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Pour ceux qui se demandaient encore si le FDR était politiquement dépouillé, la question ne semble plus se poser de nouveau, depuis ce soir du 25 Juillet dernier, date de la rencontre des leaders de l’Opposition avec le Premier ministre Modibo Sidibé. En effet, c’est presque en rangs dispersés que les partis politiques de l’Opposition sont sortis de la Primature.


Pourtant, en dépit de leurs divergences et autres mésententes à peine voilées, ils avaient jusque-là affiché une certaine cohésion, sous la bannière du Front pour la Démocratie et la République (FDR). Aussi, face à ce changement de comportement, certains esprits n’hésitent plus à se poser la question : Tiébilé Dramé et ses camarades du PARENA veulent-ils rompre de nouveau les rangs?…

Selon nos sources, le PARENA de Tiébilé Dramé et le parti SADI du Dr Oumar Mariko auraient manifesté le désir de ne plus être invités dans des rencontres de ce genre dans le cadre du FDR : ils auraient même protesté pour cela. Aussi est-on tenté de se demander si la nouvelle élection du président du COPP, Me Mamadou Gakou, à la tête du FDR, est pour quelque chose dans ce brusque changement d’attitude.

Quelle est donc la “petite bête” qui fait peur aux responsables de ces partis, dans le “pseudo regroupement” dont hérite désormais Me Mamadou Gakou, dit-on? La question mérite d’être posée, puisqu’elle entraîne deux autres questions fondamentales.

Premièrement : est-ce parce qu’après le départ de Soumeylou Boubèye Maïga et la prise de ses distances du FDR par IBK, le FDR ne représente plus que l’ombre de lui-même ?

Deuxièmement : cette manière dite “cavalière” du parti SADI et principalement du PARENA, ne cache-t-elle pas des velléités de rompre définitivement avec l’Opposition ?

Dans tous les cas, le doute est désormais permis quant à la motivation réelle du PARENA. En effet, pour la première fois, les responsables du parti du “Bélier blanc” sont en train de vivre leur expérience dans l’Opposition. Or, la vie d’une Opposition, en tant que telle, ressemble plutôt à une vie d’enfer politique, surtout sous nos cieux. Car pour pouvoir animer l’Opposition, il faut, au préalable, accepter le sacrifice, le renoncement à certains avantages comparatifs, et nourrir la conviction que son option politique résulte d’un choix juste.

Au Mali, l’illustration la plus parfaite de cette assertion aura été le cas du Collectif des Partis Politiques de l’Opposition (COPPO) sous le deuxième mandat de l’ancien Président de la République, Alpha Oumar Konaré. Ces leaders du COPPO ont tout accepté, de la brimade à l’humiliation, en passant par l’emprisonnement. Et cela, jusqu’au bout, parce qu’ils avaient l’ultime conviction que leur combat était juste et légitime.

Mais aux opposants de 2007, une seule petite année a suffi pour qu’ils enregistrent déjà des fissures dans leurs rangs. Et dans tout cela, ce qu’il faut craindre serait une nouvelle trahison ourdie par Tiébilé Dramé et ses camarades du PARENA. Car on se rappelle du “groupe des dix” qui, pour des postes ministériels, aurait poignardé le CNID-Faso Yiriwa Ton dans le dos, pour créer le PARENA. Certes, certains tenors du fameux groupe ont, depuis lors, emprunté d’autres chemins… politiques, mais c’est toujours la plupart d’entre eux qui constituent aujourd’hui le parti du “Bélier blanc”.

N’étant pas habitué à l’expérience de l’Opposition et n’ayant même pas la conviction d’en être -puisqu’ils semblent y avoir débarqué sur une simple saute d’humeur, sans être préparés-, on se demande bien si Tiébilé Dramé et ses camarades n’entendent pas changer de fusil d’épaule, pour se retrouver… dans le giron du régime. Ne sont-ils d’ailleurs pas des habitués des coulisses du pouvoir ? Sinon, rien ne justifie leur retournement de casaque contre le FDR, dans la mesure où depuis le départ, ils ont été avec les camarades de l’ADJ, les vrais concepteurs du FDR.

Même le ralliement du RPM d’IBK et de la Convergence 2007 de Soumeylou Boubèye Maïga serait en grande partie dû à Tiébilé Dramé et ses compagnons. Mais ces derniers semblent de nos jours obéïr à l’adage : “Qui a bu boira”. Est-ce donc à dire que, pour peu qu’il s’agisse de se voir attribuer des postes ministériels dans les jours à venir, les leaders du PARENA seraient prêts à “remettre le couvert”, comme on dit?

Dans ce cas, que deviendra alors l’équation Groupe parlementaire PARENA-SADI ? Au Dr Oumar Mariko et au parti SADI d’envisager une telle éventualité, car dès que la tentation l’emportera sur l’engagement politique, le PARENA n’hésiterait une seconde à rompre avec eux, clament certains militants d’un autre parti.

Cela est d’autant plus vrai que les liens qui unissaient les initiateurs du parti du “Bélier blanc” à leurs compagnons du CNID sont plus forts que ceux qui les lient aujourd’hui au parti SADI. Pourtant, cela ne les avait pas empêchés, à l’époque, de tourner le dos au CNID et de traiter Me Mountaga Tall de tous les noms d’oiseaux.

Que le parti SADI ne veuille plus être invité à une rencontre avec le Premier ministre sous la bannière du FDR, cela se comprend, dans la mesure où Oumar Mariko n’a jamais accordé du crédit aux responsables de ce regroupement, ou du moins, ce qu’il en était avant. Mais que le PARENA ait eu la même prétention, cela cache des non dits, constate un observateur politiuqe averti.

Et si l’auteur des textes fondateurs de l’ADP, Tiébilé Dramé, et ses camarades ont déjà réellement la nostalgie des coulisses du pouvoir ? Dans ce cas, le parti du “Bélier blanc“ va au devant d’éventuelles fissures. Et l’échiquier de l’Opposition malienne risque d’enregistrer d’autres embrouillaminis. Mais comme disait l’autre, wait and see. Du reste, sait-on jamais?…

Adama S. DIALLO

04 Aout 2008