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Trop de contradictions et d’inconséquences ont été relevées ces derniers jours dans les propos et actes de différents responsables du continent. On semble vouloir à dessein semer la confusion. Et pourtant, la situation est très claire : l’ONUCI est maintenue et elle sera renforcée. De plus, le président élu par le peuple ivoirien, Alassane Dramane Ouattara (ADO), et la Côte d’Ivoire ne seront pas lâchés. La communauté internationale reste très ferme sur ces points. Il est tout simplement déplorable de constater que les discours et les intentions de plusieurs acteurs politiques, notamment au sein de la CEDEAO, frisent la fuite en avant. Ceci, au moment où l’esprit retors, Laurent Gbagbo, tient à enfariner la planète entière.

jpg_onu-koudou.jpgEn effet, de temps à autre, il cherche à gagner du temps en donnant le sentiment qu’il est plus que jamais lucide et qu’il lèvera le blocus autour de l’hôtel du Golf. Cela, à condition que les forces armées des Forces nouvelles se retirent. Comme si le monde entier était dupe ! ADO, lui, semble encore plus déterminé au moment où la communauté ouest-africaine se montre hésitante.

Homme de paix, il prône toujours le dialogue. S’il maintient toujours le cap, il n’en invite pas moins son « frère Gbagbo » à d’abord reconnaître sa défaite avant toute négociation. Mais sa patience a des limites. A nouveau, il lui a fixé une nouvelle échéance, le 31 janvier 2011, et propose que Gbagbo soit extirpé grâce à une opération commando. S’il agit ainsi, c’est parce qu’il sait quelle peut être la tournure des événements. Reste à savoir si Gbagbo l’entendra de cette oreille.

Il est vrai que les vociférations de ses militants chauffés à bloc se poursuivent. Il est également vrai que des journalistes et assimilés se sont mués en inconditionnels et en thuriféraires du régime. Prenant la RTI en otage, ils semblent avoir visiblement changé de métier pour devenir de sinistres propagandistes. Le font-ils avec conviction ou sous une quelconque menace ? L’histoire retiendra et le peuple ivoirien jugera leurs actes.

De ce tableau sombre, se dégage tout de même quelque chose de réconfortant : la communauté internationale continue de bander les muscles. L’étau se resserre chaque jour davantage sur ce qui reste du pouvoir du président autoproclamé. Plus ses partisans se mobilisent et menacent, plus ils donnent le sentiment qu’ils se lassent de cette situation de ni guerre, ni paix qu’ils ont eux-mêmes provoquée. Pris à leur propre piège, ils ne supportent plus de voir la planète entière se payer leur nouvelle tête de « hooligans ».

Plus personne ne les prend désormais au sérieux. Et il est certain que les portes des représentations diplomatiques seront à jamais fermées pour ceux d’entre eux qui rêvaient encore d’aller prendre de l’air ou faire des emplettes à Paris, Londres ou New York. Mais comme le dit si bien l’adage, on récolte ce que l’on a semé.

La balle semble surtout être dans le camp de la CEDEAO où l’on a choisi de tergiverser. Feindrait-on de négocier le temps de se préparer à agir ? En tout cas, le fait de suivre Gbagbo dans ses errements tend à donner l’impression qu’on lâche du lest au sein de l’ensemble ouest-africain, et même au niveau de l’Union africaine (UA).

Mais alors, jusqu’à quand ce jeu va-t-il durer ? Devra-t-on continuer encore longtemps de subir sur les antennes de la Radiotélévision ivoirienne (RTI) les propos haineux et les discours sarcastiques de partisans zélés de Gbagbo ? S’il est vrai que ces derniers auront à le regretter un jour, il n’en reste pas moins vrai que pour l’instant, ils donnent de la Côte d’Ivoire, de l’Afrique de l’Ouest et du continent tout entier une image dont l’on se serait bien passé.

Aux Nations unies par contre, on tient absolument à appliquer le droit international dans toute sa rigueur et dans ses multiples dimensions. C’est pourquoi le mandat des forces onusiennes a été prolongé. C’est pourquoi aussi leur nombre sera renforcé. L’on cherche, à tout prix à vérifier, l’existence ou pas de charniers. Reste à savoir comment va s’opérer, dans les faits, cette augmentation des forces onusiennes et surtout comment vont réagir les fidèles de Gbagbo, le président autoproclamé.

De plus en plus, l’ implication plus active de l’ONUCI s’impose, ne serait-ce que pour assurer sa propre défense, la protection des dirigeants et des populations ivoiriennes, tout comme celle des ressortissants étrangers vivant dans cette partie du monde. A ce niveau, il faut vraiment se féliciter du travail abattu non seulement par le personnel de l’ONUCI et ses responsables, mais aussi par les principaux dirigeants des Nations unies.

