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Le projet communément appelé «Opéra du Sahel», co-financé par le Mali et la Hollande relevant du ministère de la Culture connaît actuellement des sérieuses difficultés. En effet, les administrateurs de ce projet, le Sénégalais Pape Sène, le Burkinabais, Alima Bah et le Malien, Sirafili Sissoko, ont été inculpés le 19 juin pour «malversations financières» par le Pôle économique.

Cette affaire a été révélée au grand jour par le Contrôle des Services Publics, qui au cours de ses vérifications de routine, a découvert de «graves irrégularités» dans la gestion de l’Opéra du Sahel.

Placé sous l’autorité de la Primature, ce service, comme à l’accoutumée, a rédigé son rapport. Avant de le transmettre à la présidence de la République. C’est ainsi que le chef de l’Etat, Amadou Toumani Touré, a acheminé, comme il est de tradition, le rapport au Pôle économique.

Les limiers de cette juridiction ont procédé aux différentes investigations. Ils ont trouvé pire que les éléments décrits dans le rapport.

D’abord, au niveau des nominations des administrateurs, il y a eu vice de forme parce que le projet est typiquement malien, même si la quote-part du Mali a été payée par la Hollande. C’est sous la tutelle du ministère de la Culture que l’Opéra du Sahel fonctionne. C’est dire que c’est un projet national et les administrateurs devraient être des nationaux, sans aucun esprit xénophobe.

Le Malien qui s’y trouvait, Sirafily Sissoko, le Conseiller financier, n’est autre que le neveu du ministre d’alors, Cheick Oumar Sissoko. Les fonds logés dans un compte de la place tourne s’élève à 446 millions de FCFA, à en croire, Els Van Der Plas, directrice de la Fondation Prince Claus.

Consacré à la sélection des compositeurs et des artistes, à la recherche de talents en Afrique, à l’écriture de la composition, aux répétitions à Bamako et Ségou…ce fonds a été mal géré. Pire, les chèques des soi-disant prestataires de services sont dans la plupart des cas au nom des administrateurs inculpés.

Tous les chèques sont contresignés par la Direction Administrative et Financière (DAF).

L’Etat du Mali étant coproducteur de l’Opéra avait en charge la logistique et l’organisation d’une grande partie de ce projet. Aussi, pays souverain, le Mali n’a pas besoin de l’autorisation des partenaires du projet pour mener une enquête ou pour inculper des présumés coupables de malversations financières.

Il est vrai que les administrateurs de l’Opéra ont lié une amitié solide avec Els Van Der Plas, la directrice de la Fondation Prince Claus qui dit ne pas être au courant «d’un détournement à l’Opéra du Sahel au Mali». Ce qu’elle ne sait pas, c’est qu’il existe des procédures pour dépenser l’argent public au Mali. Et il existe des structures chargées du contrôle de la mise en œuvre de ces procédures.

Du moment où les vérificateurs ont noté qu’il y a faute et que la justice a sévi, elle doit considérer qu’il y a des malversations financières jusqu’à preuve du contraire. Sinon, ce sera une légèreté déconcertante de sa part de vouloir soutenir des amis sur la base du faux.


Chahana TAKIOU

11 Juillet 2008