils sont autant concernés que les Maliens. Si le Dendi se mobilise, tout le Bénin se mobilisera. Si les pays Djerma se mobilisent, tout le Niger le sera, si les pays Peuls prennent conscience, le Nigéria sera debout, le Cameroun aussi, etc.
L’Histoire du Mali est celle de toute l’Afrique. Le Nord du Mali ne peut pas être laissé à la merci d’aventuriers. Nous plaçons notre combat dans le cadre d’une obligation morale et historique, d’une lutte de survie que nous mènerons sans compter ni le sacrifice, ni la durée, car nous préférons mourir sur le champ d’honneur plutôt que de devenir comme les Roms en Europe.

Pouvez-vous nous dire deux mots sur l’origine de cette crise, qui préoccupe tant la région CEDEAO que l’Afrique?

La crise remonte à la veille de l’indépendance du Mali, quand la France coloniale voulait créer un Etat séparé dédié aux Touaregs, l’OCRS (Organisation des Communautés des Régions du Sahara). Ce vieux projet, à connotation raciale (préférence marquée des Français pour les Touaregs) et d’inspiration géopolitique et aussi économique (contrôle du Sahara et convoitise de ses richesses), n’a jamais quitté l’esprit de certains milieux français, qui n’ont cessé de manipuler des groupuscules de cadres Touareg à ces fins. D’où la rébellion de 1960 au Mali et plus tard au Niger. Le projet a échoué grâce à l’action énergique du parti de l’Indépendance du Mali, l’US-RDA, mais aussi au refus catégorique de certains chefs de tribus Touaregs et Arabes, qui ont clairement opté pour le Mali.

Ce qui est intéressant, c’est que, de 1990 à 2012, on a assisté à un cycle crise – accord – violation – crise, jusqu’à la date fatale du 6 avril 2012, quand les aventuriers du MNLA ont profité de la désorganisation du Commandement militaire consécutive au coup d’Etat pour proclamer l’Etat fiction dit Azawad, représentant les 2/3 du territoire national.
Cette étape a matérialisé le but, tantôt avoué, tantôt camouflé, de toutes les rébellions précédentes, à savoir diviser le pays. Jusque-là, ils se sont servis des insuffisances des actions de développement pour prétendre agir au nom des populations du Nord, abandonnées. Ils ont fini par montrer leur vrai visage, à savoir assouvir leurs desseins séparatistes. Ce qui est malheureusement impossible, car nulle part au monde on n’a vu une minorité d’à peine 11% régner sur l’écrasante majorité. Même par la force, cela est historiquement impossible et ne peut être que circonstanciel. Les régions Nord et du Centre du Mali sont à 89 % peuplées de Sonrais, de Peuls, d’Arabes, de Bozos, de Dogons et de Bellas. Même tous les Touaregs réunis resteront strictement minoritaires. A fortiori quand seul peut-être à peine 1% des Touaregs est séparatiste.

Par ailleurs, l’histoire de la région montre que leurs ancêtres n’ont nullement dominé ceux des autres communautés et qu’au contraire, c’est le Songhaï et le Macina qui ont marqué les plus glorieuses pages de l’histoire de Gao, Tombouctou et Mopti.

Je précise que les FPR ne font pas et ne feront jamais l’apologie du tribalisme ou du racisme. Les Touareg sont un grand peuple de résistants, des frères et sœurs avec qui, des siècles durant, nous cohabitions. Nous avons des amis, des oncles et tantes parmi eux, des cadres patriotes. Mais les vérités historiques doivent être dites, comprises et acceptées pour bâtir une paix durable. Jusque-là, on ne peut qu’observer que toutes ces rébellions sont fondamentalement Touareg. Ceux-ci ne peuvent prétendre, ni par rapport au nombre, ni par leur histoire, prendre en otage le Nord du Mali. L’Azawad est une fiction, à la fois aux plans sociologique et historique. Ce fut un projet bancal, sans avenir. La fuite honteuse du MNLA doit convaincre les soutiens des «hommes bleus» que ces terres sont et resteront avant tout des terres nègres.

Comment expliquez-vous alors qu’ils aient, je parle bien entendu des rebelles, eu tant de succès? 2/3 du pays, c’est quand même beaucoup!

