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Mais le moins que l’on puisse constater, c’est que ladite initiative est accueilli par des réactions mitigées au sein de la population. En effet, si certains citoyens l’ont accueillie “à bras ouverts” (pourrait-on dire), d’autres, par contre, la fustigent et s’y opposent, avec des arguments bien différents les uns des autres. C’est dire qu’à ce stade, la date butoir indiqué pour l’arrêt définitif de ladite opération sera largement dépassée sans qu’une multitude de citoyens soient en règle.

En effet, en plus du fait que l’organisation même de cette opération laisse bien à désirer, de par ses insuffisances et imperfections, les autorités en charge de l’initiative n’avaient certes pas bien analysé ou considéré le facteur temps et les multiples préoccupations des citoyens (sur le plan du travail et des besoins sociaux, entre autres).

Certes, l’opération s’étend sur six mois : du 1er Novembre 2008 au 30 Avril 2009. Mais beaucoup de citoyens ont jugé ce délai …trop court. Et d’étayer leur argument par le fait que de nos jours, 3O à 4O% des plus de 12 millions de Maliens possèdent des engins à deux roues. Aussi suggèrent-ils de prolonger ladite date butoir de deux mois supplémentaires. C’est dire qu’autant les autorités auront du mal à accorder ladite prolongation, autant maints citoyens resteront toujours butés contre l’initiative “Se mettre en règle”, mêm si l’opération était prolongée de plus de deux mois.

En effet, au vu (disons plutôt à l’ouïe) des témoignages recueillis çà et là au sein des usagers de la route (les motocyclistes), cette opération ne vise rien d’autre qu’à renflouer un tant soit peu les caisses de l’Etat. Si prétention ou assertion parait un brin puérile sur les bords, il n’en demeure pas moins que beaucoup d’irrégularités à relents pécuniaires ont cours dans cette opération.

Pour certains responsables chargés de l’opération, elle constitue tout simplement une aubaine à saisir pour se renflouer… plutôt les poches, tant des malversations se passent, concernant les voies à suivre pour la délivrance des documents exigés (permis, carte grise…), et qui deviennent de plus en plus manifestes, au fur et à mesure que s’approche la date limite de la fin de l’opération.

En effet, que de plaintes, de récriminations, de grogne et d’aigreur parmi maints citoyens pourtant décidés à se mettre en règle ! Ne parlons pas des va-t-en guère, des insouciants et autres “je-m’en foutistes” qui, loin d’être habités par le souci citoyen de se munir de toutes leurs pièces, afin de se garer d’éventuelles mouches, affirment plutôt avec hargne et défi : “Moi, je ne ferai rien d’autre ! C’est déjà assez d’avoir une vignette pour circuler à moto ! Pour le reste, on peut toujours se débrouiller, même si c’est autrement“.

L’argument de ces fatalistes est bien déroutante : selon eux, même sans aucune pièce, on circule, l’essentiel étant de respecter le code de la route (encore faut-il le connaître) et de se “débrouiller” le jour où l’on est arrêté pour infraction ou pour manque de pièces.

Et sous nos cieux, personne n’ignore plus, hélas, la signification du mot “se débrouiller“, surtout quand on sait qu’en cas d’infraction pour manque de pièces, bien des agents de la circulation ne sont guère tatillons et ne cherchent pas de midi à quatorze heures, pour peu que l’usager réfractaire “attrapé la main sur la selle“ lui refile deux ou trois billets sous le manteau, au grand dam, sinon au vu et au su de ceux qui, durant plus d’un mois (souvent deux), ont tout abandonné (travail, courses, affaires urgentes…) et trimé sous le soleil et les interminables va-et-vient, rien que pour obtenir les fameux “sésames” : lesdites pièces.

D’autre part, à l’allure (d’escargot) où évolue l’opération “Se mettre en règle“, on peut parier, sans perdre, que la date butoir trouvera que des milliers d’usagers (pourtant résolus à être en conformité avec le règlement), n’ont pas encore fini d’être en possession de toutes leurs pièces. Et pour causes…

Lorsque vous vous présentez pour la première fois dans l’un de ces centres d’opération, c’est seulement pour déposer les documents exigés (pour le permis). Et vous revenez une autre fois pour passer l’examen théorique et pratique. Si vous êtes admis (parce qu’il y a toujours des recalés), l’on vous donne, une fois encore rendez-vous, mais… dans un mois, pour retirer votre permis de conduire.

Noton que ce circuit harassant, sinon tuant, ne concerne que ceux qui ne possèdent pas de permis. Mais le hic, c’est que même ceux qui le possèdent déjà ne sont pas à l’abri de tracasseries et de va-et-vient. Que faut-il alors comprendre, ou du moins, où se trouve la logique organisationnelle, dans tout cela?… Pourtant, il suffit d’un minimum d’organisation pour que cette opération se déroule rapidement et sans faille.

Mais il y a toujours des responsables de l’opération (et pas des moindres) que cette lenteur arrange, surtout lucrativement. Même si d’autres responsables chargés de l’opération s’occupent consciencieusement et exclusivement de leur tâche. Une tâche qui, il faut bien en convenir, n’est guère facile, compte tenu du nombre colossal de demandeurs des pièces exigées.

Aussi, la première remarque qui a sauté aux yeux des citoyens, c’est que les centres de délivrance des pièces exigées se sont même avérés (par la suite) lamentablement insuffisants, au regard même du nombre de demandeurs de pièces, surtout au niveau de la seule Capitale. C’est dire que lesdits centres devaient tout simplement être placés dans toutes les Communes, et qu’on devait éviter, aux demandeurs, cette contrainte d’aller, voire d’errer de centre en centre, pour chercher tel ou tel pièce.

En définitive, si l’opération “Se mettre en règle” est salutaire, parce que citoyenne, il n’en demeure pas moins que sur le plan de l’organisation, elle accuse beaucoup de lacunes qui risquent plus tard de compromettre et sa raison d’être, les objectifs visés par l’initiative.

Oumar DIAWARA

13 Mars 2009