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C’est alors qu’il se trouvait, vendredi dernier à N’Djamena, en pleine séance de travail avec ses pairs lors du sommet de la CEN-SAD que le président Malien a pris connaissance de l’opération militaire conjointe de la France et de la Mauritanie sur son territoire en vue, dit-on, de libérer l’otage français détenu par AQMI. Il n’en fallait pas plus pour Amadou Toumani Touré de quitter précipitamment la salle pour regagner l’Aéroport et atteindre Bamako.

Quelques heures plus tard, il reçut à Koulouba les émissaires du président Mauritanien en la personne du chef d’État major particulier de Mohamed Ould Abdelaziz en personne, du ministre de la Défense et du Directeur de la Police mauritanienne. La guerre contre Al Qaïda vient de susciter un autre malaise diplomatique très profond entre le Mali, l’Espagne et le duo Franco-Mauritanie.

C’est dans le but de faire libérer l’otage français Michel Germaneau détenu par AQMI au nord Mali depuis le mois d’avril dernier que l’armée mauritanienne, appuyée et parrainée par les services secrets français et américains a effectué, jeudi dernier, un raid sur une présumée base d’AQMI, 200 kilomètres à l’intérieur du Territoire malien.

L’opération aurait, selon les autorités mauritaniennes, fait six morts dans les rangs des ravisseurs. S’adressant à la presse, le ministre français de la Défense a avoué que son pays  » avait apporté un soutien technique et logistique à une opération mauritanienne ». L’opération n’a cependant pas permis de retrouver, à fortiori de libérer l’otage.

L’opposition politique mauritanienne à travers la Coordination de l’opposition démocratique (COD), a vivement critiqué l’attitude des autorités du pays estimant que « l »opération a été menée avec la participation de troupes étrangères [la France] et, probablement, sans concertation préalable avec le pays [le Mali] dont le territoire lui a servi de théâtre ». Ces faits, poursuit le communiqué, s’avèrent « d’une extrême gravité » et « mettent notre pays dans une situation de guerre non déclarée ».

Elle a aussi fait cas de « sa grave inquiétude suite à ces événements qui ajoutent au climat d’insécurité sur nos frontières ». Pour sa part, le président mauritanien a commis des émissaires à Bamako lesquels ont été reçus par ATT à Koulouba vendredi dernier. Les envoyés, à savoir, le chef d’Etat major particulier du président de la République Mohamed Ould Abdelaziz, le ministre de la Défense et le Directeur de la Police mauritanienne, nous apprend-on, étaient porteurs « d’un message ultra confidentiel «  du président mauritanien.

Même si rien n’a filtré de l’entretien qu’ils ont eu avec ATT, l’on présume que le raid militaire du jeudi dernier et ses corollaires étaient au centre des préoccupations. Il nous revient par ailleurs que l’opération n’était pas encore achevée, samedi dernier.

En tout état de cause, ATT n’aurait pas apprécié le geste mauritanien, visiblement commandité par le Quai d’Orsay. Et pour cause : le président malien s’est récemment attiré la foudre de certains de ses pairs, dont la Mauritanie, en procédant à l’échange de quatre présumés terroristes contre la libération du Français Pierre CAMATTE. Pendant que le Mali recevait alors les félicitations du président Sarkozy qui a fait le détour sur Bamako pour les besoins de la cause, la Mauritanie rappelait son ambassadeur pour consultation.

Et voilà aujourd’hui les deux protagonistes faire cause commune à propos d’un autre otage français dans le même espace géographique mais prenant soin de tenir le président malien très loin à distance.

ATT ne s’attendait certainement pas à cela quand bien même il ait récemment autorisé l’armée algérienne à poursuivre les assaillants jusque dans son propre pays.

Le Mali n’est visiblement pas le seul à se plaindre de la décision franco-mauritanienne. L’Espagne aussi, au motif que deux de ses ressortissants sont encore retenus pas les ravisseurs.

L’opération, en tout état de cause, comporte beaucoup de zones d’ombre. La libération de l’otage français n’en semble pas être le principal objectif.

