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…C’est ce qui attend l’Afrique si un rapide redressement de son agriculture n’est pas opéré.
L’organisation internationale, qui avait tenu ses assises à Yamoussoukro en1986, avait un plan.

La famine, la malnutrition, la dépendance et la régression économiques ne sont pas une fatalité, et ne constituent pas pour l’Afrique des maux incurables.

Malgré la morosité de la conjoncture internationale, malgré la dégradation de l’environnement écologique du continent, la faiblesse de ses ressources financières, et la poussée démographique, des moyens, des possibilités existent pour redresser l’agriculture africaine.

Sa situation de marasme presque général est pour une large part à l’origine de la crise de développement que traverse cette région du tiers monde, et doit, en conséquence, être considérée comme le problème essentiel à résoudre pour sortir de l’impasse actuelle.

Afin d’aboutir à des résultats durables, il faut compter avec la volonté et la capacité des gouvernements africains à repenser et reformer radicalement leur politique agricole.

Ce qui devra dans la pratique, et non par les mots seulement, être au centre de leurs préoccupations, et devenir réellement «la priorité des priorités».

Il faudra pour cela sortir aussi des sentiers battus et faire preuve d’imagination. Et, compte tenu de l’endettement des Etats Africains, de la diminution de leurs ressources, et de leurs sous- équipement industriel, rien ne pourra se faire sans un effort des pays riches qui devront être convaincus de la nécessité de modifier leur politique d’aide, tant dans sa nature que dans ses objectifs.

Cette révision générale est urgente et vitale. Car si les tendances actuelles devraient persister, on assisterait dans les vingt cinq années à venir à des famines répétées et massives : déjà la production alimentaire en Afrique a diminué de près de vingt pour cent depuis 1961 et la ration quotidienne moyenne y est de 2150 calories, voire même de 1500, alors que le seuil de la normalité pour un adulte est de 3000 calories.

Les pays africains, même ceux qui jouissent d’une prospérité relative aujourd’hui, deviendraient totalement dépendants des importations pour leurs biens alimentaires. Au bout de la faillite beaucoup verraient leur survie menacée.

Face à un tel tableau apocalyptique, l’instinct de survie et de conservation de l’humanité devrait conduire à un sursaut généralisé et à la recherche de solutions novatrices.

Tel est le message d’espoir tempéré et l’invitation à la réflexion et à l’action lancés par le directeur général de l’organisation pour l’alimentation et l’agriculture (F.A.O.) au sein des Nations Unies, Edouard Saouma, et repris dans l’étude intitulée «agriculture africaine» : les vingt cinq prochaines années», que cette organisation vient d’achever.

Entreprise au plus fort de la famine de 1983-1985 (la plus meurtrière qui ait jamais frappé l’Afrique) à la demande de la précédente conférence régionale de la F.A.O.

réunie à Harare en 1984, cette étude, ses conclusions et ses projections ont été au centre des travaux de la 14e conférence panafricaine de cette organisation, réunie du 8 au 11Septembre 1986 à Yamoussoukro, la capitale politique de la Côte d’Ivoire, avec la participation de quarante-neuf Etats du continent.

Les débats ont été marqués par un consensus très large, tant sur les causes de la crise africaine que sur les moyens d’y remédier.


Tremplin

Les participants ont ainsi estimé que le rapport de la F.A.O. pouvait servir de tremplin pour un élan nécessaire au développement agricole et alimentaire du continent. Ils ont approuvé la stratégie de redressement de l’agriculture africaine proposée par le directeur général de la F.A.O., et demandé son aide pour formuler des programmes concrets au niveau national, afin de mettre en œuvre cette stratégie et mobiliser les ressources nécessaires.


Conçue comme un «plan cadre», cette stratégie repose sur quatre volets complémentaires.

Il faut d’abord qu’une nette et réelle priorité soit donnée à l’agriculture dans les politiques nationales, et que cela apparaisse dans les budgets- alors que l’agriculture assure la moitié du produit intérieur brut, des emplois et des recettes en devises, la part de l’agriculture dans de nombreux budgets africains ne dépasse pas jusqu’ici dix pour cent.


Les quatre «i»

Certains gouvernements ont cependant déjà mis fin à cette anomalie, et l’organisation de l’unité africaine s’est engagée lors du sommet de juillet 1985 à porter 20- 25% les investissements publics dans l’agriculture. Ensuite, des améliorations considérables doivent être nécessairement apportée dans quatre domaines de base appelés par Edouard Saouma les quatre «i».