Effectivement c’est inédit. Sous la bannière du MNLA et les acclamations à peine voilées de certains milieux occidentaux, 2/3 du Mali furent occupés en trois jours et, depuis, rien ne bouge. Plusieurs facteurs expliquent cela. Tout d’abord l’absence de politique réelle de défense nationale, impliquant une stratégie et des actions précises de sécurisation du pays, depuis 1968, date du coup d’Etat militaire de Moussa Traoré. Cela se manifeste à travers la qualité de l’armée et de ses équipements. Le plus grave est que, sous prétexte de l’immensité des frontières, aucun Gouvernement ne s’est fixé comme priorité d’accomplir sa part dans la réalisation de l’impératif de contrôle effectif de celles-ci. Même si ce sont des haies vives qu’il fallait fabriquer, en 52 ans d’indépendance on aurait pu réduire notablement l’anarchie aux frontières sensibles du Mali, à savoir avec le Niger, l’Algérie et la Mauritanie.

Pire, depuis 1990, chaque accord passé avec la rébellion comporte des clauses de désengagement de l’armée, au profit de corps dits de sécurité intérieure composés en majorité d’anciens rebelles ou de leurs complices. Des garnisons entières ont été démantelées, laissant le champ libre aux bandits. Au même moment, des milliers d’anciens rebelles sont intégrés dans l’armée, promus et nommés à de hauts postes sensibles, où se décident les stratégies de défense, y compris les chancelleries les plus importantes.

Mais, comme vous le savez, malgré tout, le Mali a pu tenir tant bien que mal, cité en exemple en matière de règlement de crise interne. C’était sans compter avec les ambitions réelles des groupes d’aventuriers et de leurs complices, qui ont profité de la crise en Libye pour se procurer des armes, des hommes et des matériels de guerre des plus sophistiqués, certains enlevés des stocks du Président Kadaffi et d’autres des armes et munitions larguées par l’OTAN.

L’opportunité fatale fut le coup d’Etat du 22 mars, perpétré par une Junte dont le patriotisme, clamé ça et là, est plus que douteux. Elle prend le pouvoir sous prétexte de ne pas avoir de quoi mener la guerre et, depuis, mène la guerre contre elle-même, si ce n’est contre les populations. Ce n’est pas le lieu de s’étendre sur cet épisode malheureux de notre histoire. Mais, un jour, l’histoire nous dira comment, en 3 jours de règne de la Junte, le pays perd ses 2/3 et pourquoi, depuis, plus rien.

Quels sont, selon vous, les enjeux de cette crise?

Au plan national, cette partition du pays met à l’épreuve la conscience des Maliens, en tant qu’héritiers du Mali pré et post colonial, le Mali que leur ont légué Sonni Ali Ber et Askia Mohamed, Soundiata Kéita, Sékou Amadou et El Hadj Oumar. Le Mali pour qui tant de sacrifices furent consentis par les héros de l’indépendance, Mamadou Konaté, Modibo Kéita et leurs compagnons, qui ont su admirablement déjouer le complot colonial de partition du Mali.

Concrètement, sommes-nous, la génération actuelle de Maliens, prêts à consentir notre part de sacrifices pour le Mali? Ou allons-nous courber l’échine, au risque de perdre la face aux yeux du monde et de répondre devant le tribunal de l’Histoire, de rendre nos postérités moins fières de nous que nous le sommes de nos aïeuls? Si nous optons pour l’abdication, nous devons nous attendre à un effondrement plus que probable de tout l’édifice national. Le Nord sera livré à une guerre tribale inéluctable, car la majorité des Peulhs et de Songhaïs n’acceptera jamais d’être «colonisée» par une minorité d’aventuriers, de séparatistes ou d’intégristes religieux. Si la partition est effective, le reste du Mali va se désagréger, car il ne faut pas oublier qu’à la veille des Indépendances, il y avait des partis tribaux, comme le Parti Dogon, et régionalistes, comme celui de Ségou. Les Maliens avisés savent de quoi je parle. Il ne faut donc surtout pas ouvrir la boite de Pandore.

Ce risque de contagion est valable pour toute la région, quand on sait que les coups d’Etat ont été inspirés les uns par les autres, comme les Conférences nationales qui ont ouvert l’ère démocratique. La crise du Mali doit être prise beaucoup plus au sérieux qu’elle ne l’est.