En particulier, il est heureux que le Secrétaire général, Ban Ki-Moon, et son représentant en Côte d’Ivoire, Young-Jin Choi, soient sur la même longueur d’ondes. Contrairement à la CEDEAO, l’organisation internationale ne présente pas de fissures. Contrairement aux dirigeants de ce continent qui parlent de réaliser l’unité africaine dans la démocratie, mais peinent à parler et à agir en symbiose quand vient l’heure de sauter dans l’arène. Ici encore, la culture asiatique se fait valoir aux yeux de l’opinion. Ils font honneur à la communauté internationale et à la cause de la démocratie.

Le Pays

07 Janvier 2011.

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Côte d’ivoire: Le bras de fer se durcit entre Gbagbo et la communauté internationale

Le bras de fer se durcit entre Laurent Gbagbo et la communauté internationale après le renvoi des ambassadeurs du Canada et de Grande-Bretagne par son régime, une décision rejetée par ces deux pays, qui reconnaissent Alassane Ouattara comme seul président de Côte d’Ivoire.

Après l’annonce jeudi soir du renvoi des deux diplomates, Ottawa et Londres ont refusé ces expulsions, décidées par le gouvernement Gbagbo comme mesure de « réciprocité ».

Grande-Bretagne et Canada avaient retiré fin décembre les accréditations des ambassadeurs ivoiriens nommés par la président sortant et indiqué qu’ils reconnaîtraient les représentants désignés par son rival.

La mesure de renvoi semblait sans effet immédiat. A la chancellerie canadienne, on a indiqué vendredi que l’ambassadeur, Mme Marie-Isabelle Massip, resterait en Côte d’Ivoire et que les affaires suivaient leur cours.

L’ambassadeur britannique Nicholas James Westcott, qui réside à Accra, se trouvait au Ghana vendredi, selon une source diplomatique.

Laurent Gbagbo a réclamé aussi ces dernières semaines le départ de la mission de l’ONU en Côte d’Ivoire (Onuci, 9.500 soldats), qu’il accuse d’être alliée militairement à M. Ouattara. Mais les Nations unies, qui ne le reconnaissent pas non plus, ont rejeté cette requête et souhaitent même déployer 1.000 à 2.000 Casques bleus supplémentaires.

Un diplomate européen interrogé par l’AFP a estimé que la Chine, « intéressée » par l’Afrique, pourrait répondre favorablement à cette demande de renforts.

La communauté internationale reconnaît M. Ouattara comme le vainqueur de la présidentielle du 28 novembre dont les résultats contestés ont plongé le pays dans une grave crise, marquée par des violences ayant fait 210 morts depuis mi-décembre selon l’ONU.

M. Gbagbo, qui reste au palais présidentiel et contrôle armée et administration, est de plus en plus isolé sur la scène internationale. Il s’estime victime d’un « complot » de la France et des Etats-Unis, mené par leurs ambassadeurs à Abidjan, qui paraissaient eux aussi en ligne de mire.

L’ex-puissance coloniale française a récemment annoncé avoir engagé la procédure d’agrément suite à la nomination par M. Ouattara d’un nouveau représentant à Paris. Les Etats-Unis, qui ont imposé des gels d’avoirs à M. Gbagbo, son épouse Simone et trois proches, se sont dits prêts à reconnaître un ambassadeur choisi par son adversaire.

Après une nouvelle médiation africaine infructueuse mardi, le président sortant reste sous la menace d’une opération militaire de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao).

« La force légitime n’est pas exclue, mais nous allons tout faire pour convaincre le président Gbagbo de se démettre », a toutefois déclaré le ministre des Affaires étrangères nigérian Odein Ajumogobia, après un entretien jeudi à Lagos avec son homologue sud-africain Maite Nkoana-Mashabane.

Pour lui, la question d’un possible usage de la force est « globale et pas seulement de la responsabilité du Nigeria, de la Cédéao et de l’Afrique, car des vies sont en jeu ».

Alassane Ouattara, qui dit préférer aussi une solution pacifique, estime cependant qu’une « opération spéciale non violente » pourrait déloger Laurent Gbagbo si nécessaire.

Pour convaincre son rival de céder la place, il lui a proposé une « amnistie », dans un entretien au quotidien français Le Figaro vendredi.

« Mais il faut qu’il accepte rapidement, parce que c’est quelqu’un qui a du sang sur les mains », a-t-il accusé depuis son QG du Golf hôtel d’Abidjan, soumis à un blocus des forces fidèles au régime. Le gouvernement Gbagbo a écarté toute offre d’amnistie.

Accusés de malversations massives et incarcérés depuis mi-2008, les ex-dirigeants de la filière cacao du pays – premier producteur mondial – ont obtenu vendredi la liberté provisoire. Ces anciens « barons », parmi lesquels des proches de M. Gbagbo, avaient été jetés en prison à la suite d’une enquête demandée par le président sortant.

ABIDJAN (AFP) – vendredi 07 janvier 2011 – 13h51