Ce qui n’a pas été dit

Michel Germaneau, 78 ans, est un ingénieur français retraité et intervenant désormais dans le domaine de l’humanitaire. Il a été enlevé au Niger au mois d’Avril 2010 par le Groupe terroriste d’Abdelhamid Abou Zeid lequel a tristement fait parler de lui en exécutant l’otage britannique Edwin Dyer en 2009 et en enlevant Pierre Camatte. Il menace de réserver le même sort au Français Michel Germineau , ce lundi 26 juillet, s’il n’obtenait pas la libération de plusieurs de ses combattants incarcérés en Mauritanie notamment.

L’on pense en l’occurrence au Malien Omar Sid’Ahmed Ould Hamma surnommé, « Omar le Sahraoui », récemment jugé et condamné à 12 ans de prison assortis de travaux forcés et de la confiscation de tous ses biens, par un tribunal mauritanien pour sa participation à l’enlèvement de touristes espagnols au mois de novembre dernier.

Ce que les services secrets mauritaniens ne disent pas, c’est qu’« Omar le Sahraoui », a été lui-même, ainsi que quelques uns de ses camarades, kidnappés dans la région de Tombouctou au Mali par un groupe d’individus et sur instruction des services secrets de Nouakchott à leur tête, l’un des émissaires ayant récemment rencontré le président malien à Koulouba.

Nouakchott refuse évidemment de livrer les terroristes en question au risque de susciter d’autres polémiques, elle qui a reproché le même geste à son voisin malien : la libération de présumés terroristes sous la pression.

Elle craint du coup les représailles de la nébuleuse AQMI lequel a, pour un motif similaire, mené une expédition punitive sur un poste frontière Algérien faisant 11 morts parmi les Gendarmes attaqués à l’arme lourde.

La Mauritanie s’attend visiblement à une réaction similaire et tente par conséquent, à travers ce raid, anticiper et dissuader l’ennemi.

Mais pourquoi cette participation de la France au mépris de la vie de l’otage ? Il nous revient que Michel Germaneau souffre et ce, depuis maintenant plusieurs années, d’une insuffisance cardiaque. Et depuis son enlèvement au mois d’avril dernier, il n’a reçu aucun traitement approprié.

En clair, la dernière preuve de vie du français a été donnée à mai dernier, un peu moins d’un mois après son enlèvement. Les ravisseurs avaient alors adressé aux autorités françaises, un enregistrement sonore et une photo de lui, réclamant l’intervention du président français pour sa libération. Et plus de nouvelle ! Le ministère français des Affaires étrangères a indiqué par voix de presse, que les ravisseurs refusent tout contact depuis cette date…

En somme, des observateurs ne sont pas certains que l’otage soit toujours en vie. Une funeste éventualité qui expliquerait alors la participation de la France à l’opération, la France dont les ressortissants semblent désormais la cible privilégiée des ravisseurs dans cette région.

En tout état de cause, on voit mal un raid de cette nature et face à des terroristes dans leur environnement, se solder par la réussite si tant est que l’objectif consiste à libérer un otage.

ATT trahi par ses pairs français et mauritanien

Le président malien, jadis courtisé et choyé pour ses interventions salutaires en vue de la libération d’otages occidentaux, semble désormais écarté des opérations de lutte contre les terroristes. Son pays n’a pas été impliqué ni de près ni de loin au raid du jeudi dernier sur son propre territoire. C’est dans la capitale Tchadienne qu’il apprit la nouvelle. Il écourta alors son séjour et se rendit à Bamako pour y rencontrer, vendredi, des émissaires du président mauritanien Mohamed Ould Abdelaziz.

 » M. Touré est sorti de la salle vers 12H30 locales (11H30 GMT) pour se rendre à l’aéroport. Interrogés sur ce départ précipité, les services du protocole d’État tchadien n’ont pas souhaité s’exprimer « , rapporte l’AFP.

Les faits sont tout simplement graves au point que le journal français « La Tribune » relève que « L’intervention militaire d’une puissance européenne dans un espace souverain suscite des interrogations «  ajoutant que les terroristes pourraient se venger des maliens et mauritaniens.

Inquiétude également de l’opposition politique mauritanienne qui, dans un communiqué, fustige l’attitude chevaleresque de Nouakchott estimant que les faits sont « d’une extrême gravité ». La Mauritanie semble pourtant n’avoir été que le bouc émissaire. L’opération, nous apprend-on a été concoctée par les services secrets français et américain. Information confirmée par les premiers et non encore démentie par les seconds.