Pour les Etats voisins, comme le Niger et le Burkina Faso, point d’illusion. Leur stabilité et leur unité dépendront de la résolution rapide et adéquate de la crise au Mali. L’Occident doit à cet égard cesser de distraire les gens. Sa mission anti-terroriste en séjour au Niger n’est pas une solution. Pas plus que des milliers d’hommes en Afghanistan et en Somalie n’ont pu assurer la stabilité des régimes de ces pays.
La seule solution est de considérer que la crise malienne est une affaire de toute la région et qu’il appartient à celle-ci de trouver la solution durable. Les autres doivent appuyer les initiatives de la région et de l’UA, elles-mêmes devant privilégier l’appui aux Etats directement concernés, particulièrement le Niger.

Pour les autres Etats, il faut avoir présent à l’esprit que la menace du fanatisme est égale pour tous. Les taux de chômage et de pauvreté sont les terreaux du recrutement. Chaque Etat contient donc les germes de son instabilité. A Gao, Tombouctou et Kidal, le dollar circule et le recrutement de jeunes désœuvrés va bon train. Dans quel pays de telles offres pourront être refusées?

Quelles perspectives pour la résolution de la crise, ou, plus précisément, la libération des régions occupées? On vient de composer un Gouvernement dit d’Union Nationale, prévu dans l’accord-cadre de Ouagadougou. Pensez-vous que cela constituera un facteur d’accélération de la reconquête?

C’est très relatif. C’est moins la mise en place d’un Gouvernement d’Union Nationale, moins sa composition, et moins la compétence de ses membres, que l’engagement réel affiché qui comptera. Le nouveau Gouvernement est-il suffisamment motivé, fera-t-il de la libération des régions occupées sa priorité, va-t-il éprouver une certaine gêne, voire un sentiment de honte, à ne gérer que 1/3 du pays? La réponse à ces questions déterminera les perspectives. Cela dépend principalement du Premier ministre, qui n’est pas nouveau. C’est un homme dont la nomination a suscité plein d’espoirs, compte tenu de son parcours. Le seul atout est qu’on espère que cela mettra fin aux prétextes, aussi bien de la Junte que du Gouvernement. Il faut donc attendre et voir avant de se réjouir, pour éviter de nouvelles déceptions. Aux FPR, nous préférons compter sur nous mêmes, sur la résistance armée des populations que nous incarnons.

Et l’Armée dans tout cela ?

L’armée réclame à cor et à cri les moyens logistiques de la CEDEAO. Le plus inquiétant est qu’elle semble en faire un préalable, alors que, pour nous, les armes se livreront au front, pas nécessairement à Kati. Il faut être au combat avant de réclamer de l’aide. En matière de guerre, on ne saurait disposer de suffisamment d’armes pour garantir une victoire. La victoire, c’est avant tout la détermination à gagner. Une armée qui attend d’avoir suffisamment d’équipements avant d’aller en guerre peut difficilement inspirer confiance. Ceux qui assistent ont le droit légitime de s’assurer que les moyens logistiques ne seront pas détournés à d’autres fins.

Et là, la seule garantie, ou du moins la garantie minimum, c’est l’engagement dans la lutte. L’Histoire regorge d’exemples où la détermination a vaincu la supériorité militaire, en termes d’hommes et d’équipements. Le Vietnam et Diên Biên Phu en sont .
Pour nous, le facteur principal reste la conscience profonde que notre armée a à assumer sa mission sacrée, celle qui justifie son existence et qui conditionne sa crédibilité aux yeux des Maliens et du monde: recouvrer l’intégrité du territoire, à tout prix et sans délai. On peut justifier la perte d’une bataille, mais on ne saurait justifier le fait de ne pas livrer bataille à des occupants dont beaucoup sont des étrangers.
L’armée malienne semble réclamer des moyens logistiques à la CEDEAO tout en refusant la présence de forces étrangères…

Encore une fois, la CEDEAO est dans ses droits. C’est nous, les Maliens, et le Mali qui devons nous remettre en cause. Il y a eu un coup d’Etat et, depuis, plus rien. Comme pour parachever le ridicule, le chef d’Etat, qui est avant tout le Président de l’Institution représentative du peuple, est agressé. Nous devons éprouver plutôt une gêne pour avoir ainsi offert un tel spectacle au monde!

