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Il faut une terrible passion pour tenir contre une humiliation qui ne finit point.

« La liberté ? Elle est pour les âmes fières qui méprisent la mort et savent à propos la donner. Elle n’est pas pour ces hommes faibles qui temporisent avec le crime, couvrant du nom de la prudence leur égocentrisme et leur lâcheté ». En dehors des actes concrets, toute déclaration relève de coup sang pour endormir les âmes de dignes citoyens.

Selon des informations bien vérifiées, les Américains qui surveillent le grand Sahara, ont signalé aux autorités maliennes les mouvements de colonnes de véhicules 4×4 se dirigeant vers Gao ou Tombouctou, en provenance de Kidal ou de la frontière Algérie-Mali.

Cette information, vous l’imaginez, a été traitée avec les rigueurs du laxisme des renseignements militaires. La liberté, c’est le droit pour tout homme, de vivre avec honneur, de penser et de parler sans hypocrisie. L’homme qui cache ce qu’il pense ou n’ose dire ce qu’il pense, n’est pas un homme honorable.

L’homme qui obéit à un mauvais pouvoir, sans œuvrer pour qu’il s’améliore, n’est pas un homme honorable. L’homme, dès qu’il est en âge de raisonner doit réfléchir à tout ce qu’il voit : il doit souffrir pour tous ceux qui ne peuvent vivre dans l’honneur, et lui-même doit se comporter en homme d’honneur.

L’homme qui ne réfléchit pas à ce qui se passe autour de lui et se contente de vivre sans savoir s’il vit convenablement, est comme l’homme qui vit des activités d’un brigand, il est en passe de devenir canaille lui-même.

Mais l’honneur, c’est quoi au fait ?

Pour le Malien l’honneur, c’est avant tout l’argent. La dignité c’est aussi l’argent. Les principes qui font d’un homme un vrai homme respectable c’est également l’argent qu’on vole au peuple. Nous n’avons jamais vu de la dignité de l’homme que dans la sincérité de ses passions.

Il est certain que ceux qui sont hauts perchés, sont mieux nourris que les autres Maliens, mieux couverts, mieux vêtus, plus facilement transportés. Ils possèdent, à n’en pas douter, ce qu’ils appellent une meilleure situation. Mais cette chose divine, la dignité, compagne de la liberté, il faut qu’ils la méritent pour la posséder, or celui qui s’accapare des deniers publics n’a aucune dignité.

Est-ce le sentiment de dignité morale qui nous pousse à refuser tout ce qui peut ou pourra aller à l’encontre de notre intégrité personnelle ou simplement le refus de troquer notre conscience contre des intérêts furtifs et malhonnêtes ?

Dans l’un ou l’autre des cas, l’honneur nous amène à meubler notre conscience de principes qui vont toujours à l’endroit des règles sociales qui nous régissent. Si tel est le cas, nul ne saura vivre ou bien vivre en choisissant délibérément d’aller contre les règles sociales, de briser en lui tous les principes, toutes les barrières entre le bien et le mal. En somme de détruire en lui tous les fondements qui font qu’un homme peut se prévaloir d’honneur.

Ce qui est inquiétant au Mali de l’oligarchie ostentatoire, c’est le silence de certains face au mal qui ronge le pays entier. « Ça ne va pas », c’est le soupir de soulagement qui nous affranchi des recherches de causes à nos problèmes actuels. Nous oublions que le pays ira de plus en plus mal, si nous ne cherchons pas à savoir pourquoi ça ne va pas. « Ça ne va pas », simple comme un bonjour. On vole, on pille, on bâillonne, on brûle.

A cet égard, c’est un criminel consentement que de se taire, lorsque ceux qui nous gouvernent sont décidés à mener le pays dans le chaos plutôt que d’œuvrer à la résolution des questions essentielles du moment.

La mauvaise gouvernance sur toutes les lignes

Crise du Nord gérée avec fébrilité et amateurisme. Les renseignements militaires quasi-inexistants, la police politique appelée pudiquement Sécurité d’Etat s’étant mise au service d’un homme et de son régime, ce sont plutôt des « opposants » et des paisibles journalistes qui sont mis perpétuellement sur écoute téléphonique, surveillés et contrôlés dans leur moindre geste et déplacement. Les rebelles, eux, peuvent se permettre de parcourir plus 2000 kilomètres (Kidal-Nampala ou Diabali) pour perpétrer des attaques.

Une école laissée pour compte ; inadéquation entre formation et marché de l’emploi, il y a une floraison de véritables fabriques de chômeurs si ce ne sont des milliers d’écoliers qui ne sont pas tout simplement orientés.

Une administration affairiste caractérisée par le clientélisme et le népotisme qui travaille à peine 4 heures par jour, les travailleurs venant au bureau 9 h et qui commence à déserter à 11 h. On va au travail pour prendre son pot-de-vin et s’en aller. Tant qu’on reste bon client des oligarques, on ne risque rien.

Le vol systématique de tout ce qui appartient à l’Etat est désormais le nouveau sport national, on s’accapare de toutes les ressources du pays, car c’est la course effrénée à l’enrichissement rapide. Personne n’est puni, plus on en parle, davantage les membres de la nouvelle oligarchie gagnent en promotion avec des congratulations publiques du chef lors des cérémonies télévisées.

« Le silence face au mal fait du témoin un complice » . Il n’y a donc pas pire collaboration que d’afficher l’indifférence face à la gestion de notre patrimoine et la direction que l’on veut donner à notre avenir. Est-il raisonnable de vendre sa vie par le silence et acheter des misères et de crier entre amis que le pays ne va pas ?

De banals errements politiques peuvent se révéler à court ou à long terme être de véritables catastrophes pour des générations à venir. C’est le cas aujourd’hui du système éducatif. Quand on choisit par exemple de bricoler un système éducatif, on est tout à fait conscient que c’est l’avenir du pays qu’on bricole.

Pour ne pas être « comme l’homme qui vit des activités d’un bandit », il faut que chaque Malienne, chaque Malien se dise que, parce que je suis Malien, ce qui concerne les autres compatriotes me concerne aussi. Apprendre à dépasser le cadre restreint de notre famille n’est pas seulement un signe d’amour pour notre pays, c’est aussi le prix de notre survie collective.

Le pessimisme que nous prenons comme prétexte pour cacher notre « incapacité pour ne pas dire nos petites lâchetés » à devenir protagoniste de notre propre histoire est en réalité une démission vis-à-vis de nos responsabilités. C’est parce que nous avons peur de les assumer. Notre responsabilité, c’est de créer les conditions d’éclosion d’un environnement heureux pour nous et pour les descendances.

Tant que nous n’aurons pas l’idée du service de la patrie, tant que nous ne comprendrons pas que « la première des vertus est le dévouement à la nation », tant que nous resterons indifférents face au banditisme en col blanc, au sabotage de l’avenir des générations futures, le pays ira toujours mal et nous ne cesserons de dire « ça ne va pas ».

Abdoul Karim Dramé

(journaliste indépendant)

29 Décembre 2008