Partager

En 1991, on les apercevait, dépenaillés, à la frontière algérienne. Ils n’étaient alors, aux yeux de nomades maliens compatissants, que « ceux qui ont été privés de leur victoire électorale». En 2012, ils ont réussi l’inespéré : faire de la zone 9 de l’ancien Gspc algérien, le sanctuaire jihadiste le plus sûr du moment. Avec, ce 2 avril, le tapis rouge déroulé par Iyad Ag Ali, sur fond d’erreur fatale du Mnla et de ses sympathisants désabusés. Abuzeid et Belmoktar rééditent l’exploit de la « longue marche », eux dans le rôle de Mao-Tsé Toung, le Coran à la place du livre rouge, la lance-roquettes à la place du glaive.

Et la révolution culturelle comme camisole de force pour les pays et les gens à leur portée. Ils jubilent dans les enceintes de leur grande muraille solidement construite de nos rendez-vous manqués, de nos erreurs de jugement et, plus grave, de nos cupidités mafieuses. Ils sont arrivés là, certes avec force compromis d’ordre tactique, avec aussi de la compromission au regard de la doctrine. Mais leur objectif était et reste le jihad. La guerre : sainte mais la guerre, tout de même. Dans l’enfer des ergs et des dunes, les fous de Dieu vivaient leur hégire. Et l’hégire revenant toujours sur ses pas, l’alliance Ansardine-Aqmi nous fera trembler tous. Du Nord-Mali conquis, ils peuvent, impunément pour l’instant, assurer gîte, couvert et sécurité aux moujjahidines traqués du monde.

Dans leur collimateur, une cible logique: l’Algérie, berceau de l’enfant teigneux qui a survécu à l’infanticide, peu importe par qui, comment et pourquoi. Le fait est qu’il est là, monstre sanguinaire pour les élites, mahdi vengeur pour les masses déboussolées.

Et si l’Algérie a la particularité de disposer d’un service de sécurité fort et d’une expérience appréciable dans la traque terroriste qui peut être dissuasive, les jihadistes ont un allié de taille, ironiquement dopé par les printemps arabes : c’est le repli identitaire sur l’islam dans le nouveau Maghreb, le périmètre doctrinal défini par Droudkel. Les peuples et les pouvoirs maghrébins résisteront à l’extrémisme, c’est certain. Mais le propre de l’extrémisme est de ne pas lâcher. Ni en Afrique du Nord ni en Afrique subsaharienne qui, elle, dans une subtile stratégie de division du travail, est « confiée » au Mouvement Unifié pour le Jihad en Afrique de l’Ouest.

Et hôte ingrate, la bête se paiera d’abord sur le Mali, certes de toutes les fragilités aujourd’hui mais aussi de l’islam soufi qui le rend si tolérant et si ouvert à d’autres influences. La Mauritanie de Ould Abdel Aziz, ne dormira, quant à elle, que d’un œil inquiet. Son pays est par excellence une réserve de matière première pour Aqmi : langue hasanya proche de l’arabe, statut de république islamique, ancienne pépinière des jihadistes.

Et puis, par les raids successifs de Nouakchott, il y a un fâcheux contentieux en cours. Mais l’onde de choc ira bien plus loin. Entre Tombouctou aujourd’hui et Maidiguri, entre Aqmi et Boko Haram, les arguments d’une alliance stratégique sont devenus plus forts. Sous les applaudissements des bidonvilles, ils tailleront des croupières aux kleptocraties, avatars locaux du projet démocratique en lesquels, l’Occident voit, à tort, le messager sûr de sa pensée unique. Pour tout dire, le fameux héritage judéo-chrétien. Les rançons ont produit des rentes, peut-on dire. Hélas, le temps n’est plus aux calembours.

Adam Thiam

04 Avril 2012