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Quatre de nos compatriotes, accusés d’avoir pris part au complot dit de Noël, qui aurait été commandité par le sergent-chef Ibrahim Coulibaly dit IB, viennent de recouvrer la liberté, après 17 mois de détention sans jugement dans les geôles de la Maison d’Arrêt et de Correction d’Abidjan (Maca).

Cette ténébreuse affaire avait suscité beaucoup d’émoi au sein de la grande communauté malienne d’Abidjan, incapable de porter secours à des concitoyens, injustement enlevés à leurs domiciles, sans raison véritable. Le Gouvernement Malien, à travers notre Chancellerie qui adopta un profil bas dans l’affaire, a été sur le banc des accusés pour son incapacité à secourir ses enfants en détresse.

Au moment où le sourire revient dans les familles des détenus sur l’Avenue 5 à Treichville, les victimes innocentes du Faux complot de Noël 2007 se demandent encore, ce qui a pu bien leur arriver cette nuit de la Saint Sylvestre. Flash back !

Le 25 décembre 2007, tard dans la nuit, plusieurs véhicules de l’armée Ivoirienne bouclent l’Avenue 5, de la rue 15 à la rue 17 de la commune de Treichville.

Les noctambules qui déambulaient devant les concessions sont priés de rejoindre leurs domiciles respectifs. La population qui avait d’abord cru à une simple opération policière, s’est vite rendue à l’évidence, en se rendant compte que le contenu des cargos s’acharnait sur le portail en fer d’une des cours, majoritairement habitée par des maliens, située sur la rue 16 barrée.

La porte céda très vite et la soldatesque envahie toutes les maisons qui sont mises sens dessus dessous à la recherche d’on ne sait quoi. Cette investigation musclée n’ayant rien donné, tous les hommes présents dans la cour sont embarqués manu militari, à bord des cargos militaires vers la Dst, puis vers la Prison civile d’Abidjan, après interrogatoire.

Au nombre des sept personnes enlevées, il y avait deux Ivoiriens d’origine malienne, un Gambien (Chérif Haïdara), et quatre Maliens (Traoré Mamadou, originaire de Nara, Thioye Aboubacar, Bidanessi Moussa et Bidanessi, tous originaires de Batama, région de Kayes).

Toutes les tentatives d’intervention de la part des responsables communautaires maliennes et des autorités diplomatiques, pour obtenir leur libération sont restées vaines sur l’heure. Les autorités Ivoiriennes ont tout simplement fait savoir qu’il s’agissait d’une affaire ayant trait à une atteinte à la sûreté de l’Etat.

En clair nos compatriotes venaient d’être embarqués dans une nébuleuse affaire de tentative de déstabilisation des institutions de la Cote d’Ivoire. Dès lors, toute intervention en leur faveur, devenait très difficile. Même l’arrivée du Président ATT à Bouaké pour la flamme de la Paix, n’a pu arranger les choses.

La communauté qui attendait un signal du chef de l’Etat, s’est entendue dire qu’il s’agissait d’une affaire intérieure de la Cote d’Ivoire et qu’il fallait attendre le résultat des enquêtes pour situer la responsabilité de nos compatriotes dans l’affaire.

A force de persévérance, le Consulat Général d’Abidjan parvient à obtenir auprès du Procureur des autorisations de visite à trois diplomates qui se rendaient périodiquement à la Maca pour s’enquérir de leurs nouvelles.


Puis arrive le jeudi 7 mai 2009,
où la libération du reporter Photographe Français, Jean- Paul Ney, arrêté en même temps que nos compatriotes et pour les mêmes raisons, fut annoncée sur Rfi, très tôt le matin. Cette nouvelle rempli d’espoir les parents et amis de détenus. C’est à 20 heures, que les familles apprirent de la prison civile que les détenues sont libres et font mouvement vers leurs domiciles.


A 22 heures,
nos compatriotes libérés arrivent à domicile au milieu d’une foule en liesse. Scène de joie indescriptible dans tout Treichville qui, on le rappelle, est habité en grande majorité par des Maliens qui avaient pris d’assaut le domicile des ex-pensionnaires de la Maca, dans un vacarme digne des jours de victoire des Aigles du Mali à une phase finale de Coupe d’Afrique.


Selon M. Thioye que nous avons rencontré
, après leur arrestation, ils ont passé vingt jours à la Dst avant d’arriver à la Prison civile d’Abidjan. Et depuis la fameuse nuit de leur arrestation, aucun motif ne leur a été notifié ni par les militaires, ni par la justice. Ils sont restés comme cela pendant 17 mois sans comparaître devant aucune juridiction. Parce que, dit-il «notre arrestation a été faite sur du mensonge et du faux.

On nous accusait d’avoir pris prit part à un coup d’Etat commandité par IB, visant à renverser Laurent Gbagbo, moi je ne connaît cet homme ni d’Eve ni d’Adam. Je l’ai souvent vu dans les journaux et à la télévision, je ne peux pas le reconnaître dans la rue. Et puis qu’est-ce qu’un commerçant comme moi, va chercher dans les affaires politiques ? Je ne connaît que commerce, je n’ai aucune autre activité».

L’homme se remet doucement de ses jours sombres passés en prison sans même insulter quelqu’un, tout comme les autres compatriotes qu’on a voulu embarquer dans cette lugubre aventure. Du coté de la communauté et de la Chancellerie, c’est le soulagement total.

Malgré l’absence du chef de la Mission, en deuil au pays, les victimes d’hier ont tenu à se rendre à l’Ambassade pour remercier le Gouvernement Malien, à travers les autorités diplomatiques. Après leur liberté provisoire, l’avocat des sept victimes s’occupe désormais des détails. Nos compatriotes qui sont libres de tout mouvement, vaquent déjà à leurs occupations.

Dans un tout autre chapitre, la Cote d’Ivoire qui commençait à désespérer d’une date des élections Présidentielles, vient d’apprendre de son Premier Ministre que les Ivoiriens seront appelés dans les urnes le 29 Novembre 2009, pour le premier tour de la Présidentielle. Une bouffée d’oxygène pour la grande majorité des acteurs impliqués dans le règlement du conflit en Cote d’Ivoire. Pendant ce temps, le déploiement des 8000 éléments, d’un coté comme de l’autre, bas son plein.

En effet, pendant que 500 soldats des Fanci ont été déployés, la semaine dernière à Bouaké, une centaine d’éléments des Forces Nouvelles sont arrivés à Abidjan et ont reçu la visite du chef d’Etat-major des Fanci, le Général Philip Mangou, en fin de semaine à Abidjan. Le processus est donc enclenché, croisons les doigts pour qu’il aille jusqu’au bout.


De Gildas correspondant du Républicain à Abidjan

18 Mai 2009