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La libération des quatre otages français fut une opération de longue haleine à laquelle ont collaboré de multiples intermédiaires. Explications exclusives !

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On ne connaît évidemment pas aujourd’hui le secret des négociations qui aboutirent, le 29 octobre, à la libération des quatre otages d’Arlit. On sait qu’elles furent longues et difficiles, pleines de rebondissements, pendant les trois ans de captivité des quatre Français enlevés en septembre 2010 dans la cité minière d’Arlit, au nord du Niger. On sait aussi que ce sont les autorités nigériennes qui ont dénoué le dur martyre des captifs du désert. En voyage officiel à Bratislava, François Hollande a remercié chaleureusement Mahamadou Issoufou, le chef de l’État nigérien, de son aide. Plusieurs raisons semblent expliquer le succès du président Issoufou.

La première : Mahamadou Issoufou, très lié à la France (il est diplômé de l’école d’ingénieurs de Saint-Étienne), a fait des libérations un dossier personnel dés son arrivée au pouvoir. Les otages avaient été enlevés au Niger et, pour les forces de sécurité, c’était une humiliation. Le Niger devait laver l’affront.

Deuxième raison : le choix des médiateurs désignés par Mahamadou Issoufou. Le président nigérien a mis immédiatement en place à son arrivée au pouvoir une cellule chargée de leur libération dirigée par l’un de ses conseillers, Mohamed Akottey, un Touareg. Tous ont travaillé étroitement avec la DGSE, les services français. Ancien ministre de l’Environnement passé par la Sorbonne, président du conseil d’administration d’Areva Niger, Mohamed Akottey, homme calme et secret, est un membre important de la communauté touareg des Ifoghas. Lui-même est un ancien rebelle, et il est le neveu de Mano Dayak, Touareg mythique de la rébellion des années 1990. Akottey a des cousins de l’autre côté de la frontière, chez les Ifoghas maliens. Il était donc l’homme idéal pour entrer en relation avec les communautés au nord du Mali, puis ensuite avec les Touareg qui, semble-t-il, ont récupéré les otages ces derniers mois.

C’est la dernière raison du succès nigérien : depuis l’intervention militaire franco-africaine l’hiver dernier au nord du Mali, la situation a beaucoup changé dans la zone saharienne où étaient détenus les otages. L’opération militaire a donné un grand coup de pied dans la fourmilière djihadiste. Les groupes armés ont été affaiblis et Abou Zeïd, le ravisseur des Français d’Arlit et principal chef d’Aqmi, a lui-même été tué en mars. Son élimination a aidé au dénouement du drame. Il réclamait 90 millions d’euros, ne voulait pas transiger, et Mohamed Akottey l’avait rencontré deux fois en vain.

Ag Ghali, un personnage-clé

Abou Zeïd tué, tous se sont inquiétés pour les otages. On ne savait ni où ils étaient ni qui les détenait. En fait, les Algériens et autres étrangers du groupe ont quitté précipitamment le nord du Mali et les otages sont passés au Mali, au moins ces derniers temps, « sous la garde » de jeunes Touareg appartenant au groupe islamiste d’Ansar Dine, dirigé par Iyad ag Ghali, le Touareg islamiste allié à Aqmi et Abou Zeïd. Ag Ghali est un personnage connu. Ancien vice-consul du Mali à Riyad, ex-conseiller de l’ancien président de la République malienne, il a lui-même joué les médiateurs dans des libérations d’otages. Des libérations qui lui ont permis de s’enrichir. Ag Ghali appartient à un des clans touareg de la puissante tribu des Ifoghas. Mohamed Akottey a donc joué de ses relations avec les Ifoghas de la région de Kidal pour intervenir auprès de lui. Il a incité les chefs de clans touareg à lui refuser la possibilité de rester dans leur région s’ils gardaient les Français en captivité.

Les pressions ont abouti. Iyad ag Ghali (ainsi que ses lieutenants) est recherché par l’Algérie dont l’islamiste touareg était hier très proche, recherché par le Mali en tant que chef djihadiste et par le Niger qui craint d’être déstabilisé. Akottey a pu proposer à Ag Ghali de négocier sa sécurité contre la libération des captifs.

La semaine dernière, Mohamed Akottey et un ancien militaire français chargé de la sécurité d’Areva au Niger sont partis en grand secret vers le nord du pays avec une voiture remplie de vivres. Ils ont suivi le trajet emprunté par les ravisseurs lorsqu’ils enlèvent des otages au Niger et les emmènent au nord du Mali voisin.

Les militaires français de Serval ont sécurisé l’expédition

Il leur fallait rassembler les quatre otages gardés en des lieux dispersés. Les militaires français de Serval ont sécurisé leur expédition. Les otages ont été rassemblés sur Kidal, la « capitale » des Ifoghas, à l’extrême nord du Mali, avant que tous ne s’envolent vers Niamey dans un hélicoptère français.

La France a-t-elle payé une rançon contre la libération des otages? Officiellement, non. Et c’est probablement vrai de la part de l’État français. Mais il a fallu dédommager de nombreux intermédiaires. Il y a eu des « compensations financières », en argent ou sous la forme de différents matériels, de voitures 4×4…, selon des informations recueillies par le correspondant de RFI à Niamey, Serge Michel. Elles ont probablement été réglées par les sociétés qui employaient les Français avant leur enlèvement, Areva, Vinci, Satom. Le schéma est identique pour chaque libération.

Par Mireille Duteil

Lepoint.fr – Le 30/10/2013 à 09:24