Le nouveau Gouvernement doit en tirer les leçons, pour ne pas lasser les amis sincères du Mali, qui se battent nuit et jour, au sein de la CEDEAO et de l’UA, en faveur de la libération des régions occupées. Leur soutien dépendra de la crédibilité du Gouvernement et de l’armée. Certains faits récents ne peuvent pas laisser indifférent: la guerre Bérets Rouges contre Bérets Verts, les arrestations et tortures d’hommes politiques et de citoyens. Tout cela reste dans les mémoires. Soyons réalistes et honnêtes en toutes circonstances. Autant le Mali trouve légitime de refuser une force étrangère, autant les autres ont le droit de s’assurer que leurs appuis logistiques seront utilisés contre les occupants, les séparatistes et les fanatiques, pas contre eux ou contre d’autres Maliens.

Le Gouvernement et l’armée doivent s’assumer, sans conditions ni préalables. C’est avant tout une affaire nationale avant d’être régionale. Il faut mobiliser le peuple, s’appuyer sur les populations qui résistent, crédibiliser les organisations d’autodéfense et les appuyer conséquemment, pour accroître la capacité opérationnelle de l’armée. Les amis et partenaires interviendront.

Revenons un peu à la situation dans les régions occupées. Comment les populations vivent-elles?

Tout le monde le sait, depuis que le MNLA a créé les conditions en proclamant son Etat fiction, les populations vivent la terreur quotidienne. L’oppression, les brimades, les révoltes et la répression font le cycle journalier. Aujourd’hui, la partie visible, ce sont les actes ignobles des mouvements intégristes, des fanatiques. Pas besoin de les décrire, c’est tout simplement horrible. Le Mali a connu la Dina sous Sékou Amadou du Macina. Nul ne peut nous convaincre que les actes commis se justifient.

Face à tout cela, que faites-vous?

Ce que peu de gens hors du Mali savent est que les mouvements d’autodéfense Ganda Koy et Ganda Izo, qui constituent des composantes essentielles des FPR, ont pris une part importante dans la défense nationale avant l’invasion des régions Nord. Ce sont ces groupes qui assuraient la sécurité de l’axe Ansongo, à moins de 100 km de Gao, Labezanga, à la frontière avec le Niger. Cela durant au moins 3 mois avant l’occupation. C’est au cours d’un combat contre le MNLA que le Commandant Diallo de Ganda Izo, alors en expédition, a été tué.
A la suite de l’invasion consécutive au retrait de l’armée, les rapports de force ne permettaient plus de conserver la même stratégie. Nos cellules travaillent dans les parties occupées, l’action militaire se prépare en zone libre. D’autres dispositifs sont prévus et seront exploités dès que les circonstances s’y prêteront.

Mais, là où l’armée a échoué, comment allez-vous réussir? N’est-ce pas trop prétentieux?

D’abord, l’armée, en tant qu’institution, n’a pas échoué. C’est le politique et le commandement qui sont en cause, comptables de la situation. Nous sommes bien placés pour attester que cette armée recèle un potentiel insoupçonné, qui peut relever valablement le défi. Nous n’en dirons pas plus à cette étape. Aux FPR nous sommes sûrs de la victoire. Car notre terre est nôtre depuis des siècles. Même les Juifs ont fini par récupérer une partie de ce qu’ils considèrent comme leur, encore que cela reste contestable et contesté.

Nous sommes Songhaïs, Peulhs et Arabes mais aussi Touaregs. Sans un Mali uni, nous ne serions ni de Ségou, ni de Sikasso. Alors, nous sommes condamnés à reconquérir notre terre, même au prix de générations de sacrifices, c’est une question de survie humaine. Nous n’avons nulle part d’autre et ne souhaitons pas devenir des Roms. D’autant que nos ancêtres n’ont jamais été esclaves de ceux des autres. Au contraire, ce sont eux qui ont fondé les empires rayonnants qui ont généreusement abrités les ancêtres des autres. Ce sont eux qui ont appliqué les premiers la vraie Charia, à travers la Dina, celle qui protège la dignité humaine, qui rassemble et unit. Nous n’avons donc de complexes ni envers les séparatistes du MNLA, ni envers les fanatiques d’ Ancardine ou du MUJAO.

Concrètement, qu’entendez-vous faire?

