Partager

A une dizaine de kilomètres au sud de Mutsamudu, la capitale de l’île comorienne d’Anjouan, la ville d’Ouani bruisse d’activité. En quelques mois, elle est devenue la nouvelle plaque tournante de l’immigration clandestine vers l’île voisine française de Mayotte. « On parle beaucoup de Bambao-Mtsanga ou de Domoni, mais peu de Ouani », note un ancien « rabatteur » de candidats au départ qui se présente sous le nom d’Ali Mohamed. « Pourtant, c’est aujourd’hui le premier port international pour Mayotte ». C’est là, à quelques encablures de l’aéroport de l’île, que s’élancent les fameux « kwassa-kwassa », ces barques de pêche ultra-rapides chargées de migrants. L’ancien point de départ de Gaba a été délaissé, paradoxalement pour son côté isolé. « Tout attroupement en vue d’un départ, même modeste, attirait l’attention », explique Ali, « ce n’était pas discret ». Les passeurs opèrent désormais presque à découvert le long du littoral, envahi par les détritus et tout ce que la bourgade compte de déchets de plastique. Dans ce désordre de conteneurs mal alignés, une paillotte défraîchie fait office d’agence de voyages et d’information. Les migrants – presque sans bagage – se fondent dans la foule des riverains jusqu’au moment d’embarquer, dans un lieu-dit un peu à l’écart, réputé plus tranquille. Cet après-midi, trois « kwassa-kwassa » ont pris la mer presque en même temps, chacun chargés d’une dizaine de passagers, laissant derrière eux trois longs sillons d’écume. Cap au sud-est sur Mayotte, à 70 km de là. « Ils ne font pas le trajet d’une seule traite, ils s’arrêtent à un point de rendez-vous pour prendre les instructions de leurs comparses à Mayotte », explique Ali, « c’est là qu’ils peuvent se faire repérer ». Au large de l’île, le patrouilleur français « La Boudeuse » veille au grain. L’immigration clandestine empoisonne depuis des années les relations entre la France et les Comores. Selon les autorités du département français, les étrangers représentent plus de 40% de la population de Mayotte, dont plus de la moitié en situation irrégulière. Chaque année, la France expulse de 18.000 à 22.000 clandestins, originaires de toute l’Afrique, partis de l’île d’Anjouan. – « Business en déclin » – Nouveau coup de chaud cette année, Moroni a refusé jusqu’en novembre de réadmettre ses citoyens en situation irrégulière, considérant que Mayotte est une île comorienne. La tension est retombée depuis peu. Pour prouver sa volonté d’enrayer ce trafic, le gouvernement de Moroni a mené au début de l’année une opération de destruction des ateliers clandestins de fabrique de « kwassa-kwassa »… AFP