Les Français entretiennent cependant un flou artistique sur les véritables objectifs de l’opération. Un communiqué emblématique émanant du ministère français de la Défense indique tantôt, que « Le groupe visé était celui qui refuse de donner des preuves de vie et d’engager le dialogue en vue de la libération de l’otage Michel Germaneau » ; et tantôt, que  » des moyens militaires français ont apporté un soutien technique et logistique à une opération mauritanienne destinée à prévenir une attaque d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) contre la Mauritanie » ; ou mieux encore, que  » l’opération conduite par les Mauritaniens a permis de neutraliser le groupe de terroristes et de faire échec au projet d’attaque contre des objectifs mauritaniens « . Que d’arguments contradictoires !

Tout cela, en tout ca, dans le plus grand secret et à l’insu du président malien lequel a pourtant donné le meilleur de lui-même en vue de la libération d’otages.

Pour sa part, le Gouvernement espagnole a été informé juste avant le déclenchement de l’opération, selon le journal El Pais. Ce qui ne fut pas le cas pour le Malien puisque c’est à 11H 30 qu’ATT est précipitamment sorti de la salle de réunion du sommet de N’Ndjamena pour se rendre à Bamako. Le raid a été mené très tôt le matin du jeudi.

En clair, si les occidentaux se réjouissent de la libération de leurs compatriotes détenus dans la région grâce aux efforts du président malien, ils reprochent à celui-ci sa timidité face à la menace non seulement d’Al Qaïda, mais aussi celle relative au narcotrafic, non sans soupçonner une certaine complicité dans la haute sphère malienne.

Bien entendu, français, américains et leurs alliés de circonstance, semblent ne tenir compte des contraintes d’une autre nature et relatives à la question touarègue à la gestion de laquelle ils ont pourtant promis ciel et terre ; des promesses restées cependant sans suite.

Aussi vrai qu’il existe une accointance entre trafiquants, (ex-)combattants de la rébellion, populations locales et groupes terroristes dans la région, il ne fait aucun doute qu’ATT ne saurait jamais, à lui seul, contenir le phénomène.

Le moins qu’il puisse faire, c’est de jouer au pompier et surtout, éviter d’exposer ses populations aux représailles d’où qu’elles viennent. Cela, les autres ont du mal à comprendre. Amadou Toumani Touré est décidément seul, très seul ! Et si le Malien a été seulement naïf ? Un État, ca n’a pas d’ami. Il a des intérêts!

B.S. Diarra

L’Aurore du 26 Juillet 2010.

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Lancé au nord Mali à l’insu du Mali pour libérer l’otage français, Michel Germaneau, des mains de AQMI : Le raid franco-mauritanien se termine en désastre

Malgré six morts dans les rangs des terroristes, l’otage français n’a pas pu être libéré et est donc plus que jamais exposé à l’exécution. Le sort des deux otages espagnols ne tient plus qu’à un fil, d’où la colère noire de Madrid contre Paris.

La fière Mauritanie, qui croyait tenir là une magnifique occasion de démontrer à la face du monde que la méthode ATT, qui consiste à négocier avec les ravisseurs pour obtenir la libération des otages, relève de la forfaiture et de la compassion, fait piètre figure. Qui plus est, elle a dû dépêcher une forte délégation à Bamako pour présenter des plates excuses au même ATT pour avoir violé le territoire malien.

Le président malien ne doit pas être trop mécontent : le raté franco-mauritanien avec, en arrière plan, l’Algérie étroitement associée à l’opération même si elle affiche un profil bas compréhensible après son échec retentissant, conforte l’analyse de ATT à savoir qu’aucun État sahélien ne peut, à lui seul, parvenir à bout du terrorisme sans l’aide de ses voisins immédiats.

C’est ce lundi 26 juillet que l’otage français, Michel Germaneau, un ingénieur à la retraite de 78 ans, enlevé au Niger le 22 avril et détenu depuis par Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) doit être exécuté. C’est, en effet, à cette date qu’expire l’ultimatum de quinze jours lancé le 12 juillet par le groupe terroriste au gouvernement français pour obtenir de son homologue mauritanien la libération d’une dizaine de ses éléments, dont trois condamnés à la peine capitale pour l’assassinat de quatre touristes français, le 24 décembre 2007 à Aleg, dans le sud-est de la Mauritanie.