Il s’agit des incitations (intéressement des paysans à la production, notamment par le relèvement des prix agricoles et l’ouverture de filière de commercialisation) ; des intrants (les gouvernements doivent donner la priorité à ces facteurs de production, engrais, semences, outillages, dans l’allocation de devises, afin que les agriculteurs puissent se les procurer à des prix raisonnables.

En outre, il n’y a pas ou plus, contrairement à des idées reçues, assez de bras dans les campagnes, il faut donc moderniser l’agriculture, fabriquer des outils manuels, des machines simples, promouvoir les charrettes à bœufs, la culture attelée, etc.).

Le troisième point concerne les institutions. Des réformes sont nécessaires pour améliorer la production, face au manque de main d’œuvre qualifiée.

Il faut améliorer la formation pratique, les services de recherche et la vulgarisation ; procéder à des réformes agraires, accorder des droits d’accès à la propriété aux femmes qui, on le sait, jouent un grand rôle dans la production agricole.
Enfin le quatrième «i» concerne les infrastructures.

Les efforts des agriculteurs ne seront pas durables que s’ils peuvent transporter leurs produits jusqu’aux marchés et recevoir les intrants au village. Or dans la plupart des pays à l’exception de la Malawi et de la Côte d’Ivoire, les réseaux de communications sont restés dans l’état ou les avait laissés l’administration coloniale.

Le troisième volet du programme stratégique présenté par le directeur général de la F.A.O. concerne les actions qu’il est impératif de mener pour protéger les ressources naturelles et l’écosystème.

Ont voit qu’il y a urgence dans ce domaine quand on sait par exemple que quatre millions d’hectares de forêts disparaissent chaque année en Afrique au profit de cultures marginales et surtout du désert : pour conjurer la catastrophe, il faudrait reboiser d’ici à l’an 2020 vingt millions d’hectares.

Il s’agit également d’assurer une meilleure gestion de l’eau. Le dernier chapitre du programme traite de l’environnement économique extérieur.

Un progrès à long terme de l’agriculture africaine n’est pas concevable sans des améliorations dans le domaine des échanges extérieurs, de la situation financière du continent et de l’aide internationale. Sur ce dernier point, il s’agit d’avantage de repenser de fond en comble le problème plutôt que d’apporter quelques modifications.

En résumé on constate que les envois massifs d’aide alimentaire

– qui permettent au Nord d’éponger ses surplus

– ne sont valables qu’en cas d’urgence, de situation de pénurie grave. Mais cette politique de dons en aliments dans la quelle on s’est fourvoyé pendant un quart de siècle ne permet en aucun cas le décollage économique de l’Afrique.

C’est de l’aide en intrants (engrais, pesticides, outils) dont le continent a besoin «sans moyens importants, les réformes sont insuffisantes, les techniques nouvelles ne peuvent être mises en œuvre, souligne Edouard Saouma, comment, en effet, les paysans écouteraient-ils les conseils de l’utilisation de semences sélectionnées, des engrais, et pour le traitement du sol et des plantes, s’ils ne disposent pas de ces moyens ?»

Le directeur général de la F.A.O. préconise donc une aide en nature permettant d’approvisionner l’agriculture africaine en intrants agricoles sur la base de programmes systématiques et à moyen terme. Encore faudra-t-il veiller à ce que cette aide en nature ne soit pas livrée aux ports et aux frontières mais acheminée jusque sur les terrains de démonstrations.

Reste à convaincre que favoriser l’expansion de l’aide en nature est de l’intérêt bien compris des exportateurs des pays industrialisés qui se prépareraient ainsi des marchés

– inexistants aujourd’hui – pour leurs produits dans un avenir plus lointain. Mais surtout, Edouard Saouma compte dans l’immédiat sur leur sens du réalisme.

Il part du constat paradoxal suivant : alors que l’Afrique manque de moyens matériels, le Nord industrialisé souffre de surproduction. Des millions d’outils manuels sont en stock dans une dizaine de pays européens, faute de demande.

L’activité des usines d’engrais en Europe et aux Etats-Unis est de plus en plus déprimée, à la suite de la baisse de la consommation intérieure. Beaucoup sont menacées de fermeture.

Le chômage, la sous utilisation des capacités de production, qu’entraîne ce ralentissement du marché des intrants agricoles, représentent un coût financier colossal pour les pays européens.

Ne serait-il pas plus judicieux de fabriquer des intrants pour l’Afrique ? Dans un monde toujours plus interdépendant, il serait ainsi possible d’atténuer la crise industrielle qui sévit dans le Nord en faisant face d’une manière efficace au problème de la faim et du sous-développement dans le Sud, souligne justement le programme d’action du directeur général de la F.A.O.


Source Afrique-Asie

09 Mai 2009