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Le rôle de l’opposition n’est pas de forcer le régime à admettre certaines vérités mais de faire valoir son intellectualité en critiquant et en proposant.

« Il n’y a pas de démocratie effective sans contre-pouvoir critique. L’intellectuel en est un de première grandeur ». Cette vérité nous conduit à nous interroger sur l’action de l’opposition parlementaire. Cette masse d’hommes dont le capital de savoir lui permet non seulement de mieux comprendre le contexte économique et politique actuel mais aussi d’aider l’ensemble de la société à s’orienter dans la ténébreuse situation que traverse le pays.

Que le pouvoir actuel en place ne parvienne pas à trouver des solutions adéquates aux problèmes qui assaillent les Maliens se comprend de par l’incompétence avérée des hommes qui ont aujourd’hui la charge de conduire le navire Mali.

L’intolérable vient de ce « refus » de l’opposition de proposer, non pas au pouvoir, mais à son peuple, à travers des publications, des projets de société, des solutions aux questions brûlantes de l’heure. Cela est réellement intolérable et extrêmement dangereux pour l’avenir de notre pays.

A quel combat, l’opposition parlementaire nous invite-t-elle après avoir observé froidement certaines réalités du monde qui nous entoure ? Allons-nous continuer à nous prélasser dans la politique de mendicité qui aliène notre destin à d’autres pays ? Allons-nous continuer à gérer une politique globale de survie au jour le jour où le pouvoir ne se donne qu’une seule obligation : trouver un salaire à ses agents ?

Devons-nous continuer à être ces herbes sauvages qui poussent sous les pluies, sèches à la fin de l’hivernage et brûlent au gré des feux de brousse ou pouvons-nous être un produit de jardin, resplendissant sous l’eau de notre sueur ?

Le nombre élevé de docteurs en ceci, professeurs en cela, dont regorge notre pays semble nous profiter comme le couteau coincé dans son fourreau profite au boucher. Manifestement, l’opposition parlementaire semble briller aussi bien par son silence que par ses actions.

Elle a administré la preuve pendant le huis clos de l’interpellation du gouvernement sur la crise au nord, expliquant son silence par le temps de parole à elle accordé. Ce silence radio observé par l’opposition parlementaire a été déploré par des citoyens et récemment par le titulaire du perchoir à la clôture de la session dernière.

En adoptant un tel comportement, l’opposition parlementaire a vite oublié que la représentation nationale est le seul lieu privilégié du débat démocratique.

Elle aurait gagné davantage l’estime et la sympathie des Maliens si elle avait pleinement participé aux débats en faisant valoir son opinion malgré le peu de temps de parole imparti.

Il est grand temps de sortir de cette torpeur indigne d’une opposition pour se faire valoir par des propositions, des critiques. Car, on peut se tromper en disant « à quoi sert-il de critiquer et de proposer ? Le régime n’en a cure. Il a d’autres préoccupations ».

Cela est une erreur monumentale d’autant que l’opposition doit constamment avoir à l’idée que son rôle n’est pas de forcer un régime à admettre certaines vérités, mais de faire valoir son intellectualité en critiquant et en proposant.

S’il y a aujourd’hui défaillance au niveau du pouvoir, cela est dû en partie à des défaillances au niveau de l’opposition qui se fend généralement en communiqués laconiques pour dénoncer des situations.

Que retenir des interpellations initiées par elle ? Pas grand-chose puisque à la limite c’était du déjà entendu. La léthargie de l’opposition ne peut s’expliquer que soit par la paresse intellectuelle, soit la peur qu’inspire le pouvoir. Ces deux raisons conduisent à un seul constat : l’opposition malienne renonce à jouer un rôle quelconque dans la dynamique de l’histoire de son peuple.

En ces durs moments où le pouvoir d’achat chute vertigineusement et sans arrêt ; en ces durs moments où le chômage frappe inexorablement pendant que les perspectives d’emploi fondent comme beurre au soleil, en ces moments où des familles ne peuvent plus payer la scolarité de leurs enfants, voire leurs ordonnances, l’opposition doit se réveiller, s’intéresser et se déterminer un combat, un destin pour les générations futures.

Il est temps de considérer le temps : il joue contre nous.


Mohamed Daou

10 Juillet 2008