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Bozola, cela est connu, est une maison compliquée, complexe et difficile. Le nouveau directeur général, le cher aîné Baba Dagamaïssa, le sait. « A l’ORTM, on se soumet« croyait si bien dire un confrère. « ORTM : ce qui ne va pas« . Cette enquête que nous avons menée il y a plus de dix ans sur « la maison qui mange ses habitants« au compte de l’éphémère Tarik Hebdo reste encore d’actualité à un point près. La paresse intellectuelle qui se traduit par l’absence de créativité en contenu.

Depuis l’avènement du nouveau directeur général de l’ORTM, Baba Dagamaïssa, des programmes adaptés à la situation du pays sont à l’antenne. Etaient-ils déjà dans les cartons de Bally ou ont-ils été créés par Daga, le téléspectateur de l’ORTM que je suis se contente d’être ici à six milles lieues de Bozola, le mettra logiquement au compte du nouveau DG.

Rien qu’avec « l’interview de la semaine« menée par Yaya Konaté, on voit un début de changement salutaire qui rapproche les Maliens de leur média public avec cet esprit pas très impertinent encore, il est vrai, mais tente d’aborder sans détour l’actualité brûlante avec les principaux acteurs concernés.

Le ton est aussi en voie de changement. Le journalisme protocolaire, semble révolu avec une nouvelle définition du fameux slogan « la passion du service public ». L’habillage, les génériques, même si tout reste à améliorer, c’est la volonté de faire bouger les vieilles habitudes qui est très important à souligner.

Mais, l’on ne peut s’empêcher de remarquer la grande difficulté de la primauté de l’autorité à laquelle se soumettre à un moment où le pays est dirigé par des autorités, j’allais dire rivales.

C’est là que la programmation du débat avec le Premier ministre quelques heures avant l’adresse à la nation du président de la République brouille les choix éditoriaux de Bozola dont les responsables, on peut le penser, ont voulu obéir à l’un et à l’autre. Cheick Modibo n’a pas eu donc la décence de ne pas griller la politesse à Dioncounda Traoré, président de la République.

Le Premier ministre n’a pu avoir la décence de reporter son intervention. Il tenait à affirmer sa détermination à rester à son poste, en défiant, de surcroît, le président qui, à ses yeux, n’est pas habilité à accepter sa démission. A l’en croire selon le très malheureux accord-cadre dont l’une des parties signataires, le CNRDRE en l’occurrence, n’existe plus de fait depuis la création par ses propres soins du Comité de suivi des réformes militaires. On cherchera où est la logique du navigateur interplanétaire.

Le président, lui, venait, dans un discours très attendu, annoncer ses propositions de sortie de crise. On comprendra par la suite que l’ORTM était devenu le ring sur lequel se mènera le combat de leadership et de primauté de l’autorité entre le président de la République et le -« son« -, devrait-on dire, Premier ministre.

Dans cette bataille, le site de l’ORTM semblait prendre partie pour le Premier ministre puisque « le bilan des 100 jours du gouvernement de transition« occupait toute la une de la page d’accueil avec la photo de Cheick Modibo Diarra.

Baba Daga, premier présentateur du JT de la télévision nationale à l’ère du tube cathodique n’est plus la vedette du petit écran qui est devenu plat entre-temps. Aussi les écrans sont entrés dans l’ère numérique avec un autre concept que les spécialistes appellent la convergence, c’est-à-dire la multiplication des supports pour la diffusion de l’information. Dans cette nouvelle ère, la bataille de primauté entre TV et Internet est une querelle d’école.

C’était quand déjà, Baba Dagamaïssa vedette de la télévision nationale ?

Oussouf Diagola

(correspondant à Paris)

01 Août 2012