Il s’agit de Sidi Ould Sidna (22 ans), Maarouf Ould Hayba (28 ans) et Mohamed Ould Chabanou (29 ans). En plus de la remise en liberté de ces trois individus, qui avaient défié le tribunal de Nouakchott en revendiquant fièrement leur appartenance à Al Qaïda et avaient reconnu avoir subi un entraînement dans des camps sous son contrôle en Algérie, les ravisseurs de Michel Germaneau réclament au gouvernement français le paiement de plusieurs millions de dollars US. Faute d’une satisfaction intégrale de ces deux exigences, ce 26 juillet à minuit, l’otage français serait mis à mort.

Placé devant une situation similaire, en févier dernier au Mali, le président Nicolas Sarkozy avait multiplié les pressions sur son ami Amadou Toumani Touré. Bernard Kouchner, le chef de la diplomatie française, avait effectué deux visites à Bamako en deux semaines. La deuxième fois, il était accompagné de Pierre Guéant, le Secrétaire général du Palais de l’Elysée, l’ombre de Sarkozy en somme.

A la fois parce que Pierre Camatte avait fait du Mali son pays d’adoption (il avait choisi Ménaka comme lieu de résidence permanente) et que la vie d’un homme n’a pas de prix, comme il a tenu à le souligner à l’époque, ATT a réussi à sauver de la mort l’otage français et à le faire libérer, en y mettant les formes juridiques. Les terroristes d’AQMI, détenus par l’armée malienne ont été, de leur côté, rendus à la liberté après avoir été jugés et condamnés à une peine couvrant la durée de leur détention pour « détention illégale d’armes et de munitions».

Cette fois-ci, le gouvernement français n’a manifestement pas privilégié la voie de l’arrangement et lui a préféré celle de l’intervention militaire aux côtés de l’armée mauritanienne. Celle-ci a été un échec cuisant, qui met en péril la vie du quasi octogénaire Michel Germaneau.

S’il est exécuté, Paris en endossera la responsabilité morale, ainsi qu’AQMI l’en avait déjà averti dès le 12 juillet. Le précédent Edwin Dyer, ce Britannique froidement abattu il y a deux ans pour refus du gouvernement de Londres de payer la rançon exigée, devrait lui servir de leçon.

En attendant de savoir ce qu’il va advenir du malheureux Germaneau, s’il ne va pas faire les frais d’une représailles sanglante après la mort violente de six terroristes lors du raid franco-mauritanien, l’on peut s’interroger sur ce qui a bien pu pousser M. Sarkozy, ses conseillers et ses généraux à se laisser tenter par une opération qui relève davantage d’une fiction télévisée américaine que d’un acte mûrement étudié et mis en route par un Etat-major.

Il n’est guère besoin d’être sorti de Saint-Cyr, Sandhurst ou West Point pour savoir que le renseignement est capital dans toute opération militaire. Celui livré aux trente soldats français par leurs homologues mauritaniens n’était assurément pas le bon. Le commando mixte franco-mauritanien a frappé là où il ne le fallait pas. Et ont ainsi mis en danger la vie de l’otage qu’ils étaient censés sauver.

Pour maquiller leur cinglant revers, Paris et Nouakchott tentent de créditer l’idée selon laquelle l’opération du jeudi 22 juillet ne visait pas à libérer par la force armée Michel Germaneau mais « à faire échec à un projet d’attaque d’AQMI contre des objectifs mauritaniens ». Un raid préventif, en somme. Du bluff. Tous ceux qui connaissent un tant soi peu la carte militaire de la zone où a lieu l’opération savent qu’elle est sous étroite surveillance de la base de Bassikounou, tenue par un bataillon de cinq cent hommes lourdement équipés en armes, en munitions et en logistique.

AQMI, qui n’a jamais constitué un gros effectif, opère par petits groupes de dix à vingt personnes, qui se déplacent constamment. Ils passent rarement deux nuits de suite au même endroit, de peur d’être découverts et anéantis. On les imagine mal s’en prendre à des objectifs militaires en Mauritanie. Surtout à la base de Bassikounou.

Outre la légèreté dont elle a fait preuve en s’associant à une opération mal goupillée, la France a commis une faute diplomatique en envoyant ses soldats et ses moyens militaires participer à un acte de guerre à 150 kilomètres à l’intérieur du territoire malien, sans en informer les autorités maliennes.