Le défi numéro 1 des FPR est de faire établir définitivement cette vérité historique et sociologique que les régions nord et du centre du Mali actuellement occupées, à l’exception de Kidal, sont des terres de Nègres, Peulhs et Songhaï, Bozos et Dogons, que les Touaregs et les Arabes qui y vivent sont aussi chez eux et que nul ne peut et ne saurait décider du destin de ces régions en dehors des populations majoritaires. Celles-ci ont délibérément choisi d’être et de rester Maliennes. Toute ambition séparatiste est une vaine illusion. L’Islam y est connu et enseigné depuis des siècles et la Dina a précédé plusieurs Républiques Islamiques d’aujourd’hui. Aucun envahisseur ne saurait donc se présenter sous la bannière de l’Islam.

Le deuxième défi, c’est de convaincre certains milieux occidentaux que s’ils ont des intérêts géopolitiques et économiques à négocier, c’est avec nous, pas avec 11% «d’hommes bleus», dont d’ailleurs 99% vivent ou souhaitent vivre en harmonie avec les autres communautés.
La France, particulièrement, doit s’aviser qu’elle ne doit pas répéter l’erreur commise au Rwanda. L’Etat que certains milieux français rêvent de constituer avec les Touaregs est une illusion, et toute persistance dans ce projet aboutira à l’exacerbation de sentiments de haine envers la France et l’Occident. Cela est très important, car si les aventuriers qui animent les rebellions récurrentes venaient à manquer de soutiens, la paix et la concorde reviendraient au Nord du Mali et dans la bande sahélo-saharienne.

Comment comprendre que les Etats Unis, pays de grande civilisation, exemple de démocratie, conseillent une partition de fait du Mali, à travers l’organisation d’élections partielles sur 1/3 du pays? C’est tellement gros que ça frise le ridicule! Franchement, au-delà du cas actuel du Mali, il est grand temps que l’Afrique et les Africains apprennent davantage à se battre pour leur dignité.

Quelles actions concrètes comptez-vous mener?

Nous avons nos bases d’entraînement et des milliers de volontaires, pour préparer l’offensive au moment opportun. Nous avons nos cellules, qui résistent et organisent les populations. Nous somme en train de convaincre de la nécessité d’organiser un Grand Forum de tous les mouvements politico-militaires (y compris les Touaregs patriotes et les Arabes) qui souscrivent à la lutte implacable contre le séparatisme et l’intégrisme, pour aboutir à la création d’un large Front Uni pour la Libération du Mali, qui se dotera d’un plan opérationnel, avec une répartition des zones stratégiques dans le cadre de la reconquête. Tout cela, bien entendu, en parfaite intelligence avec l’Armée Nationale, qui, nous l’espérons, se relèvera bientôt des vicissitudes politiciennes pour relever le défi et laver l’affront.

Qu’attendez-vous des pays voisins, de la CEDEAO et de l’UA, dont, comme vous le savez, le Bénin assure la présidence en exercice?

Les pays voisins sont de deux à trois catégories. L’Algérie et la Mauritanie d’une part, le Burkina et le Niger d’autre part, puis les autres frontaliers du Mali, Guinée, Sénégal et Côte d’Ivoire. Nous pensons que le Niger fait de son mieux et s’acharne à éviter les débordements, en veillant sur ses frontières et en défendant une solution pragmatique et durable à la crise. Il doit être encouragé et appuyé, car avec la montée en force de l’islamisme, il devient de facto le pays arrière de la crise. De sa capacité à tenir dépendra la stabilité et la sécurité des autres pays, dont le Nigéria et même le Bénin. L’idéal serait de concentrer les efforts sur ce pays, en lui laissant la pleine latitude de décider de la meilleure stratégie permettant d’agir efficacement pour pacifier la zone. Il en a toutes les potentialités sociologiques et géographiques.

Le Burkina est médiateur et fait certainement des efforts pour obtenir un règlement amiable. Mais, en tout état de cause, c’est la position des FPR, il doit éviter de servir de lieu de réhabilitation pour les aventuriers du MNLA, les principaux responsables de la situation, qui ne sont plus crédibles et doivent simplement se rendre et rendre leurs armes. Ils ont semé la terreur et détalé devant les Islamistes.

Les FPR sont particulièrement vigilantes et attentives et n’hésiteront pas à s’assumer si le projet visant à réarmer le MNLA, avec l’illusion de l’utiliser contre les Islamistes, venait à être matérialisé. Pour nous, si une partie au conflit perd, elle cesse d’être un enjeu. C’est le cas du MNLA. Il doit livrer ses armes au peuple qui résiste, c’est-à- dire aux FPR. La médiation burkinabé rendrait un grand service au peuple malien si elle arrivait à obtenir cela. Elle en a la possibilité et nous le suggérons très sérieusement. La Suisse, qui a été remerciée à la suite de la fameuse réunion du MNLA à Ouagadougou, devra s’aviser que les FPR sont et resteront vigilantes.

