Partager


Les partis politiques de l’opposition, nous le disions, ne soufflaient pas dans la même trompête simplement parce que leurs membres n’ont pas les mêmes valeurs et principes démocratiques, la même lecture de la situation politique et des rapports de forces. Ils n’ont pas non plus les mêmes stratégies politiques, parce venant d’horizons divers. En effet, certains membres du Front pour la Démocratie et la République (FDR), après une tradition d’appartenance à la mouvance présidentielle se voient aujourd’hui contraints à l’opposition.

Quant à d’autres, ils avaient déjà eu une expérience dans l’animation de l’opposition politique. Dans tous les cas, ils sont unis par le fait qu’ils ne sont pas d’accord avec le pouvoir, sa gestion, mais surtout qu’ils sont en rébellion contre la personne du président de la République.

L’AMBITION DE L’OPPOSITION POUR LE MALI

C’est cela qui sème le doute sur leurs ambitions pour le pays. Leur cible, c’est en effet moins les problèmes qui assaillent les populations, toutes sensibilités confondues que le président Amadou Toumani Touré. Dès lors, ils passent carrément à côté des préoccupations des populations, toutes sensibilités confondues.

Cela parait paradoxal, quand on sait qu’une opposition politique se veut d’abord et avant tout une force de contre-pouvoir, capable de faire au peuple des propositions concrètes entrant dans le cadre de la prise en compte des préoccupations fondamentales des populations.

Dans cette mouvance, il s’agit pour eux, de travailler à l’information et à la sensibilisation des populations sur les failles de la gouvernance. Toute chose qui doit logiquement s’accompagner de propositions concrètes susceptibles d’inciter les pouvoirs publics à revoir leur copie. Ce processus doit, en outre, se faire dans le respect des uns et des autres.

LA NECESSITE DE CHANGER D’APPROCHE

C’est dans ces conditions que le pouvoir et le peuple prennent au sérieux une opposition politique. Car, elle est, dans ce cas, elle même respectueuse de nos valeurs sociétales cardinales. Mais, quand on a en face une opposition politique qui donne l’impression de se réjouïr toutes les fois que le pays est confronté à de sérieuses difficultés, cela est regrettable.

Que dire de cette opposition dont le cheval de bataille est la contestation, le dénigrement, la mise en cause de tout, y compris ce qui est favorablement accueilli par la majorité écrasante de la population? A l’évidence, il y a lieu que les donnés changent, si les uns et les autres veulent apporter véritablement leur contribution à l’édification d’une démocratie qui va dans le sens de l’amélioration des conditions de vie et de travail des populations.

Les partis membres de l’opposition semblent comprendre cette nécessité de changer de méthode d’approche d’animation de la vie politique et ce n’est pas là qu’ils pourraient avoir la chance de s’attirer l’estime d’une frange plus ou moin importante de la population.

QUAND LES STEREOTYPES EMPECHENT

Toute la question est de savoir s’ils pourront se débarasser des stéréotypes qui entravent depuis la constitution de leur regroupement: la passion, l’intolérance, des acts de dénigrement, l’absance de propositions concrètes comme des alternatives. Le peuple malien n’est pas dupe et c’est malheureusement ce que les opposants d’aujourd’hui semblent ignorer.

En effet, ces derniers temps, l’opposition semble donner l’impression qu’elle privilégie le dialogue, la voie de la concertation, de l’information et de la sensibilisation. Si c’était vraiment le cas, ce serait une bonne chose dans la forme.

LE PEUPLE CONSCIENT DES LIMITES DES CONTESTATEURS

Mais dans le fonds, il y a toujours problème, quand on sait que, malheureusement, tous ceux qui affirment aujourd’hui qu’ils sont, non pas contre la manière dont les affaires publiques sont gérées aujourd’hui, mais contre le président de la République, ont montré ici, devant Dieu et les hommes leurs limites.

En effet, il n’y a pas de problèmes aujourd’hui qui n’existaient pas quand ils étaient parmi les décideurs de ce pays. Ainsi, les membres du FDR, en l’occurrence: Ibrahim Boubacar Kéïta, Tiébilé Dramé, Mamadou Bakary Sangaré dit Blaise, Soumeylou Boubèye Maïga, les membres de l’ADJ auront besoin de beaucoup d’intelligence et de déployer autant d’efforts pour se faire admettre par la majorité de la population, sans l’adhésion de laquelle ils ne peuvent atteindre leurs objectifs.

LA METHODE DE LA RECUPERATION POURRA-T-ELLE PAYER?

Parmi eux, nombreux sont ceux qui ont mis la main à la pâte et ce pendant plusieurs années sans pouvoir faire tache d’huile. Alors, dans ces conditions qu’est-ce que ceux-ci peuvent bien proposer au peuple qui puisse être une alternative crédible dans le cadre de la gestion des affaires publiques? D’ailleurs, dans les rangs du FDR, tous peuvent-ils se targuer de ne rien se reprocher?

Dans tous les cas, avec la polémique qui s’était engagée autour de l’abolition de la peine de mort, le FDR semble avoir décidé de changer le fusil d’épaule en tentant de récupérer à travers l’expérience de contacts avec les populations, en premier lieu les religieux.

Vont-ils faire mieux ainsi? Rien n’est moins sûr, quand on sait que le RPM avait tenté cette expérience depuis l’élection présidentielle de 2002 avec les religieux. Mais cela n’a pas permis de changer fondamentalement sa situation. Alors, ceux du FDR auront du mal à inventer la roue.

Et, il y a beaucoup de probabilités qu’au fur et à mesure que le temps passe, ils soient atteints par l’usure. Etant donné que la situation est évolutive, attendons dons de voir.

Moussa SOW

30 novembre 2007.