Car ce qui est choquant et inacceptable dans cette affaire, c’est que la Mauritanie, qui l’a inspirée, a réussi à entraîner dans son sillage la France et l’Algérie dans un complot qui a abouti à une violation caractérisée du territoire malien. Lorsque Mohamed Ould Abdel Aziz a réussi, à la faveur de la célébration du 14 juillet à Paris, à vendre à Sarkozy, au cours d’un entretien entouré de la plus grande discrétion, son projet d’attaquer AQMI au Mali avec l’appui de la France, il a été entendu que Bamako n’en sache rien.

Mohamed Ould Abdel Aziz et le président Bouteflika sont en froid avec ATT qu’ils considèrent comme le complice voire l’allié des terroristes. Depuis la libération de Pierre Camatte, voici cinq mois, ils ont rappelé leurs ambassadeurs au Mali et entretiennent avec notre pays le contact minimum. Feignant de ne pas s’en apercevoir, ATT continue à courtiser les deux hommes. Dernier geste de sa part, la désignation d’un nouvel ambassadeur en Algérie, il y a seulement quelques jours.

Le Mali ne doit pas être informé de crainte que des fuites dans l’entourage présidentiel, très peu fiable, n’alertent AQMI. L’opération se fera très vite, comme le Blitz allemand sur l’Angleterre durant la Seconde guerre mondiale.

Avant que le Mali ne réalise ce qui se passe dans un coin de son immense désert, tout sera terminé. En tout état de cause, si d’aventure Bamako venait à protester de cette intrusion sur son territoire, il lui serait opposé le droit de poursuite qu’il a concédé à tous ses voisins dans le cadre de la lutte anti-terroriste. Peu importe que pour l’application de ce dispositif, il soit informé ne serait-ce que pour la politesse.

L’Algérie, elle, est mise dans le coup. D’après la presse algérienne, elle a fourni de la logistique et rassemblé ses troupes à la frontière au cas où les terroristes, fuyant l’assaut franco-mauritanien, tenteraient de se refugier sur son territoire.

Si l’opération franco-mauritano-algérienne avait été couronnée de succès, ATT ne serait plus bon à ramasser avec une cuillère à pot. Nouakchott et Alger l’auraient mis au ban de la communauté internationale, auraient pavoisé en criant sur toutes les tribunes du monde : « Nous avons toujours dit que les terroristes n’entendent que le langage de la force. On ne pactise pas avec le diable on le détruit ».

Au lieu de cela, pour leur infortune, les deux capitales sont réduites au silence. Elles doivent admettre, pour leur grande confusion, que ‘’la méthode ATT’’ a été, jusque-là, plus payante que la leur. Pierre Camatte est en vie dans sa France natale. Quid de Michel Germaneau ?

Une autre vérité qu’il leur faut bien regarder en face : si l’armée malienne avait été associée à l’opération, ses chances de succès auraient été plus élevées. Les terroristes auraient été pris en étau, certains auraient pu être capturés vivants et constituer une précieuse source d’information pour récupérer l’otage français.

Saouti Labass HAIDARA

L’Indépendant du 26 Juillet 2010.

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Raid anti aqmi au Nord-Mali : Le « Mali n’était pas informé »

Cette affaire « n’a pas révélé toutes ses vérités ». C’était l’avis de la presse française et algérienne, le week end. Un officiel malien le pensait déjà le vendredi où le président Touré est rentré de Ndjamena. Tout au long du trajet, il se contient mais c’est « sa tête des mauvais jours ». Et pour cause : les agences de presse diffusent en boucle qu’il a quitté précipitamment la réunion du Cen Sad à cause du raid mauritanien contre Aqmi en territoire malien et que son pays avait donné son aval à cette opération.

Zones d’ombre

Or il était programmé à Bamako où il doit prendre la parole à un important un colloque sur l’Islam. Ce qu’il a fait, non sans rappeler sa doctrine sur les périls de l’espace sahélo-saharien. Il faut dire qu’avant son voyage tchadien, le président malien a signé le décret créant le Programme Spécial dénommé Programme pour la Sécurité, la Paix et le Développement au Nord, un dispositif d’urgence qui répond au défi global du nord malien : présence sécuritaire renforcée, administration de proximité, projets de développement.