Pour ce qui concerne la CEDEAO et l’UA, les FPR les exhortent à avoir à l’esprit que les populations des régions occupées sont des citoyens à part entière et qu’à ce titre elles ont droit à la protection de leurs vies et de leurs biens. En cas de défaillance de l’Etat malien, l’UA et la CEDEAO ne devront point se soustraire à leur responsabilité de les protéger.

L’une des tâches essentielles de l’UA pour la résolution durable de la crise, est de négocier avec les pays dits du champ, non membres de la CEDEAO, l’Algérie et la Mauritanie en l’occurrence. Ils ont des intérêts géopolitiques légitimes, qui ne sont pas toujours compatibles avec un règlement durable de la crise. Il faut les convaincre, et au besoin les contraindre, à accepter de coopérer de manière honnête. Ils doivent laisser le Mali gérer sa politique frontalière de manière à assurer sa sécurité. Les FPR pensent que la solution est que la CEDEAO appuie le Mali par une présence militaire permanente et conséquente aux frontières avec la Mauritanie et l’Algérie, avec, pourquoi pas, un Etat-major conjoint. Même chose concernant les frontières du Niger avec la Libye et le Tchad.

Tant que ces frontières extracommunautaires sensibles ne seront pas maîtrisées, il n’y aura pas de paix durable dans l’espace CEDEAO, encore moins dans la bande sahélo-saharienne.

Les FPR apprécient particulièrement les efforts déployés par le Bénin dans le cadre de l’accélération de la procédure d’intervention du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Mais nous estimons que les autres pays de la CEDEAO et l’Afrique doivent se mobiliser davantage. Tant d’efforts ont été faits pour sauver «les citoyens libyens en danger» et ceux de la Syrie, alors que nos populations occupées doivent attendre des conditionnalités artificielles, chaque jour renouvelées. C’est vraiment le monde à l’envers: au lieu de se hâter pour sauver des innocents de l’emprise de fanatiques, le Conseil de Sécurité traîne le pas et pose des conditions absurdes pour autoriser l’intervention militaire. Comme s’il s’agissait d’une demande de financement d’un projet, les Grands du monde exigent une sorte d’étude de faisabilité! Il s’agit de vies humaines exposées au danger de mort!

Lors de la 2ème Guerre mondiale, a-t-on eu besoin de l’autorisation de quelqu’un pour venir au secours de la France occupée par les Nazis? A-t-on sollicité le Gouvernement de Vichy? La France serait devenue une province allemande si les Alliés, notamment l’Angleterre et les USA, n’avaient pas pris leurs responsabilités, contre les envahisseurs Nazis, mais aussi contre leurs complices de Vichy, qui incarnaient la défaite, l’abdication et l’humiliation.

Quel appel avez-vous à lancer?

Les FPR encouragent le Bénin à persévérer dans la voie de la défense des intérêts africains. Les populations des régions occupées du Mali en attendent beaucoup. Mais il faut explorer d’autres approches. Reconnaitre comme acteurs à part entière les FPR, qui incarnent la résistance quotidienne. Nous avons besoin d’appuis politiques, diplomatiques, pour faire partie du processus de discussion, car nous sommes les premiers concernés par cette crise. C’est notre avenir qui se joue.

Nos compatriotes des régions occupées résidant au Bénin et ailleurs, partout où ils se trouvent, doivent se mobiliser et s’organiser. En plus des dons et autres actions humanitaires, en plus du soutien quotidien, ils doivent se préparer pour l’offensive décisive, qui mettra fin aux souffrances de nos frères et sœurs, de nos vieux et vieilles….

Dernier appel en direction de la presse africaine, béninoise en particulier. Prenez exemple sur France 24, voix de l’Occident et de la France. Combien de temps d’antenne a-t-elle gracieusement accordé au MNLA? Soyez jaloux. Les FPR, c’est votre cause. Aidez-nous à porter plus haut et plus loin la voix de vos frères et sœurs africains des régions occupées du Mali.

Publié le 29 août 2012

22 Septembre du 6 Septembre 2012