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velo.jpgIl allait continuer la longue liste de ses malheurs quand l’étudiant le ramena brutalement à la réalité du moment : « Ecoute Moussa, l’affaire de mon vélo-là n’est pas arrivée à ta femme qui a fait fausse couche ou à tes enfants qui meurent de faim. Donne-moi le vélo ou rembourse-moi, je vais voir ailleurs. »

Le ton d’Hamed montait ; celui de Moussa se voulait flatteur. Ce morceau de dialogue entre le revendeur de cycles et l’acheteur, l’étudiant Hamed, est tiré de la dispute qui a opposé les deux hommes quelque part à Tampuy à propos d’un vélo VTT.

Hamed, et Moussa sont d’anciennes connaissances. Aussi, c’est naturellement qu’Hamed pensa à Moussa lorsqu’il décida de s’acheter un nouveau vélo en remplacement de celui qui lui avait été volé. Sa chance, pensait Hamed, c’est que non seulement Moussa était une connaissance donc avec lui, il pouvait s’acheter le VTT à prix réduit et à tempérament.

Moussa se disant propriétaire d’un magasin bourré d’engins de toute sorte, pouvait se permettre d’offrir certaines facilités à ses clients. C’est ainsi qu’il proposa à Hamed de lui vendre le vélo à 40 000 F CFA à verser en deux traites de 20 000 F CFA.

Ce jour-là, le 20 avril, Hamed versa la première traite de 20 000 F CFA. Moussa lui signa une reconnaissance puis lui promit l’engin dès que la seconde traite sera versée. Près d’un mois plus tard, le 14 juin, Hamed verse les 20 000 restants. Moussa empoche la somme et lui dit de repasser le même jour à 9h pour réceptionner son vélo et son reçu.

A 9h Hamed est là. Moussa s’excuse et lui donne rendez-vous à Il h, le temps de retrouver son cachet qu’il a cherché jusque-là en vain. A 11 h, toujours pas de vélo. Mais cela ne saurait tarder, explique le revendeur qui prétend avoir envoyé quelqu’un au magasin chercher le vélo. Donc nouveau rendez-vous à 15h.

A 15h ; zéro ! Pas plus de vélo qu’un éléphant sur l’avenue de l’indépendance. Devant l’impatience grandissante d’Hamed, Moussa lui jure sur l‘honneur que la bicyclette lui sera livrée à 19h. A 19h, rien du tout. Là, Hamed rentre dans une noire colère. Il veut son vélo coûte que coûte.

Moussa réussit tant bien que mal à le calmer et à le convaincre de revenir le lendemain 15 juin pour chevaucher sa monture. Et c’est ce lendemain 15 juin-Ià qu’au lieu de lui remettre son vélo, il était en train de lui raconter les misères de sa femme qui a fait une fausse couche et de sa marmaille qui a la peau du ventre collée au dos à force de famine.

La chose fit monter la colère de l’étudiant qui s’apprêtait à lui répondre de manière sentie lorsque Moussa laissant un peu plus la voix lui fit la proposition suivante : « Hamed, je vois que tu es jeune, très fervent musulman qui connaît Dieu, le pardon et la tolérance. Moi j’aime ça. Je voudrais que ma première fille qui a 16 ans devienne ta femme. Comme-ça nous pourrons nous entendre et le crédit n’existera plus entre nous » fin de citation !…

Proprement incroyable ! Mais le baratin ne marchera pas. Hamed qui connaît bien la galère du piéton à Ouagadougou n’a plus d’yeux que pour son vélo. Sa réplique traduisit clairement la colère qui l’habitait.

Alors, Moussa passa des paroles doucereuses aux menaces. Il menaça Hamed de mort brutale ; et pour l’en convaincre lui cita la triste fin d’un monsieur qui l’avait insulté et qu’il avait tué rien qu’en le regardant. Il ne fallait donc pas l’obliger à mettre en marche le gris-gris de ses pères car ce serait la fin de l’imprudent Hamed à qui il proposa de revenir dans 5 jours ou de continuer à le provoquer avec au bout son décès brutal. Ce jour-là Hamed, étudiant à l’université de Ouaga, détala comme s’il venait de marcher sur la hernie de satan.

Cinq jours plus tard Hamed qui a quelque peu surmonté sa peur se retrouve en face de Moussa pour l’entendre dire que pour cause de décès de l’épouse de son patron, il ne pouvait lui livrer la marchandise. Alors, Hamed lui demanda poliment le remboursement des 40 000F CFA. Moussa répondit qu’il le ferait dès qu’il aura la somme. C’est-à-dire quand ? Quand Dieu me remettra 40 000 pour toi ! Deux jours plus tard c’est-à-dire le 25 juin Hamed lui fit remettre une convocation de la police de Signoghin.

Depuis l’affaire suit son cours et Moussa est gardé en un endroit où il n’aura plus le loisir d’escroquer qui que ce soit. Mais ce n’est pas ce qui remettra à Hamed ni son vélo ni ses 40 000F CFA. Hamed qui depuis découvre la dure réalité de la chanson de Zêdess « Ouaga sans char, c’est vraiment la galère ! »

Sacré Chédou OUEDRAOGO | Sidwaya

26 juin 2007