Mais de Ndjamena, le président a appris – par un de ses pairs- qu’une opération mauritanienne se déroulait dans son pays. On lui dira, dans la foulée, qu’une mission conduite par le ministre mauritanien de l’Intérieur était en route pour le Mali et souhaiterait « lui parler ». De quoi ? Ce jour à l’aube, ce qu’on croyait jusque-là des forces mauritaniennes ont attaqué une position Al Qaeda, dans la partie malienne de l’Akla, au nord de Lerneb, dans la région de Tombouctou.

Dans la cartographie de la terreur que l’émir Droudkel a conçue pour la Zone Sud, -Sud de l’Algérie, s’entend- c’est le territoire de Moktar Belmokhtar. C’est lui qui détient les otages espagnols et dans un coup médiatique d’éclat salué par la communauté internationale, Nouakchott, avait lancé contre lui un mandat d’arrêt en mars dernier. Contrairement à la nouvelle répandue, ce n’est donc pas dans les contreforts de Région de Kidal que l’attaque a eu lieu.

Or c’est cette zone qui est celle d’Abuzeid, le cruel chef salafiste qui détient l’otage français et qui avait exécuté le Britannique Dyer il y a plus d’un an. Il est vrai que l’arme essentielle des barbus, c’est leur mobilité et que les chefs salafistes peuvent se rendre où ils veulent dans ces contrées aussi immenses que désertes. Les Espagnols, en tout cas, ne sont pas contents. Eux sont en contact avancé avec les « Emirs » et la veille, la presse catalane se félicitait du bon déroulement des négociations devant aboutir à leur libération. « Le raid du jeudi allait tout gâcher ».

Cafouillage

Fin d’après-midi, vendredi, ATT qui avait consulté tout son monde, reçoit la délégation mauritanienne. Celle-ci loue la prise : six salafistes tués, des armes, des explosifs en grandes quantités du matériel de transmission. Tout ça paraissait beaucoup pour la dizaine d’activistes qui se trouvaient dans la dune attaquée. Pas un mot sur l’otage français : pour le ministre mauritanien, il s’agissait d’une attaque préventive contre Aqmi qui planifiait une attaque contre Bassikhounou, le 28 juillet ».

La délégation minimise donc l’importance de l’appui français. Il est vrai que jusque-là, l’Elysée ne reconnaît avoir concédé à Nouakchott que quelques « moyens techniques et logistiques». Pourtant, avant même que l’émissaire du président Aziz quitte Bamako, samedi matin, la polémique enfle à Paris. Les pièces du puzzle s’emboîtent: Paris acculé admet que ses « forces spéciales » avec une trentaine d’hommes ont bel et bien pris part aux opérations.

Nouakchott embarrassé est obligé de relativiser sa part de succès propre. L’opposition à Aziz s’engouffre dans la brèche et dénonce une guerre non légitimée par le parlement, et de surcroît sur le sol d’un pays voisin qui « n’a peut être pas été informé. Bamako exaspéré crie au mépris et à la déloyauté. C’est tout sauf l’application d’un droit de poursuite, mais une violation de territoire, pense un politique malien ».

Pendant ce temps, l’Algérie cafouille : une partie de sa presse révèle qu’Alger avait été informé dès mardi du coup. L’autre s’indigne que ce pays qui fait office de gendarme de l’espace n’ait été informé par personne et elle s’en prend particulièrement au Mali qui, selon elle, a autorisé la présence sur son sol d’une armée non régionale. La France, en l’occurrence.

De Kampala, l’Union Africaine, s’emmêle. Louant publiquement la fermeté mauritanienne, l’Algérien Lamamra, et cela a été fortement ressenti par les Maliens, aura peut-être plus parlé au nom de son pays que de l’organisation continentale. Un autre pays aurait sans doute élevé une protestation officielle contre le fonctionnaire africain. Et peut-être rappelé son ambassadeur en poste à Nouakchott.

Samedi, à son bureau où il attendait du monde, et paré d’un habit du terroir aux fines broderies, le Président est pourtant serein, qui écarte ses deux recours. Mais il n’est pas allé à Kampala où il était attendu. Est-ce sa manière de protester ?

En tout cas il ne devait pas être excessivement malheureux des communiqués et contre-communiqué qui divisent les officiels mauritaniens et français, alliés d’un raid dont ni la nationalité ni la rationalité ne sont établies, car l’otage français est encore aux mains de ses ravisseurs, et l’opération sans doute coûteuse n’aura fait qu’un bilan très mitigé.

Adam Thiam

Le Républicain du 26 Juillet 2010.