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Toute cette histoire tourne autour d’un panneau solaire. Le vent violent de samedi dernier a arraché l’installation du toit de la maison d’un certain Abdoulaye. Cet homme vit à Senou dans le même secteur que Mohamed Lamine Touré. Le propriétaire du panneau craignant les visiteurs indésirables de la nuit, rangea l’accessoire dans sa chambre. Mais le lendemain, le panneau avait disparu. Abdoulaye soupçonna, immédiatement son voisin et ami Touré qu’il convoqua chez lui pour lui faire avouer le vol. Le suspect, Mohamed Lamine, jura par tous les dieux sans convaincre « Ablaye ». L’accusateur lui présenta un « djo », un fétiche. Il obligea le présumé voleur à jurer sur ce « symbole implacable de la justice africaine » s’il voulait se disculper. Le jeune technicien de froid jura sur le fétiche. Son inquisiteur accepta cette preuve d’innocence et le libéra.

Mais pas pour longtemps. Quelques minutes plus tard, il le fit revenir. Aidé de ses camarades, Abdoulaye ligota Mohamed Lamine comme un saucisson. Il suspendit sa victime à un tronc d’arbre en plaçant un pilon entre ses jambes. Le supplice de Mohamed Lamine Touré a duré jusqu’à 20h17 très exactement. Pendant toute la journée, à plusieurs reprises, les justiciers auto proclamés versèrent de l’eau sur le prisonnier avant de le passer à tabac. Le pauvre homme (36 ans) eut beau crier et pleurer, ses bourreaux ne retinrent pas leurs coups pour autant. Personne ne vint au secours de Mohamed Lamine car tout le voisinage craignait la sauvagerie de la bande. De temps en temps, le supplicié était détaché du tronc d’arbre et traîné dans la cour sur le gravier brûlant. Cette torture provoqua de graves coupures sur le corps du prisonnier.

Mohamed Lamine Touré ne dut son salut qu’au passage d’un homme qui allait à la mosquée et qui entendit ses gémissements de douleur. L’homme pénétra dans la cour et aperçut « Ablaye » et ses complices en pleine séance de bastonnade sur le pauvre Mohamed Lamine. Le malheureux ne pouvait même plus crier. Il gémissait comme un âne que les hyènes viendraient d’éventrer après une longue course. Le vieil homme, sans se préoccuper du déséquilibre numérique, engueula les geôliers de Touré. Il leur ordonna de le libérer sous peine de le voir alerter la police. Le chef de la bande obtempéra. Il promit à son prisonnier un châtiment mortel la prochaine fois qu’il le rencontrerait dans les environs de sa maison.

Mohamed savait qu’il ne pouvait échapper à une rencontre avec Touré. Électricien frigoriste, il avait quitté les siens à Bozola quand il avait pu acheter un terrain d’habitation à Senou. Sur le lopin de terre, il avait construit une pièce avec une véranda. Il passait tous les jours de la semaine à Sénou et ne rentrait en famille que le week-end. Des sources proches des deux hommes, Ablaye serait jaloux de cette réalisation de son ami avec lequel il partageait tout avant cette affaire de panneau solaire. Pour avoir la paix, Mohamed Lamine se rendit au poste de police de Senou pour porter plainte contre ses geôliers. Le délégué du commissaire Mady Fofona le fit conduire au commissariat du 10e arrondissement, où notre équipe l’a rencontré dans un état pitoyable. Il avait le dos boursouflé, des contusions sur la tête, les épaules tuméfiées et écorchés par le gravier sur lequel il avait été traîné toute une journée.

Le commissariat reçut la plainte et une convocation lui a été délivrée pour être remise à Ablaye et compagnie. Mohamed Lamine avait encore en mémoire le mauvais quart d’heure passé entre les mains de cette bande impitoyable. Il tremblait toujours rien qu’à évoquer ces moments terribles. Apeuré, il avoua aux policiers qu’il n’osait pas remettre le document à ses destinataires. L’inspecteur Maky Sissoko lui ordonna de le faire. Il n’avait pas à discuter avec eux, lui assura le policier.

Mohamed Lamine Touré est reparti muni de la convocation. Aura-t-il le courage de la remettre à Abdoulaye ?

G. A. DICKO | Essor

25 septembre 2007